3 questions à Benoît Arnulf, du festival queer In&Out à Nice

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Benoît Arnulf est le coordonnateur de l'association Les Ouvreurs et le directeur artistique des Rencontres In&Out pour Nice, Cannes et Toulon. Il répond aux questions de Komitid sur la 14ème édition du festival de film queer qui a lieu à Nice du 28 avril au 7 mai.

« The Archivettes » de Megan Rossman
« The Archivettes » de Megan Rossman

Benoît Arnulf est le coordonnateur de l’association Les Ouvreurs et le directeur artistique des Rencontres In&Out pour Nice, Cannes et Toulon. Il répond aux questions de Komitid sur la 14ème édition du festival de film queer qui a lieu à Nice du 28 avril au 7 mai.

Komitid : Quels sont les temps forts de cette édition des Rencontres In&Out ?

Benoît Arnulf : Cette 14e édition est assez atypique avec une impression de retour à la normale après les deux dernières années marquées par la crise sanitaire. Le festival retrouve ses dates originelles, au printemps, ce qui est réjouissant.
Mais le plus original aura été notre volonté de construire avec Queer Lisboa, le festival de film queer de Lisbonne, une proposition à deux voix qui constitue le cœur de notre manifestation. En effet, pour la Saison France-Portugal 2022, nos deux festivals se sont associés pour proposer EcoQueerÉcho, une programmation abordant les thèmes de l’écologie, du paysage, de la durabilité et de la coexistence interespèces. Forts de l’idée de cultiver « les arts de vivre sur une planète endommagée », comme le dit Donna Haraway, et nourris des concepts forgés par la pensée éco-féministe de Françoise d’Eaubonne, nous nous intéressons aux regards décalés que le cinéma queer a posés sur ces thèmes.
Nous aurons l’occasion de revenir pour notre plus grand plaisir sur le parcours fascinant de João Pedro Rodrigues et João Rui Guerra da Mata, couple emblématique du cinéma queer portugais, à travers une master class et une rétrospective de leurs films à la Cinémathèque de Nice.
Il nous a semblé important de contribuer à l’effervescence actuelle autour de l’importance des archives dans la construction de nos luttes. Plusieurs documentaires viendront enrichir notre réflexion grâce à de précieux témoins comme Patrick Cardon, Lionel Soukaz ou Sam Bourcier, présents avec nous.
Et bien entendu nous continuons à offrir le meilleur du cinéma queer actuel dans notre Panorama.

Avez-vous eu personnellement des coups de cœur ?

Tout d’abord je suis ravi de présenter, à l’occasion du programme EchoQueerÉcho, des films qui, sans être inédits, circulent peu ou pas dans les festivals LGBT français.
Ensuite, je dois avouer que le film En corps + de Lionel Soukaz et Stéphane Gérard (lire aussi notre interview), que j’ai pu découvrir à l’exposition « VIH/sida. L’épidémie n’est pas finie » du Mucem et que nous proposons au Dojo sous deux formes.  Une projection le 2 mai à 19 heures et une installation sur trois écrans sur toute la durée du festival. C’est un film d’une grande puissance visuelle qui ravive de précieuses énergies militantes.

De même la découverte de Silent voice de Reka Valerik a été un choc, le film qui relate l’exil d’un sportif tchétchène nous plonge avec âpreté dans une réalité sordide et tellement actuelle. Enfin, pour la première fois depuis la naissance du festival, je suis heureux de proposer un long métrage d’animation, Flee de Jonas Poher Rasmussen, autour du personnage d’Amin qui a dû fuir l’Afghanistan.

Ces trois choix reflètent parfaitement notre souhait de faire du festival une vitrine permettant d’aborder, par le cinéma, des questions politiques centrales : les LGBTphobies dans le monde et leurs conséquences dans la vie d’innombrables personnes qui ont vécu ou vivent encore dans des espaces qui les rejettent pour ce qu’ils sont.
Et pour revenir à mes coups de cœur, la filmographie de João Pedro Rodrigues offre un ensemble tellement fascinant d’étrangeté et de créativité qu’il est dur de choisir une œuvre en particulier. Reste le souvenir de ma découverte, adolescent, de son premier film, O Fantasma, qui confère à cet ovni cinématographique une place de choix dans mon panthéon du cinéma queer. Le revoir est un délice.

« Depuis quinze ans, les changements sont éloquents, et la place qu’ont su trouver les cinématographies LGBT et queer ne peut que réjouir les cinéphiles militant.e.s que nous sommes. »

Depuis que vous organisez le festival In&Out, comment voyez-vous l’évolution du cinéma LGBTI+ ?

Depuis quinze ans, les changements sont éloquents, et la place qu’ont su trouver les cinématographies LGBT et queer ne peut que réjouir les cinéphiles militant.e.s que nous sommes. Les grands festivals internationaux se disputent des auteurs, de Céline Sciamma à Catherine Corsini en passant par Christophe Honoré et Alain Guiraudie, pour ne citer que quelques noms français. Les prix dédiés, Queer Palm, Teddy Award ou Lion Queer, sont devenues des références indéniables et l’ensemble facilite assurément la production de nouveaux projets. Programmer un festival queer tel qu’In&Out revient alors à faire des choix dans une très belle offre – ce qui n’était pas vraiment le cas il y a quinze ans –, et à trouver le bon équilibre entre des productions grand public telles que Le Nageur de Adam Kalderon ou Tove de Zaida Bergroth et un film plus intimiste comme Ultraviolette et le gang des cracheuses de sang de Claudie et Robin Hunzinger.

Rencontres cinématographiques In & Out, 14e Festival du cinéma queer de Nice, du 28 avril au 7 mai. Toute la programmation ici.

 

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