Sur Arte, « Un amour discret » ou comment être lesbienne en Pologne et faire famille
Avec « Un amour discret », Arte met un coup de projecteur sur la vie d'un couple de lesbiennes soudainement amené à faire famille.
Comme tous les étés, Arte met à disposition une riche sélection de documentaires dans sa rubrique La Vie en face, où des récits du monde entier sont mis à l’honneur. Les problématiques des femmes noires en France, le quotidien de nonnes, les questionnements des professeurs en fac ou encore la difficile lutte pour se libérer de l’emprise de sectes : la pluralité des sujets et des points de vue offre un regard précieux sur les variations de nos sociétés humaines, entre acquis et manques fatals.
Parmi cette collection de près de 30 documentaires d’environ 50 minutes chacun, Un amour discret (passé par le dernier festival Chéries-Chéris sous le tire original Silent Love), du polonais Marek Kozakiewicz, aborde avec sensibilité les spécificités que les personnes queers doivent gérer pour pouvoir faire famille.
Alors qu’elle vit à Francfort avec sa compagne Majka, Agnieszka retourne dans son village natal polonais à la mort de sa mère. De démarches en démarches, Agnieszka tente de devenir la tutrice légale de son jeune frère, tout en devant cacher sa relation de longue date à l’administration polonaise afin d’éviter toute discrimination homophobe.
Aimer en cachette
Dès lors, le réalisateur filme avec attention le dilemme d’Agnieszka, partagée entre son amour libre en Allemagne et sa couverture dans une Pologne plus conservatrice. Le jeu de miroir est éloquent : les va-et-vient d’Agnieszka entre les deux pays montrent à merveille l’état presque schizophrène dans lequel elle doit se plonger. Un moment compliqué, qui les éloigne et met à l’épreuve leur couple et leur vie privée. Sans en faire trop, Kozakiewicz donne à voir la pression patriarcale qui sévit toujours en Pologne, entre discours masculinistes sur comment être un vrai homme et homophobie largement banalisée.
En parallèle de ces étapes administratives épuisantes, le trio apprend à vivre ensemble en inventant son propre modèle familial, que la caméra épouse avec une délicatesse touchante.
Si les moments de liberté se font rares, le couple ayant peu d’occasion de montrer leur affection en public, c’est dans ceux qu’elles passent avec le petit frère (magnifique scène de vélo) que le film touche le cœur de son sujet : apprendre à faire famille quand rien ne semble nous le permettre. Encore en pleine construction de lui-même, Milosz est bombardé à l’école de morales virilistes et paternalistes. Malgré cette éducation corsetée dont il se fait volontiers le relais par instants, ramenant les discours discriminants au sein même du foyer, il s’ouvre aussi peu à peu à Agnieszka et Majka. Une relation atypique naît entre les trois par la seule force des liens qui les relient et des dialogues qu’ils entretiennent.
Un amour discret, disponible jusqu’en octobre sur Arte, se révèle être un très beau moment sur la création d’un lien étrange et unique, qui va au-delà des lois et des stigmatisations.