La Première ministre annonce un fonds, un ambassadeur... et se justifie à nouveau sur Cayeux

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Elisabeth Borne a annoncé la création d'un poste d'ambassadeur aux droits LGBT+ et d'un fonds de 3 millions d'euros en faveur des centres d'accueil lors d'une visite au Centre LGBT+ d'Orléans où elle a une nouvelle fois été interpellée sur les propos de sa ministre Caroline Cayeux.

La cheffe du gouvernement a visité pendant une heure les locaux du GAGL 45, le centre LGBT+ d’Orléans à l’occasion du 40e anniversaire de la loi dépénalisant l’homosexualité.

« Oui, la France a pris des lois qui ont visé et discriminé les personnes homosexuelles », mais « heureusement, les combattants de l’égalité n’abandonnent jamais », a déclaré Mme Borne.

Après avoir écouté les responsables de l’association, qui ont notamment pointé la baisse de subventions et des moyens insuffisants, la Première ministre a annoncé la création d’un fonds de 3 millions d’euros « pour créer 10 nouveaux centres LGBT+ et pour renforcer les 35 qui existent déjà » afin « qu’il y ait au moins deux centres dans chaque région de l’Héxagone et au moins un centre dans chaque région d’Outre-mer ».

Ce fonds sera inscrit dans la loi de Finances pour 2023 et la somme portera sur la période 2023-2026. En 2023, 1,5 million d’euros sera débloqué, a-t-on précisé à Matignon.

En pointant des « remises en cause, y compris sur le droit européen », dans une claire allusion à la Hongrie de Viktor Orbán, Mme Borne a également annoncé la création d’un poste d’« ambassadeur aux droits LGBT+ ».

Cet ambassadeur, nommé « d’ici la fin de l’année », « coordonnera l’action du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères pour la protection contre les discriminations et la promotion des droits LGBT+: il portera la voix de la France, il défendra notamment la dépénalisation universelle de l’homosexualité et de la transidentité », a-t-elle ajouté.

Mme Borne s’est également dite prête à « regarder » une proposition de loi annoncée mercredi par les sénateurs socialistes « portant réparation des personnes condamnées pour homosexualité entre 1942 et 1982 ».

Le régime de Vichy avait introduit une discrimination entre les relations hétérosexuelles – la majorité sexuelle étant alors fixée à 15 ans – et homosexuelles, pénalisées si l’un des partenaires était mineur (à l’époque, 21 ans).

La discrimination était restée en vigueur lors de l’abaissement de la majorité à 18 ans en 1974, avant que la gauche ne l’abroge le 4 août 1982 et n’aligne la majorité sexuelle à 15 ans, quel que soit le sexe des partenaires.

« Aujourd’hui, nous nous souvenons de cette injustice, des souffrances qu’elle a infligées. Je pense à tous ceux qui étaient entravés dans leur liberté, leurs amours, qui furent arrêtés, jugés, sanctionnés. La Nation n’oublie pas », a pour sa part écrit Emmanuel Macron dans un message sur Facebook publié jeudi matin.

« Ces gens-là »

Au cours de sa visite, Mme Borne n’a pas échappé à une nouvelle interpellation au sujet de sa ministre Caroline Cayeux, qui avait employé l’expression « ces gens-là » au sujet des homosexuels lors d’une interview mi-juillet.

« Entendre en 2022 des choses que j’entendais à Beauvais quand j’étais adolescent, c’est complètement incroyable », a lancé le secrétaire de l’association, Christophe Desportes-Guilloux, originaire de la ville dont Mme Cayeux fut la maire, en déplorant que « ces paroles dites par des responsables nationaux remettent en cause le travail que l’on fait auprès des jeunes ».

Mme Borne a campé sur sa position: « très clairement, la ligne du président de la République, ma ligne, la ligne du gouvernement n’est pas ambigüe: on continuera à se battre » en faveur des droits des homosexuels, en reconnaissant « des propos malheureux » et en faisant valoir « les excuses » présentées par la ministre.

« On n’attend pas des excuses, (mais) que les décisions qui vont être prises soient effectivement de lutte contre les discriminations », a expliqué, un peu plus tard, M. Desportes-Guilloux à la presse.

Dans un communiqué, l’association GayLib – associée au Parti radical, membre de la majorité présidentielle – s’est félicitée des annonces de Mme Borne, « tout en restant vigilante quant à leur effectivité y compris au sein du gouvernement » et en réclamant à nouveau la démission de Mme Cayeux.

L’inter-LGBT a pour sa part considéré auprès de l’AFP que les nouveaux fonds alloués allaient « dans le bon sens », de même que la nomination d’un ambassadeur, en réclamant « un corps diplomatique sensibilisé à ces questions ».