qui nous [avec Jérôme Larcher, coscénariste de la série, ndlr] a beaucoup occupés, à l'écriture, c'était important.

Qu'est-ce que ça apporte que Hector soit bisexuel alors que c'est surtout sa découverte du polyamour que vous avez voulu explorer ?

Je trouvais l'idée plus forte. Un homme hétérosexuel entre deux femmes, c'est quelque chose que l'on a vu déjà 300 000 fois. On a vu quelques personnages féminins entre deux hommes. Mais c'est quand même important de réfléchir à qui on représente et comment on représente. Je ne dirais pas que c'est pour la cause de la bisexualité que j'ai écris cette série, c'est juste installé comme ça. C'est un agent secret de l'amour, l'idée de départ c'est celle de la double vie. Le polyamour, on y vient pendant la série, c'est ça qui m'intéresse beaucoup en écrivant un personnage comme ça. Ce n'est pas quelqu'un qui a eu l'habitude de faire ça. Il s'assume à peine comme bisexuel, il découvre en direct ce qui lui arrive. Sur la question du polyamour, c'est là que la série arrive et non là où elle commence. J'ai eu envie qu'on éprouve tout ça en même temps que lui, qu'il y ait à la fois le désir pour un homme et une femme et la découverte d'un amour qu'il n'arrive pas à rendre exclusif.

Dans quelle mesure peut-on définir Hector comme un polyamoureux alors qu'il passe son temps à mentir à ses partenaires ?

On n'est pas du tout dans une situation de polyamour installée, on est dans la période la plus douloureuse. La question du polyamour est très complexe. On en revient de toute façon à un manque très important qu'est le consentement : le polyamour est possible à partir du moment où il y a une forme de consentement partagé, à partir du moment où le mensonge s'arrête. L'idée du polyamour c'est de sortir de la culpabilité et là on voit bien qu'il est encore dans cette lutte. Il est débordé par son désir, d'une façon très égoïste. Il est prêt à faire du mal aux gens et se retrouve dans une situation qui n'est pas tenable. La personne qui rend possible le polyamour, on ne peut pas dire que ça soit lui. Il cherche à faire en sorte que ce débordement devienne une façon de vivre sur la durée. [caption id="attachment_2471" align="alignnone" width="1300"] Benoit Linder/Arte France/Ita[/caption]

Vous abordez beaucoup de sujets dans cette série, du polyamour aux sexualités en passant par le désir, l'infidélité... Une façon d'interroger notre société monogame très hétéronormée ?

Oui, elle m'énerve de plus en plus cette société là. On a commencé à écrire au moment du mariage pour tous. Au départ, il y avait un personnage antagoniste qui n'acceptait pas l'homosexualité de Jérémie [le compagnon d'Hector joué par Oliver Barthelemy, ndlr]. Je me suis dit que j'allais effacer tout ça. Je ne voulais pas être dans ce monde où un personnage est homophobe. Ça existe, les gens en souffrent, mais j'ai eu envie de représenter une forme d'utopie. La diffusion de cette série intervient au moment du mouvement #MeToo et #TimesUp, et j'ai l'impression que cette série est féministe. Elle passe le test de Bechdel [test qui permet de mesurer la manière dont sont construit les personnages féminins dans les fictions, ndlr]. Ça n'a rien d'un exploit, c'est normal, mais les personnages féminins ont une vie. C'est dans ce monde là que j'ai envie de vivre. Le monde qui prend la parole sur les questions de discrimination et le monde qui essaye de construire quelque chose qui ne soit pas dans la terreur de sortir de la norme. La question de la masculinité m'intéresse beaucoup. Montrer un personnage principal masculin qui est pénétré et pas uniquement homosexuel, ça dit quelque chose. C'est pour ça aussi que les scènes de sexe sont nombreuses, en tout cas il y en a pas mal pour du prime time à la télé française. C'était intéressant pour moi aussi de montrer que sa sexualité avec son mec changeait à cause de sa sexualité avec la fille, et d'une manière un peu inattendue. Ce sont ces circulations là qui m'intéressent. Me dire qu'à peu près tout est possible à partir du moment où il y a du consentement et du désir.

Il est aussi beaucoup question d'homoparentalité et de coparentalité, notamment avec le projet d'enfant qu'ont en commun Anna (Camille Chamoux), Jérémie et Hector. Seulement, on ne rentre pas forcément dans le détail sur la façon tout cela va se dérouler en pratique. Est-ce une volonté de votre part ? Une façon d'éviter un « Coparentalité, mode d'emploi » ?

