«Je me suis fait traiter de tapette à l’hôpital»

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Un gay séropositif avait rendez-vous avec son médecin à l'hôpital Tenon, lundi 13 octobre au matin. Il n'imaginait pas ce qui allait lui arriver aux admissions.

Plus d’une semaine après l’incident, lorsque nous le rencontrons, Emmanuel (le prénom a été changé) est encore «assez déprimé». Ce qui lui est arrivé à l’hôpital Tenon, il ne le croyait pas possible en 2015. Il raconte.

«DEPUIS QU’ILS ONT LE MARIAGE POUR TOUS…»
«Lundi 12 octobre, j’avais rendez-vous avec mon médecin traitant à l’hôpital Tenon. C’est la troisième fois que je le vois. Avant la visite, je devais passer aux admissions. J’avais deux factures à régler pour les deux précédentes visites. Je suis pris en charge à 100% et je suis couvert par la CMU. Je demande à la personne qui me reçoit au guichet 7 des admissions pourquoi je dois passer par là, alors que j’ai un ami qui n’a pas besoin d’y passer. «C’est comme ça, je vous assure, vous n’allez pas m’apprendre comment faire mon métier», me répond-elle. J’insiste à nouveau, ne comprenant pas pourquoi mon ami n’a pas besoin d’y passer. Elle ne me répond et je pars. Je me suis à peine éloigné du guichet que je l’entends dire derrière moi: «Tapette!».
Emmanuel retourne au guichet et lui demande de répéter ce qu’elle vient de dire. Elle nie avoir dit quelque chose. Il insiste, mais elle continue de nier. Il repart et entend distinctement l’employée lancer à sa collègue: «Ceux-là, depuis qu’ils ont le mariage pour tous, ils veulent tout.»

«Sur le moment, dit-il, j’ai eu un gros coup de déprime». Comment se sent-il aujourd’hui?

«Ça m’a totalement démoralisé parce que je n’imaginais pas qu’il arrive encore ce genre de choses.»

«C’est le fait que ce soit au sein-même de l’hôpital. En plus, l’employée savait très bien où j’allais, au service des maladies infectieuses.»

«TRÈS CHOQUÉ»
Contacté par Yagg, le médecin d’Emmanuel, Jean-Paul Vincensini nous a rappelé vendredi 23 octobre dans l’après midi. Emmanuel lui a effectivement parlé le lendemain de l’incident. Emmanuel lui a expliqué ce qui lui était arrivé et le médecin confirme qu’il semblait très choqué au téléphone. «C’est inadmissible de toute façon, affirme le médecin. Mais c’est encore plus inadmissible venant d’un membre du personnel hospitalier. C’est la première fois en 13 ans que quelqu’un me rapporte de tels faits». Il ajoute: «Je ne suis pas surpris qu’il ne m’en ait pas parlé le jour-même, il venait me voir pour des résultats d’analyses. Souvent, les patients mettent du temps pour évoquer des problèmes alors qu’ils sont dans l’angoisse des résultats.»

Mardi 13 octobre, le lendemain de l’incident, Emmanuel contacte aussi SOS Homophobie, qui lui conseille de porter plainte mais se dit impuissante dans la mesure où il n’y avait pas de témoin. Yohann Roszéwitch, président de SOS Homophobie, a pu consulter la fiche anonymisée de l’appel d’Emmanuel à la permanence téléphonique. Il explique à Yagg que dans ce genre de situation, l’association conseille effectivement aux victimes de s’adresser à la police. Il précise aussi que la victime peut également, mais c’est son choix, recontacter le service juridique de SOS homophobie pour recevoir des conseils plus approfondis et une aide sur le long terme. En réaction à cet événement en particulier, Yohann l’affirme: «Ce genre de comportement est tout à fait inacceptable, d’autant plus en milieu hospitalier où les personnes sont en état de vulnérabilité. Si l’administration n’est pas exemplaire, c’est dramatique.»

Dans son Rapport sur l’homophobie 2015, l’association fait état d’une augmentation des témoignages concernant les manifestations LGBTphobes dans les administrations, passant de 6 à 10%.
Dix jours après l’incident, Emmanuel garde toujours un sentiment diffus de malaise. Son médecin lui a conseillé d’écrire à la direction de l’hôpital. Au delà des faits, que souhaite-t-il leur dire? «J’aimerais que l’hôpital forme un peu mieux les personnes qui sont dans l’administration. Ce qui m’est arrivé n’est pas anodin.»