JO : le drapeau arc-en-ciel vole haut dans le ciel de Tokyo

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Les sportives et les sportifs out accumulent les médailles à Tokyo. Cela permet aussi d'offrir une tribune XXL à la visibilité LGBTI+.

drapeau Pride intersexe
Le nouveau drapeau de la Pride de 2021, avec le drapeau intersexe - Capture d'écran Instagram / @intersex.equality.rights.uk

Pour les minorités et les personnes discriminées, les statistiques comptent. C’est aussi une « technique d’information » comme le dit Alice Coffin. Pour certain·es, c’est choquant. Souvenons-nous de la réaction de la salle lors de la cérémonie des César lorsque l’actrice Aïssa Maïga  avait compté les femmes noires dans l’assistance.

Sur les réseaux sociaux, nous avons régulièrement ce type de commentaires lorsqu’il s’agit de préciser l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. « Mais à quoi ça sert de parler de cela ? ». Et bien je répondrais tout simplement : ça fait avancer le schmilblick !

Prenons les Jeux Olympiques. Ceux de Tokyo sont, malgré toutes les contraintes liées à la pandémie, les plus queer de l’histoire des JO.

D’après le site américain Outsports, au moins 175 sportif·ves LGBTI+ out participent à la compétition lors de cette édition. C’est trois fois plus que lors des précédents JO, à Rio, en 2016. Toujours selon le comptage de Outsports, au moins 27 pays différents sont représentés par au moins un·e athlète out, dont la première sportive trans de l’histoire des JO, la Néo-Zélandaise Laurel Hubbard. Les femmes lesbiennes ou queer sont sept fois plus nombreuses que les hommes aux Jeux olympiques de Tokyo, en partie en raison du grand nombre de joueuses de football LGBTI+.

La « Team LGBT » accumule les médailles. C’est déjà une très bonne chose pour les sportives et les sportifs concerné·es. Mais cela permet aussi d’offrir une tribune XXL à la visibilité LGBTI+.

Ainsi Tom Daley, plongeur britannique et médaillé d’or, ne s’est pas privé de confier, en conférence de presse post compétition, sa fierté « de dire que je suis un homme gay et aussi un champion olympique. »

Même chose pour la nageuse lesbienne Erica Sullivan qui a déclaré en conférence de presse : « Je suis multiculturel. Je suis queer. Je suis beaucoup de minorités. »

En skateboard, Alana Smith a présenté aux caméras les inscriptions « they/them  » (équivalents en français de iel/iels) parce qu’iel se définit comme non-binaire. Alana a ainsi offert aussi une visibilité sans précédent aux personnes non binaires. Avec un message puissant sur Instagram à l’issue des compétitions. « Pour la première fois de toute ma vie, je suis fiè·re de la personne que je suis devenue. J’ai choisi mon bonheur plutôt que la médaille. » 

 

Cet écho des combats des minorités n’est pas nouveau. En 1968, aux JO de Mexico, lors de la remise des médailles, les coureurs états-uniens Tommie Smith et John Carlos lèvent leur poing ganté de noir pour sensibiliser l’opinion à la ségrégation contre les Afro-Américain·es.

Le sport peut aussi être un formidable vecteur pour l’égalité femmes-hommes, mais malheureusement, les JO ont été très longtemps à la traîne sur la participation des femmes.

Reste que les JO ressemblent souvent à une « parenthèse enchantée ». Il reste encore de trop nombreux sports dans lesquels être out relève de la gageure. Et il serait illusoire de penser que cette manifestation sportive puisse faire politiquement bouger les lignes. Le Japon, pays hôte cette année, n’est pas du tout exemplaire en matière de droits des personnes LGBTI+.

Mais clairement, voir de plus en plus d’athlètes out sur les podiums, cela fait du bien. Ce qui est déjà beaucoup.