Le format a fait qu'on a manqué de place pour traiter les choses, mais je pense qu'on est quand même dans le mode d'emploi. La décision a été prise avant, j'avais envie de montrer que c'était un désir d'enfant comme un autre. Simplement, sa réalisation est complexe, difficile, émotionnellement peut-être encore plus engageante que dans le cadre d'un couple hétérosexuel. On est obligé d'y réfléchir, on voit bien qu'ils y ont réfléchi, qu'ils sont investis émotionnellement par quelque chose. On voit qu'ils sont suivis par un médecin, mais tout ça me paraissait plus intéressant à mettre en scène comme étant juste leur réalité et leur quotidien, leur vie, plutôt que de le questionner. C'est tout le point de vue de cette série en fait, il y a des choses qui s'imposent à nous dans la vie. Ils ont un désir d'enfant, ils le mettent en pratique, ils y arrivent, ils trouvent des formulations. Tout ça est assez réjouissant, je n'avais pas envie de tirer au tragique sur ces questions là, comme l'ont été les débats sur le mariage pour tous. Comme ce n'est pas le monde dans lequel j'ai envie de vivre, je n'ai pas envie que ce monde existe dans ma série. Pour ça, il faut aller voir plutôt Fiertés de Philippe Faucon. [caption id="attachment_2472" align="alignnone" width="1300"] Benoit Linder/Arte France/Ita[/caption]

Un personnage principal bisexuel et polyamoureux dans une série française, c'est une chose que l'on voit très rarement. Pourquoi a-t-on encore tant de mal à représenter des personnes LGBT+ dans les fictions françaises ?

Je trouve que dans la fiction française, d'une manière générale, on se dit « Je vais représenter une minorité donc ça va piloter un peu », c'est à dire prendre ça très au sérieux, devoir dire que les homos sont des gens comme les autres. On part de là, comme si on faisait un effort de représentation. Je pense que je n'ai aucun effort à faire. La question de la bisexualité d'Hector pour moi, elle est simple. Je ressens une énorme responsabilité de représentation mais je n'ai pas voulu en faire un personnage militant. En même temps, je vous dis ça mais mon auteure préférée aujourd'hui, c'est Jill Soloway, la créatrice de I Love Dick et de Transparent, la personne la plus importante dans l'univers des séries pour moi. On est dans un monde post-binarité, c'est à ça que j'aspire même si J'ai 2 Amours est beaucoup plus classique dans sa trame et dans sa façon de représenter. J'ai ce désir qu'on arrive à inventer des utopies à la télé. Inventer des utopies, c'est réfléchir à qui on représente et le faire d'une manière qui soit un peu moins scolaire. Il y a un fond d'homophobie dans plein de façons de représenter les personnages masculins par exemple, dans les séries et la fiction en général. Je pense qu'il faut qu'il y ait une génération d'auteurs qui prennent ces choses là en main, qu'ils se posent la question de qui ils représentent et qu'ils essayent de le faire moins à la manière scolaire. Il y a encore de la pédagogie à faire. Dans le cadre de la fiction française en général j'ai l'impression que ça bouge beaucoup. On sent que la télé française est en train de bosser.

Peut-on parler de retard français ? Pourquoi ?

Oui, on n'a pas encore eu le When We Rise français. On n'a pas encore eu de Jill Soloway en France. On a encore peur de dire qu'une série est féministe ou gay. Il y a eu Les Engagés, une web série de Sullivan Le Postec, un scénariste assez prometteur. Je pense que les choses vont bouger. Le retard français est dû au retard français sur les séries. C'est à la fois celui d'une société où on n'a pas réglé toutes les questions, mais aussi le fait qu'on ait pris au sérieux les séries comme un mode d'expression politique, sociétal et esthétique depuis assez peu de temps. J'ai vraiment l'espoir qu'on va arrêter un jour de dire que représenter des minorités ce n'est pas représenter des personnages normaux. Représenter des minorités, si les personnages sont bien construits, c'est dans la poche. Il faut que tout le monde se calme, et il faut qu'on soit hyper vigilant. On part de zéro quasiment. Moi-même j'ai évolué beaucoup pendant l'écriture de cette série. On m'a totalement laissé faire aussi et ça me donne bon espoir pour la suite. Propos recueillis par Philippe Peyre" ["post_title"]=> string(137) "« On a encore peur de dire qu'une série est féministe ou gay » : entretien avec Olivier Joyard, scénariste de « J'ai 2 Amours »" ["post_excerpt"]=> string(408) "Dans « J'ai 2 Amours », mini-série diffusée sur Arte fin mars, le scénariste a exploré le polyamour en dessinant un personnage bisexuel et engagé dans un projet de coparentalité avec son mec et leur meilleure amie lesbienne. Un festival de bras d'honneur à notre société monogame hétéronormée. L'occasion de parler représentation des personnes LGBT+ dans les séries françaises. Interview. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(41) "olivier-joyard-series-lgbt-representation" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-01-10 11:32:47" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-01-10 10:32:47" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=2425" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15281 (24) { ["ID"]=> int(1133) ["post_author"]=> string(1) "5" ["post_date"]=> string(19) "2018-02-27 17:30:14" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-02-27 16:30:14" ["post_content"]=> string(2257) "« On a subi, on a enduré, on s'est tu.e.s, on a crié, on a balancé, on a dénoncé, on a rassemblé, on a polémiqué, maintenant on agit ». Les amateurs et amatrices de violences sexistes ont décidément du souci à se faire. Sous le hashtag #MaintenantOnAgit et en Une de Libération, des dizaines de signataires issu.e.s du milieu du cinéma ont décidé de dépasser l'épreuve Weinstein (et Polanski, et Allen...). Le but ? Passer de la constatation à l'action. Elles (et quelques ils) lancent donc un appel au don à la Fondation des Femmes et afficheront leur soutien aux victimes lors de la prochaine cérémonie des César. Le directeur de publication du quotidien, Laurent Joffrin, explique que « pour répondre aux appels de détresse et prendre en charge les victimes, il faut du temps et de l’argent. C’est le sens de l’appel que nous publions aujourd’hui et demain, en levé de rideau de la cérémonie des César, où elles manifesteront toutes le signe de leur engagement par un ruban blanc. Parler, c’est le premier pas, la condition du changement. Vient le temps d’agir ». https://youtu.be/odOYiBVojmo

