La Marche des Fiertés LGBTI+ : avec qui et pourquoi ?

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Aujourd'hui, et singulièrement à Paris, la Marche des Fiertés est devenue un champ de bataille… entre les associations LGBTI+. Faut-il privilégier une approche festive ou revendicative ? Les deux sont-elles vraiment incompatibles ? 

Marche des fiertés 2017, à Paris - Neil Anton Dumas

Il est réjouissant de constater qu’en cette année si particulière, après des mois et des mois de confinement et de difficultés en tous genres, il n’y a jamais eu autant de manifestations LGBTI+ en France. Dans pas moins de 31 villes selon notre calcul, les personnes LGBTI+ ont ou vont défiler en 2021. Une saison des Marches des fiertés qui s’étale exceptionnellement de mai à octobre.

Avec des premières comme la marche à Saint-Denis de la Réunion, qui a rassemblé plusieurs centaines de personnes le 16 mai dernier. En dehors des grandes métropoles, de très nombreuses marches ont lieu dans des villes moyennes comme Guéret, Valence ou encore Arras.

Ce bouillonnement ne fera pas oublier le fiasco de Tours, où la marche a dû être annulée en raison des risques que faisait peser l’extrême droite sur la manifestation, dans laquelle un cortège en non mixité était prévu.

Il ne fera pas taire non plus les oppositions parfois très vives sur le sens et la raison d’être de ces manifestations, que l’on pourrait résumer ainsi : la fierté pour qui et pourquoi ?

Champ de bataille

À Act Up, nous avions coutume de dire que la « Pride » était ce moment de l’année où on pouvait se lâcher et… danser, puisque le reste de l’année, nous passions notre temps à exprimer notre colère. Mais aujourd’hui, et singulièrement à Paris, la Marche est devenue un champ de bataille… entre associations et collectifs LGBTI+.

Faut-il privilégier une approche festive ou revendicatrice ? Les deux sont-elles incompatibles* ?

Faut-il revenir à une manifestation de colère et de revendications, comme aux origines de la marche ? Peut-on accepter toutes les associations ? Cette année, la controverse sur la participation de Flag ! (Association LGBT+ des agents des Ministères de l’Intérieur et de la Justice, Pompiers, Policiers municipaux et ses alliés) a refait surface, de la même façon que les critiques sur la présence de chars de marque. La question est réglée puisque en raison des règles sanitaires, aucun char et aucune musique ne sont autorisées sur le parcours (entre Pantin et place de la République).

Dissensions réelles et fortes

Cette année, ces dissensions, réelles et fortes, mais qu’on peut aussi analyser positivement comme le signe d’une communauté LGBTI+ très diverse, s’accompagnent de critiques beaucoup moins glorieuses. On a ainsi pu voir des internautes refuser la présence des fetish, des kinks et autres adeptes du BDSM à la Marche des fiertés. Au motif que cela donnerait une « mauvaise image de l’homosexualité ». Oui, on en est encore là…

D’autres, en particulier celles et ceux des générations les plus anciennes, expriment parfois leur questionnement lorsqu’on évoque les cortèges non mixtes ou les revendications intersectionnelles, contre le racisme ou la violence systémique, en oubliant aux passages l’héritage des aîné·es. La Pride est-elle le bon moment, s’interrogent certain·es ? D’autres y voient un gap générationnel.

La crise du Covid n’a fait qu’aggraver le manque de communication, d’échanges et de débats, dans les structures LGBTI+

Manque de communication

Pour ma part, je pense que, comme dans d’autres domaines, la crise du Covid n’a fait qu’aggraver le manque de communication, d’échanges et de débats, dans les structures LGBTI+. Il serait peut-être temps de relancer l’idée d’États Généraux du militantisme LGBT, comme ceux qui ont eu lieu en 2015. Certaines des questions posées à l’époque par les deux organisateurs, Erwann Le Hô et Christine Nicolas restent toujours d’actualité : « Y a-t-il assez de solidarité entre les associations ? Où perd-on de l’énergie ? Quelles revendications sont prioritaires ? Comment envisager une professionnalisation et sortir de l’artisanat ? ».

Depuis 50 ans, le mouvement LGBTI+ n’a jamais été homogène et uni. Et c’est tant mieux. Mais pour éviter la déconnexion, pour ne pas se perdre dans des débats sans fin sur la légitimité ou l’intergénérationnel, il faudrait relancer la discussion politique entre les groupes et les associations si on veut peser sur la prochaine élection présidentielle notamment. Ce devrait être la priorité des mois à venir. Qui s’y colle ?

*Une quinzaine de collectifs et associations ainsi qu’un syndicat ont décidé de lancer leur propre manifestation, le 20 juin, la Marche des Fiertés anti-raciste et anti-capitaliste 2021