« L'école doit être un allié » : au collège, des bénévoles sensibilisent aux LGBTphobies

Publié le

« Homophobie, vous connaissez ce mot ? Et LGBT ? » : dans une classe de quatrième à Roubaix, deux bénévoles de SOS homophobie sont venus « sensibiliser aux discriminations » et proposer un « espace de parole », des interventions « de plus en plus réclamées » par les établissements scolaires.

école lgbtphobies
SOS homophobie lutte contre les LGBTphobies dans le cadre scolaire - Ezhova Mariia / Shutterstock

« La phobie, c’est une forte peur », avance Sami, au premier rang de cette classe de 25 élèves du collège Baudelaire (les prénoms ont été modifiés). « Oui, mais cette peur vient généralement d’une méconnaissance », « de stéréotypes qui sont faux  », répond Romain Bammez, co-délégué de SOS homophobie dans le Nord/Pas-de-Calais.

Projetant le logo de l’association – où un triangle rose évoque le symbole utilisé dans les camps nazis pour « marquer » les hommes condamnés pour homosexualité – l’intervenant tisse des liens entre « homophobie, xénophobie, antisémitisme, racisme, et toutes les discriminations ».

Dans la salle au départ timide, des têtes se redressent et des mains se lèvent. « Les musulmans aussi sont insultés  », « les personnes grosses aussi », « et les femmes », égrènent quelques adolescents, à renfort d’anecdotes.

« Handiphobie, sexisme, âgisme …  » : Romain Bammez et sa co-déléguée Thérèse Niciejewski définissent chaque terme, explicitant les différences entre « norme mathématique  » et « normalité ».

« Risque de suicide »

Lorsqu’ils abordent la transidentité, même les rares élèves dissipés tendent l’oreille.

« On ne dit pas transsexuel, mais transgenre », souligne Romain Bammez. « C’était un terme utilisé par la médecine, mais ce n’est pas une question médicale ou de sexualité, mais d’identité  », poursuit-il. Des questions fusent, sur l’état civil, les recours à la chirurgie… .

« Un homme transgenre amoureux d’une femme, il est hétéro ? », interroge Théo. « On t’a dit, on s’en fiche de ce qu’il y a en bas, l’important c’est le ressenti  », réplique son voisin.

Thérèse Niciejewski parle d’amour, de liberté, d’égalité, puis détaille les types d’agression régulièrement subies, des insultes au cyberharcèlement voire au meurtre, et les peines encourues.

«  Décrochage, dépression, addictions…  » : les élèves listent les conséquences. Deuxième cause de mortalité des jeunes, le risque de suicide est « sept fois plus important chez les jeunes LGBT  », déplore Thérèse Niciejewski.

En décembre 2020, une lycéenne trans s’était suicidée à Lille. Selon des amis, elle n’était pas harcelée, mais en proie à « un mal-être » découlant de « la difficulté de vivre » dans une société peinant à évoluer. Auprès de l’AFP, ils avaient notamment regretté la « maladresse » du lycée, d’où elle avait un jour été renvoyée parce qu’elle portait une jupe.

« Semer des graines »

Depuis, l’académie de Lille a « accéléré la prévention », assure Stéphane Henry, inspecteur pédagogique référent « mémoire et citoyenneté  ». En 2020, six formations « relatives aux transidentités » ont été proposées, en visioconférence, aux « personnels de direction, mais aussi certains infirmiers, ou CPE  », avec quelque 1 000 connexions enregistrées, indique-t-il.

Ont notamment été abordés «  les changements de prénoms, la question des toilettes, des vestiaires, du vocabulaire  ».

En septembre 2021, deux webinaires «  sur l’accueil des publics LGBT  » ont également été animés par une chercheuse. Une formation en présentiel sera aussi organisée au printemps avec une quarantaine d’enseignants volontaires, poursuit Stéphane Henry.

Dotée d’un agrément de l’Éducation nationale, l’association SOS homophobie intervient depuis 27 ans dans les établissements qui le souhaitent. « Dans le Nord/Pas-de-Calais, on a fait 170 interventions l’année dernière, contre une centaine auparavant. Cette année, 200 sont programmées », se réjouit Thérèse Niciejewski. « On n’a pas les moyens de faire plus, mais le besoin est là (…) L’école doit être un allié ».

Au collège Baudelaire, l’appel est venu de l’infirmière, Elodie Exposta, suite à une «  situation problématique ». « Je pense qu’on sème des graines  », estime-t-elle.

Elle se réjouit d’« une porte ouverte  », permettant à « ceux qui se questionnent  » de « trouver une oreille  ». « Parfois certains viennent nous voir à la fin pour demander comment faire son coming-out, parler aux parents  », confie Romain Bammez.

« Bien sûr, en deux heures on ne change pas les esprits très fermés  » mais « l’échange sert aux autres  », juge Thérèse Niciejewski. « Et si j’ai permis à un seul gamin de se dire “ je ne suis pas anormal, je peux me réaliser ”, alors j’ai gagné  ».

Avec l’AFP