Gilles Dehais, président de SOS homophobie: «L’homophobie est toujours bien présente et ancrée dans notre société»

Publié le

Gilles Dehais est le nouveau président de l’association SOS homophobie qui publie chaque année un rapport sur les LGBTphobies. Pour Yagg, il commente les chiffres du rapport 2016.

Sos Homophobie vient de rendre public son Rapport sur l’homophobie 2016, que nous avons détaillé hier. Gilles Dehais, président de SOS homophobie revient sur quelques chiffres marquants et sur la situation politique actuelle.

Vous êtes le nouveau président de l’association, quelles ont été vos premières actions et quelles seront vos prochaines ? Effectivement le conseil d’administration a été changé et jusqu’à maintenant c’était surtout des communiqués de presse sur des faits, notamment la réaction des prud’hommes de Paris et l’histoire du coiffeur « PD ». Nous menons également des actions au quotidien.

Quant au futur et bien dès ce soir (ndlr : le 11 mai) nous publions le rapport annuel contre l’homophobie. Par ailleurs, le 17 mai sera un grand jour puisque ce sera la journée de lutte contre l’homophobie et la transphobie. A cette occasion nous allons mener des activités à la fois à Paris et partout en France. C’est également à cette date que le rapport annuel sera officiellement présenté au au Sénat. Nous organiserons également plusieurs tables rondes et des villages associatifs.

Cette date sera aussi l’occasion d’être présent à la cérémonie des souvenirs, qui aura lieu le 17 mai avec les Oubliés de la mémoire à l’angle de la rue Montorgeuil et et de la rue Bachaumont dans le IIème arrondissement de Paris. Cette cérémonie rendra hommage aux deux dernières personnes condamnées à mort pour homosexualité. Enfin il y a également le rassemblement pour la PMA le 29 mai, le jour de la fête des mères. Un appel inter-associatif a été mis en place pour rappeler au candidat Hollande sa promesse de candidat et demander la PMA pour toutes les femmes. C’est également le début de la saison des Prides, comme au Mans ce weekend et donc on y sera présent.

Cela fait 22 ans que l’association existe et 20 ans que vous publiez un rapport chaque année, quel est votre bilan après ces années de luttes ? Le bilan est à la fois positif et négatif. On ne va pas se réjouir, car l’homophobie est toujours bien présente et ancrée dans notre société. Mais on peut se réjouir de la situation qui a changé, avec notamment une formidable avancée dans la visibilité des minorités LGBT. Originellement l’association est plutôt masculine, principalement contre la gayphobie mais c’est devenu de plus en plus ouvert aux femmes et aux trans, si bien qu’elles sont maintenant très présentes. Le comité d’administration de 21 personnes comprend notamment 13 femmes, dont une personne trans et 8 hommes.

En 22 ans, l’association a vu une croissance dans le nombre de ses membres mais également des témoignages. Il y a eu deux années clé. D’abord, 2003 lorsque nous avons créé le site internet, cela nous a donné une meilleure visibilité et plus de témoignages, la seconde année est 2012. Avec l’avènement du mariage pour tous et le pic des agressions LGBTphobe, nous avons eu énormément de témoignages et de bénévoles. Par ailleurs l’association s’est développée peu à peu dans toute la France.

Il y a eu également des avancés sociales et législatives, par exemple le pacs, le mariage pour tous où encore l’aggravation des délits et crimes à consonance homophobe. Ce sont des avancées indéniables, mais insuffisantes, par exemple sur le sujet du don du sang, où nous avons eu une avancée, mais nous sommes toujours discriminés.

