Va-t-on vers une « trans-banalisation » ? Et faut-il s'en réjouir ?

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Plusieurs informations publiées cette semaine sont venues conforter cette idée que porte les jeunes générations trans : on doit – et on peut – pouvoir vivre sereinement sa transition.

Drapeau trans/Shutterstock

Vous pensez peut-être, en lisant le titre de mon édito, que poser la question, c’est déjà y répondre. Est-ce l’actualité de ces derniers jours qui me donne des raisons d’espérer que des progrès sont en marche ? Cette semaine, marquée par la Journée internationale contre les LGBTphobies,  l’avancée en matière de lutte pour les droits et la visibilité des personnes LGBTI+ a le visage de cette femme, Agathe Manetz.

Interviewée sur Komitid à l’occasion de la création de la page Wiki Trans, Agathe explique qu’elle milite pour la « trans-banalité ». Lorsque j’ai lu cette expression, dans l’article de Maya Elboudrari, j’ai eu un petit moment de doute. Est-il possible de banaliser la transidentité ? Mais d’autres informations publiées cette semaine sont venues conforter cette idée que porte les jeunes générations trans : on doit – et on peut – pouvoir vivre sereinement sa transition.

Postes de responsabilité

Mardi 18 mai, c’est l’annonce de l’arrivée de Sophie Delannoy, une femme trans à la tête de la Fondation Le Refuge qui est allée dans le sens de cette visibilité plus grande des personnes trans dans l’espace public et à des postes de responsabilité. Certains et certaines sur les réseaux sociaux ont pu critiquer son parcours. Cette nomination est positive dans une association utile mais qui par le passé n’a pas toujours bien traité les personnes trans, si on en croit les témoignages nombreux qui se sont accumulés sur la gestion de la précédente équipe.

Le lendemain, nous publiions une dépêche AFP sur le nouveau réglement de la Fédération française de rugby, qui devient la première fédération sportive hexagonale à inclure les athlètes trans dans son règlement. Certes sous certaines conditions mais le chemin parcouru est notable. On aimerait que toutes les fédérations fassent de même (et on en est loin).

Enjeu de communication

On pourra nous rétorquer que ces informations sont diffusées au moment de la Journée mondiale contre les LGBTphobies. Il y a bien sûr un enjeu de communication pour les organisations, les entreprises et les pouvoirs publics. Mais on ne parle pas seulement, comme c’était encore le cas il y a quelques années, d’une communication minimale sous forme de belles paroles de soutien à la communauté LGBTI+. Aujourd’hui, que ce soit par la nomination d’une femme trans à un poste stratégique ou via un nouveau réglement dans une fédération sportive, on voit des gestes concrets. Aux personnes trans et aux associations de s’en saisir et de faire que ces actes se multiplient.

Vous êtes peut-être en train de penser que je suis trop optimiste et que je me concentre sur le bon côté des choses. Ce n’est pas totalement faux mais, depuis 40 ans et la première manifestation des gays et des lesbiennes, à laquelle je participais le 4 avril 1981, je mesure les progrès réalisés. Grâce avant tout à la mobilisation et aux combats des militant·es. Est-on arrivé au bout du chemin ? Certainement pas et Komitid publie régulièrement des témoignages et des enquêtes sur les discriminations auxquelles sont confrontées les personnes LGBTI+ et en particulier les personnes trans, les personnes intersexes et en particulier les personnes LGBTI+ non-blanches.

Mais faut juste parfois analyser le passé et célébrer ce que nous avons pu accomplir. Ne serait-ce que pour se donner de la force (et on en a rudement besoin) pour les combats à venir.