Consternation en Corée du Sud après la mort d'une ex-militaire trans

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Une militaire sud-coréenne limogée par l'armée après avoir subi une intervention chirurgicale afin de changer d'identité de genre a été retrouvée morte, suscitant une vague de consternation et des appels à adopter une loi anti-discrimination.

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Byun Hee-soo a été renvoyée de l'armée sud-coréenne parce qu'elle est trans - Capture d'écran / YouTube

Le corps de Byun Hee-soo a été retrouvé mercredi 3 mars à son domicile de Cheongju, au sud de Séoul, a rapporté l’agence de presse de Corée du Sud Yonhap. Une enquête a été confiée à la police qui a confirmé sa mort à l’AFP.

Selon des médias, aucun mot n’a été retrouvé mais son décès est considéré comme étant un suicide, selon Yonhap. L’agence, citant des représentants des autorités, a affirmé qu’elle avait déjà tenté de se suicider il y a trois mois.

L’annonce de ce décès a soulevé une vague de réactions. « L’ensemble de la société coréenne porte la responsabilité de sa mort », affirme un message publié sur Daum, numéro deux des portails internet du pays. « Ceux qui l’ont ridiculisée et qui ont fait des commentaires malveillants en ligne parce qu’elle était trans, je veux que vous réfléchissiez à ce que vous lui avez fait  ».

Byun Hee-soo, une sergente d’une vingtaine d’années, s’était engagée volontairement sous les drapeaux en 2017, avant de débuter en novembre sa transition de genre en Thaïlande.

Par rapport à de nombreux pays d’Asie, la Corée du Sud demeure profondément conservatrice sur les questions d’identité de genre et les relations entre militaires de même sexe sont passibles de poursuites.

La militaire avait clairement fait part à sa hiérarchie de sa volonté de demeurer dans l’armée. Une commission militaire avait ordonné en janvier 2020 son renvoi de l’institution militaire, le ministère de la Défense estimant que la « perte » de ses parties génitales constituait un handicap mental ou physique.

À l’issue de son limogeage, Byun Hee-soo était sortie de l’anonymat afin de plaider sa cause. « Je suis une militaire de la République de Corée  », avait-elle dit la voix tremblante. En uniforme, elle avait expliqué que servir sous les drapeaux était un rêve d’enfant. Mais elle avait dit souffrir de dépression en raison de sa dysphorie de genre, d’où son choix de se faire opérer.

« La laisser vivre sa vie »

« Je veux montrer à tout le monde que, quelle que soit mon identité sexuelle, je peux être un de ces grands soldats qui défendent le pays ». « S’il vous plaît, donnez-moi cette chance », avait imploré la jeune femme.

La conscription existe toujours en Corée du Sud, où l’armée est principalement affectée à la protection du territoire face à la menace du Nord. Tout homme apte est tenu à deux années de service militaire. Byun Hee-soo a été la première soldate sud-coréenne à subir une opération de changement d’identité de genre pendant son service.

Le porte-parole adjoint du ministère de la Défense, Moon Hong-sik, a présenté ses condoléances à la suite de cette « mort regrettable ». Il a cependant précisé qu’il n’y a pas eu de discussions approfondies sur la question des soldat.e.s trans.

Des associations internationales de défense des droits dénoncent depuis longtemps que les relations sexuelles consenties entre deux personnes de même sexe demeurent un délit aux yeux de la loi militaire en Corée du Sud. L’armée poursuit sans relâche les soldats qui entretiennent des relations homosexuelles. Ils encourent deux ans d’emprisonnement assortis de travaux forcés en cas de condamnation par une cour martiale.

Seo Ji-hyun, une procureure sud-coréenne à l’origine du mouvement #MeToo dans son pays après avoir révélée avoir été victime de harcèlement sexuel de la part d’un supérieur, a réagi à la mort de l’ex-militaire. « Nous aurions pu la sauver… Nous devions juste la laisser vivre sa vie telle qu’elle était », a-t-elle affirmé sur compte Facebook avant d’appeler « à un projet de loi anti-discrimination  ».

L’an dernier un tel projet a été proposé, visant à lutter contre les valeurs traditionnelles profondément ancrées dans la société sud-coréenne. Ce texte viserait à interdire tout favoritisme fondé notamment sur le genre, la race, l’âge, l’orientation sexuelle, le handicap ou la religion.

Plus d’une douzaine de tentatives d’adoption de lois anti-discrimination ont échoué ces 14 dernières années notamment en raison de l’opposition des puissantes églises qui condamnent l’homosexualité et de certaines associations.

Avec l’AFP 

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