« Un pas en avant » : les unions pour tou·tes bientôt légalisées en Serbie

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Quand Andjela s'est agenouillée pour demander la main de Sanja voici deux ans à Belgrade, elle n'imaginait pas de pouvoir sceller officiellement un jour son union avec l'amour de sa vie.

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La marche des fiertés de Belgrade en 2014 - Fotosr52 / Shutterstock

Le couple prévoit aujourd’hui de se marier, grâce à un projet de loi reconnaissant le partenariat civil entre personnes du même sexe, une victoire importante pour la communauté LGBT+ face à l’homophobie prégnante. « Au début, on pensait à un mariage intime mais quand on s’est rendues compte du nombre de personnes à inviter, on s’est dit que ça serait une cérémonie de gala », rit Andjela Stojanovic, postière de 27 ans, au côté de sa compagne Sanja Markovic, 30 ans, graphiste.

En Serbie, la Première ministre, Ana Brnabic, est ouvertement lesbienne mais comme dans beaucoup de sociétés patriarcales des Balkans, la communauté LGBT+ vit souvent dans la peur.

Se tenir la main en public est impensable pour la plupart des couples du même sexe. Dans une enquête publiée en 2020 par les ONG de défense des droits IDEAS et GLIC, près de 60 % des personnes LGBT+ disaient avoir subi sur 12 mois des violences physiques ou émotionnelles.

«  À ceux qui sont contre la loi, je ne peux que dire, “ si vous n’aimez pas les partenariats entre personnes de même sexe, n’en concluez pas ”  », dit à l’AFP la ministre des Droits humains et des minorités, Gordana Comic.

Même chez les jeunes, il est de bon ton de mépriser les personnes LGBT+. Seuls 24 % des lycéen·nes interrogé·es pour une enquête du comité Helsinki ont dit soutenir des droits LGBT+ comme l’adoption. Sonja, lycéenne de 17 ans qui ne veut être citée que par son prénom, explique qu’elle ne connaît personne de son âge ouvertement gay et que ceux qui soutiennent les droits LGBT+ sont « ridiculisés ou attaqués ».

«  La plupart des gens de ma classe pensent que c’est cool de haïr les gays, surtout les garçons ».

L’Église de Serbie « comprend »

La loi, qui devrait être adoptée au printemps, accorderait aux couples de même sexe des avancées sur les questions d’héritage, d’assurance santé ou d’achats immobiliers mais pas le droit d’adoption. « On est loin de l’égalité mais c’est un pas en avant  », déclare à l’AFP le militant Vladan Djukanovic.

Dans les Balkans occidentaux, seuls la Croatie et le Monténégro ont des lois similaires.

Le texte n’a pas trop fait de remous mais jusqu’à récemment, le moindre progrès pour la communauté LGBT+ s’est accompagné de violences, comme les attaques de hooligans contre la Pride en 2010 ou les face-à-face tendus avec la police en 2012, à l’occasion d’une exposition de photos représentant Jésus parmi des personnes trans.

La puissante Église orthodoxe serbe (SPC) a longtemps influencé les états d’esprit quant aux questions LGBT+, qualifiant la Pride de Belgrade de «  marche de la honte ». Mais l’institution semble également bouger.

Son nouveau chef, le patriarche Porfirije, s’est démarqué du discours discriminant traditionnel en déclarant son empathie pour la communauté même si l’Église ne considère pas les unions gays comme des mariages. « Je peux comprendre les gens avec ce genre d’orientation sexuelle, leurs innombrables problèmes administratifs, les défis et les pressions, et leur besoin de régulariser leur situation  », a-t-il expliqué récemment.

Le fait d’avoir une Première ministre qui ne cache pas son homosexualité n’est pas anodin, mais des militant·es lui reprochent de ne pas en avoir fait assez pour leurs droits.

« Pinkwashing »

Ana Brnabic, 45 ans, souligne que sa mission n’est pas d’être « une Première ministre gay  » mais la dirigeante d’un pays. Sa compagne a donné naissance à un petit garçon en 2019 mais quelques mois plus tard, l’insémination artificielle était interdite pour les couples ayant une « histoire récente de relations homosexuelles ».

« La Serbie reste un pays où la Première ministre, malgré les félicitations reçues, ne peut toujours pas être reconnue comme la parente de son fils, ne peut pas l’inscrire à la maternelle, l’emmener en vacances à l’étranger, ni lui rendre visite à l’hôpital en tant que membre de sa famille », avait relevé à l’époque Labris, association de défense des droits des lesbiennes.

Certain·es militant·es voient aussi dans la nouvelle loi un nouvel épisode de « pinkwashing ». Le gouvernement serbe est très critiqué pour avoir la main lourde envers les opposant·es et la presse indépendante. « C’est une pratique, permettre certains droits LGBT, pour cacher la détérioration générale des droits humains dans le pays », lance Vladan Djukanovic.

La ministre Comic dément, affirmant que « les droits humains ne sont pas une distraction  ».  « La tâche la plus dure est de les transformer en réalité  ».

Pour l’heure, Andjela et Sanja, qui est en fauteuil roulant, veulent fonder une famille, en se rendant à l’étranger pour l’insémination artificielle. « Je crois que (nos enfants) seront au lycée avant que leur statut ne soit régularisé  », dit Sanja. « Ils seront les nôtres dans tous les sens du terme mais pas aux yeux de la loi  ».

Avec l’AFP