Pourquoi « Petite Maman » de Céline Sciamma est un film fantastique

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Avec « Petite Maman », présenté au Festival de Berlin qui a lieu en ligne cette semaine, Céline Sciamma replonge dans les territoires mystérieux de l’enfance, avec une histoire de fantôme…

Nelly, 8 ans, a des regrets. Notamment celui de ne pas avoir dit au revoir comme elle le souhaitait à sa grand-mère qui vient de mourir. Alors qu’elle accompagne ses parents dans la maison de la défunte pour faire le grand ménage ultime, sa mère part et la laisse seule avec son père pour quelques jours.

Aventurière et un peu casse-cou, la petite fille part explorer les alentours à la recherche de la cabane dont sa mère lui a parlé. Elle rencontre une petite fille de son âge qui s’appelle Marion, comme sa mère, et qui lui ressemble comme une sœur… 

Depuis son premier film, Naissance des Pieuvres, qui observaient trois adolescentes se débattre avec leurs désirs contradictoires, Céline Sciamma a eu à cœur de mettre au centre de son travail des images manquantes, des représentations féminines inédites. Ce fut également le cas avec Tomboy, son deuxième film qui suivait une enfant défiant le genre, puis de Bande de filles qui s’intéressait à des jeunes femmes noires de banlieue parisienne et, enfin, du Portrait de la jeune fille en feu et de sa peinture inédite des amours lesbiennes en costumes. Avec Petite Maman, présenté au Festival de Berlin qui a lieu en ligne cette semaine, la cinéaste replonge dans les territoires mystérieux de l’enfance et revient à la simplicité de Tomboy, sur le fond et sur la forme, avec une histoire de fantôme low-fi. 

Beauté automnale

Petite Maman est un film fantastique parce que d’une beauté automnale qui sied à la douce ambition de son sujet. Céline Sciamma y mêle les questionnements et les peurs enfantines aux relations intergénérationnelles et au poids des histoires familiales dont on hérite malgré nous. Rien de grandiloquent dans son propos, juste une palette d’émotions simples délicatement articulées. Comme celle des amas de feuilles à l’automne, la couleur du film se compose d’une infinité de nuances donnant un ton d’ensemble à la fois profond et composite. 

Les cadres, les lumières, les lieux et les ambiances jouent d’un naturalisme mystérieux fascinant qui peut, par endroits, rappeler un certain cinéma de genre.

Petite Maman est un film fantastique parce que cette rencontre si naturelle entre deux petites filles qui se ressemblent et vont partager des jeux de leur âge est, en fait, surnaturelle. Comme c’était le cas pour Tomboy, les enfants du film (les formidables jumelles Joséphine et Gabrielle Sanz) sonnent juste. Les cadres, les lumières, les lieux et les ambiances jouent d’un naturalisme mystérieux fascinant qui peut, par endroits, rappeler un certain cinéma de genre. Du coup, pas besoin d’effets spéciaux pour cette rencontre spéciale, le pacte tacite entre le film et le.la spectateur.trice est scellé aussi facilement que celui d’un jeu de rôle où « tu seras inspectrice et moi comtesse ». 

Se figurer l’enfance de ses parents, c’est une façon de se construire, de se comprendre, et, c’est aussi souvent le rêve des enfants, une image fantasmée. Grâce à la magie et à l’épure du cinéma de Céline Sciamma, ce rêve devient réalité. Petite Maman est un magnifique film de consolation, de réconciliation, une ode à toutes les mères et à toutes les filles.