Australie: Le beau discours plein d’espoir d’un sénateur gay
Lors de son premier discours au sénat australien, Robert Simms a raconté son coming-out et envoyé un message aux jeunes LGBT.
Robert Simms vient de faire son entrée au Parlement fédéral australien, où il remplace Penny Wright, qui a démissionné pour des raisons familiales . À 31 ans, il devient le troisième membre ouvertement homo du Sénat, aux côtés de la travailliste Penny Wong (Australie-Méridionale) et du libéral Dean Smith (Australie-Occidentale). Il représente, pour les Verts, l’Australie-Méridionale et a été nommé par son parti porte-parole sur l’enseignement supérieur, les questions LGBT et le mariage égalitaire.
Le nouveau sénateur a prononcé son tout premier discours au Sénat hier, mardi 13 octobre, avec un message en direction des jeunes LGBTI: tenez bon, les choses finissent vraiment par s’arranger.
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Après avoir remercié Penny Wright, Robert Simms a expliqué qu’il avait adhéré au parti Vert en 2007: «Les Verts sont plus qu’un simple parti politique, nous sommes un mouvement populaire qui travaille à apporter un changement social positif.» Son discours s’est ensuite orienté vers sa famille: ses parents Marion et Brian, son frère Michael et sa demi-sœur Rachel. C’est alors qu’il a évoqué son coming-out:
«J’ai eu une enfance très heureuse, mais par moments, en grandissant, j’ai parfois eu l’impression de ne pas être comme les autres. Je n’étais pas sûr de ma place dans le monde et tout n’a pas été simple à l’école.
«Je me tiens devant vous aujourd’hui en tant qu’homme gay et fier de l’être. Mais cela n’a pas toujours été le cas.
«Je me souviens que j’avais environ 12 ans quand j’ai compris que j’étais homo, c’était ma dernière année d’école primaire. C’est un secret que j’ai longtemps porté. Je n’en ai parlé à personne avant d’avoir 20 ans. Je n’avais aucune idée de ce à quoi pouvait ressembler la vie d’un gay et avais peur de l’avenir. Je dois le dire, me retrouver à parler coming-out devant le sénat fédéral n’est pas vraiment ce que j’envisageais pour mon avenir lorsque j’étais un ado dans le placard dans une banlieue d’Adelaïde!
Aujourd’hui je suis très bien dans ma peau, mais je crois qu’il et important de parler de ces choses parce que je sais que ce n’est toujours pas facile pour de nombreux/euses jeunes de nos jours. J’espère que mon travail entre ces murs permettra de rendre la vie plus facile à l’avenir. J’ai toujours pu compter sur le soutien de ma famille et de mes ami.e.s dans mon parcours vers l’acceptation de mon orientation sexuelle, mais je sais aussi que tout le monde n’a pas cette chance.
«Malgré tout ce que nous avons obtenu sur le chemin de l’égalité, il y a encore beaucoup à faire. Je sais que des jeunes sont harcelé.e.s à l’école parce qu’ils et elles sont attiré.e.s par des personnes du même sexe, ou sont trans’, et l’homophobie et la transphobie sont encore des forces dangereuses dans la société australienne.
«Mais je veux dire aujourd’hui à chaque jeune personne qui se débat avec son propre parcours vers l’acceptation de son orientation sexuelle ou de son identité de genre, les choses s’arrangent vraiment. Notre pays est en train de changer, notre monde est en train de changer et vous avez un bel avenir devant vous. Soyez courageux/euses, soyez fort.e.s et soyez fièr.e.s de qui vous êtes.
«Ce sont mes propres expériences avec la sexualité qui sous-tendent mon soutien au mariage égalitaire. Je sais que quand j’étais plus jeune, une telle réforme aurait changé beaucoup de choses pour moi. Un symbole positif que qui que l’on soit et qui que l’on aime, nous sommes tou.te.s égaux devant la loi.
«Le temps est bel et bien venu pour notre pays de tourner le dos à l’homophobie et à la discrimination du passé. Ce parlement doit faire son travail.
«C’est intéressant de voir que ce que la chose en moi que j’aurais tout fait pour changer est devenue l’une de celles que je chéris par dessus tout. être homo m’a donné la capacité de regarder le monde différemment. D’imaginer ce que devraient être les choses, de voir au-delà des règles du monde dans lequel j’ai grandi. Pour moi le personnel est politique et mon expérience a renforcé ma détermination à combattre les discriminations et à me battre pour les exclu.e.s. C’est ce qui fonde ma philosophie politique et je suis fier d’être membre d’un parti qui se bat pour créer une société plus juste et plus équitable pour tou.te.s.
«Le combat contre l’homophobie et la transphobie s’inscrit bien sûr dans une lutte bien plus large pour la justice dans notre monde: une lutte contre la peur et la haine de la différence, la peur et la haine des autres, a poursuivi Robert Simms. Nous voyons cette horrible haine et cette peur dans le racisme aussi dans ce pays. Il faut en parler et il faut s’y attaquer.
«Cette peur et cette haine des autres ont été fondamentales dans la façon dont l’Australie a traité les demandeurs d’asile, et c’est ce sujet qui a conduit à mon éveil politique quand j’étais plus jeune. J’étais alors au lycée. J’étais horrifié par les images que je voyais lors des informations le soir à la télé, des bateaux que l’on renvoyait et des enfants qui se cousaient les lèvres.
«J’étais désespéré de voir notre pays tourner le dos aux personnes les plus vulnérables du monde, des personnes qui venaient en Australie rechercher notre aide et notre protection. Il est triste de voir que plus d’une décennie plus tard, l’impudente cruauté de la détention obligatoire est toujours d’actualité. Quel pays sommes-nous qui laissons des enfants dépérir dans des prisons insulaires? Je croyais alors, et je le crois encore, qu’une telle politique n’a pas sa place dans une société civilisée. Bien au contraire, elle est dégradante pour tout le monde. (…)
«Je suis convaincu que l’amour et la compassion peuvent changer le monde. Que l’on soit noir ou blanc, homo ou hétéro, aborigène ou non, que l’on soit né ici, que l’on soit arrivé par avion ou par bateau, c’est l’amour qui fonde l’expérience humaine. C’est l’amour qui nous unit tou.te.s. Et c’est l’amour qui manque cruellement dans le traitement de cette question par notre pays. Faisons en sorte que l’Australie privilégie la générosité à la prospérité. Parce que si nous le faisons, nous serons alors vraiment le pays le plus riche du monde.»
Via SameSame.
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