« Il est temps d'agir »

La tribune annonce : « nous sommes différentes mais avons une même envie d’agir. Nous voulons créer un présent plus doux pour celles qui souffrent aujourd’hui, et un avenir apaisé pour nos filles et nos fils. Les femmes victimes de violence méritent que les associations qui les accompagnent aient les moyens de le faire dignement. Nous sommes inquiètes : mal accompagnées, les femmes sont vulnérables face à la justice. Il est temps d’agir. Ensemble, soutenons celles et ceux qui œuvrent concrètement pour qu’aucune n’ait plus jamais à dire #MeToo. Donnons. » Parmi les personnalités qui ont décidé de s'investir, la réalisatrice Céline Sciamma, les comédiennes Adèle Haenel (photo), Océanerosemarie, Muriel Robin, et les chanteuses Soko et Christine and the Queens." ["post_title"]=> string(57) "Avant les César, elles s'engagent pour toutes les autres" ["post_excerpt"]=> string(184) "Dans une tribune publiée dans Libération, des dizaines de signataires appartenant aux milieux du cinéma et de la chanson s'engagent pour toutes les femmes victimes de harcèlement. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(23) "cesar-feminisme-egalite" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-04-13 09:10:34" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-04-13 07:10:34" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(29) "http://www.komitid.fr/?p=1133" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

Avec la mort de l'actrice Stéphane Audran, c'est une certaine image du cinéma qui s'éteint

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Âgée de 85 ans, l'actrice est décédée à Versailles. Connue pour ses nombreux rôles dans les films de Claude Chabrol, elle avait incarné un personnage à la sexualité ambigüe dans le grand classique « Les Biches ».

flickr photo par bswise shared under a Creative Commons (BY-NC-ND) license

Elle incarnait « une certaine image bourgeoise du cinéma » selon Le Monde. L’actrice Stéphane Audran est décédée le mardi 27 mars, à l’âge de 85 ans. Révélée par le cinéaste Claude Chabrol, elle a incarné de nombreux personnages de femmes fortes depuis le début des années 1960 jusqu’à la fin des années 1970. Avec ses yeux bleus perçants, ses cheveux  roux toujours parfaitement coiffés et un rouge à lèvre omniprésent, l’actrice en était presque hitchcockienne. Elle incarnait, comme le dit Libération, une certaine « sophistication ambiguë ».

Née en 1932, Stéphane Audran commence à tourner avec Chabrol en 1959 dans le film Les Cousins. La paire débute alors une relation fusionnelle, à l’écran comme dans la vie privée. La Femme infidèleLe BoucherLa RuptureJuste avant la nuit… les films s’enchainent. On retiendra son interprétation magnétique d’une femme bourgeoise et manipulatrice dans Les Biches, sorti en 1968. L’homosexualité sous-jacente de son personnage avait choqué à l’époque.

La cadence se ralentit dans les années 1980, où l’interprète tourne moins, est abonnée aux second rôles. Sa consécration viendra cependant en 1988 avec Le Festin de Babette de Gabriel Axel, qui remporte l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Une victoire qui la fait connaitre à l’international. Se faisant plus rare ces dernières années, elle tourne son dernier film en 2008 sous la direction d’Anne Fontaine pour La fille de Monaco.