Votre rapport représente-il la réalité de l’homophobie en France ? Notamment sur la différence de statistiques entre les femmes et les hommes, ces derniers étant beaucoup plus nombreux à témoigner. Le rapport reflète avant tout la réalité des témoignages et vu par ce prisme, en effet, il y a beaucoup plus d’hommes que de femmes. Après, je ne pense pas qu’on puisse extrapoler à l’homophobie en France, car les sources de témoignages sont différentes. Il y a également moins de cas signalés de lesbophobie et de transphobie, car ce sont les gays qui appellent l’association depuis le début. En effet les femmes et les trans étaient et sont encore aujourd’hui moins visibles. Cependant, ça ne veut pas dire que les hommes sont plus agressés en France. Un fait intéressant qu’il faut connaître, c’est que les femmes n’ont pas l’impression d’être victimes de lesbophobie mais juste de sexisme. Le mot est assez nouveau dans l’opinion public et il est difficile de dire qu’on est victime de quelque chose dont on ne connait pas le nom.

Comment expliquer vous le taux de mineurs dans les faits signalés dans le domaine scolaire ? Celui-ci est passé de 36 % en 2014 à 69 % cette année. On n’a pas forcément d’explication exacte et détaillée mais, on constate et on dénonce cette hausse. La parole homophobe s’exprime de plus en plus tôt dans les cours d’école et on dénonce que les insultes homophobes telles que « pd » ou « tafiole » soient banalisées et légitimées. Une des explications possibles, c’est que compte tenu de l’expression et des manifestations contre le mariage pour tous ces trois dernières années, la parole homophobe a été vue et entendue. On peut craindre donc que ce genre de manifestation ait créé la légitimité de la parole homophobe, voire même des violences. La meilleure réponse à cela est de militer contre, proposer des actions contre, au niveau des enfants mais également des adultes qui laissent passer ce genre de choses.

Selon vous le gouvernement actuel fait-il assez pour se battre contre l’homophobie ? Sentez-vous une différence entre celui-ci et celui d’il y a cinq ans ? Par rapport au gouvernement d’il y a 5 ans la principale différence se situe dans l’écoute. C’est-à-dire que maintenant nous nous sentons plus écoutés et nous avons un meilleur accueil. Cependant, le gouvernement actuel fait des choses, mais le fait rarement savoir au grand public. On n’obtiendra jamais par exemple une déclaration choc, ou un geste important contre l’homophobie. Toutefois, le ministère de l’Education est conscient de ces problèmes et avance à tâtons. L’avancée scolaire s’est surtout faite sur la discrimination vis-à-vis de l’orientation sexuelle et du genre. SOS homophobie a par ailleurs proposé des fiches pédagogiques explicatives destinées aux adultes qui ne savent pas comment aborder le sujet. Puisque l’État ne veut pas s’en charger il le délègue à des associations comme les nôtres. Après, nous sommes militant.e.s et donc tant qu’on existe c’est que le gouvernement ne fait pas assez. Il y a encore beaucoup de chemin à faire et nous avons encore des revendications. L’une d’elles, c’est la PMA, un engagement que le président Hollande n’a pas respecté.

Nous sommes bientôt en période électorale, craignez-vous une hausse des propos et même des violences homophobes et transphobes ? Non, on ne craint pas cela et on espère que cela n’arrivera pas, néanmoins nous ne sommes jamais à l’abri d’un dérapage. Nous allons parler à tou.te.s les candidat.e.s à propos de nos revendications et on fera sûrement un bulletin sur le sujet. Par ailleurs notre prochain rapport arrivera en plein milieu de la période électorale. Sinon le sujet des LGBT fait peur aux hommes politiques. Peu d’entre eux parlent de notre cause.

Pensez-vous qu’une loi comme celle qui est passée à Malte l’année dernière puisse voir le jour en France ? Evidemment on aimerait, mais c’est compliqué et il ne faut pas aller trop vite. Ce serait vraiment extraordinaire mais, un peu utopique. Maintenant le sujet peut encore avancer et même plus rapidement qu’on le pense. Par exemple il y a un amendement en cours dans le cadre de la loi justice XXIème siècle qui permettra, si il est gardé de pouvoir modifier son genre. Le fait que cela soit rédigé montre déjà un premier pas et ça c’est génial. Et à terme on espère bien avoir une loi comme chez nos voisins Maltais ou comme la loi Argentine.