«L’homosexualité est une abomination»: Christine Boutin jugée demain

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Pour avoir déclaré que l'homosexualité est une abomination, Christine Boutin risque 1 an de prison et 45 000 euros d'amende.

En avril 2014, Christine Boutin a déclaré dans les colonnes du magazine Charles que «l’homosexualité est une abomination». Elle sera jugée demain, 23 octobre, à Paris pour incitation à la haine. Un délit puni d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende par l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.

MOBILISATION CITOYENNE
Dans l’interview qu’elle donnait à Charles, l’ancienne députée et ministre répondait à une question sur sa proximité avec Charles Consigny. Voilà sa réponse complète: «Je n’ai jamais condamné un homosexuel. Jamais. Ce n’est pas possible. L’homosexualité est une abomination. Mais pas la personne» (lire Christine Boutin, à «Charles»: «L’homosexualité est une abomination»).

À l’époque ces propos ont suscité un tollé. Du côté des politiques, d’abord. À l’UMP, le député Franck Riester et le président de la formation politique à l’époque, Jean-François Copé, ont tous deux condamné fermement ces propos. Le Parti Socialiste a fait de même. Des citoyen.ne.s se sont mobilisés ensuite, avec la militante Isabelle Bonal en tête, qui avait incité à porter plainte contre la «pasionaria» anti-pacs et anti-mariage pour tous (lire Des citoyen.ne.s se mobilisent pour porter plainte contre Christine Boutin). 10 000 plaintes ont été déposées.

Malgré des regrets exprimés assez rapidement, Christine Boutin est poursuivie pour incitation à la haine. En revanche, lors de l’audience de procédure, le juge n’a pas retenu la circonstance aggravante d’homophobie, «car [Christine Boutin] attaque l’orientation sexuelle et non les personnes en tant que telles», nous expliquait alors Isabelle Bonal à la sortie du tribunal (lire Christine Boutin sera jugée dans un an pour avoir déclaré: «L’homosexualité est une abomination»)

L’association Mousse, formée par des étudiant.e.s de Sciences Po Paris, partie civile lors du procès, rappelle que «cette terminologie lui a été malencontreusement inspirée par les termes de la Bible selon lesquels “Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination.” (lévitique 18:22) et “Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable; ils seront punis de mort: leur sang retombera sur eux” (lévitique 20:13).»

L’Inter-LGBT et le Refuge sont également parties civiles. L’Inter-LGBT réfute tout argument religieux: « Entretenant pourtant un certain flou, Christine Boutin affirme ne pas condamner les « personnes homosexuelles » mais leur pratique sexuelle au prétexte d’arguments empruntés à la religion. N’hésitant pas à mettre sa foi en avant, Christine Boutin semble toutefois oublier que la France est un pays laïque, que l’homosexualité y a été dépénalisée au début des années 80 et que notre république est régie par des lois, et non par des textes religieux. Ces propos sont intolérables, notamment émanant d’une ancienne responsable politique, ancienne élue, ancienne ministre de la République. »

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