Guillaume est mort. Il avait 20 ans

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Mourir à 20 ans, c'est insupportable. La mort de Guillaume, étudiant qui avait enclenché le mouvement MeTooGay par son témoignage, doit être un électrochoc pour agir pour les victimes et briser définitivement le silence.

Image d'un rassemblement en hommage à Guillaume, le 11 février - Capture d'écran / Twitter

Guillaume est mort. Il avait 20 ans. Lorsque j’ai lu mardi soir les posts sur les réseaux sociaux annonçant le suicide de Guillaume T, un jeune gay racisé, une vive émotion m’a saisi. Parce que mourir à 20 ans, ce n’est pas tolérable et c’est parfois l’aboutissement d’une faillite collective. Mais aussi parce que Guillaume, je le connaissais. Enfin, pour être plus juste, je l’avais croisé dans plusieurs manifestations ou des rassemblements ces dernières années. Il m’avait impressionné par son énergie et sa détermination. En janvier dernier, il s’était dit particulièrement fier et heureux après le succès d’un rassemblement pro-PMA à Paris qu’il avait contribué à organiser. Il faisait partie de cette nouvelle génération d’activistes LGBT+ politisé.e.s et inventifs, la relève en quelque sorte.

Avoir connu la mort de proches, d’amis, d’amants jeunes, c’est une expérience que la précédente génération de gays et de lesbiennes, qui a eu 20 ans dans les années 80, n’a que trop connu en raison de l’épidémie de sida. Mon parcours militant au sein d’Act Up-Paris est marqué par le souvenir de mes ami.e.s activistes parti.e.s si vite. Et si jeunes.

Qu’aurait été la vie de Guillaume ? Quels combats aurait-il mener, parfois avec succès ? Quelles expériences aurait-il pu vivre ?

Au dela de la tristesse vient la colère. La mort de Guillaume intervient alors qu’il y a trois semaines, le 21 janvier, ce jeune homme avait eu le courage de parler. D’exprimer enfin avec ses mots que ce qu’il avait vécu était injuste et criminel. Il accusait en effet de viol un élu parisien, Maxime Cochard, et son compagnon, Victor Laby. Guillaume l’a fait d’abord sur les réseaux sociaux puis le lendemain dans Le Monde. Voici ce qu’il confiait au journal : « Je n’avais que 18 ans et étais particulièrement vulnérable ». « Ils ont profité de ma jeunesse, de ma naïveté, du fait qu’en raison de problèmes familiaux je n’avais pas vraiment d’endroit où dormir, de leurs responsabilités au sein du PCF, pour avoir des relations sexuelles non consenties avec moi ».

Aussitôt, les mots de Guillaume ont enclenché une vague de témoignages sous le hashtag #MeTooGay.

Maxime Cochard, mis en cause avec son compagnon, a nié les faits et aussitôt annoncé qu’il allait porter plainte pour diffamation. Une arme terrible. Une façon d’utiliser la loi pour silencer les victimes.

Choisir de parler publiquement de violences sexuelles est la preuve d’un immense courage car lorsqu’on le fait, les réactions peuvent être elles aussi violentes.

Après le témoignage de Guillaume, beaucoup de personnalités politiques, et notamment au PCF, dont il était proche, lui ont exprimé son soutien et ont salué, selon la formule désormais consacrée, la libération de la parole. Service minimum.

A-t-on suffisamment accompagné Guillaume une fois ses propos prononcés ?  Fait-on ce qu’il faut pour aider les victimes à se sentir moins seules, pour les soutenir dans leurs démarches pénibles devant des institutions, police et justice en particulier, souvent vécues comme brutales et peu enclines à s’occuper de ce genre d’affaires ?

À la Mairie de Paris, plusieurs affaires de violences sexuelles ont secoué l’actuelle majorité ces derniers mois.

Partout où l’omerta a trop longtemps régné, il faut que s’enclenche un vaste mouvement pour aider les victimes à se reconstruire après ce qui peut être pour elles vécues comme un cataclysme. Il est urgent d’aller beaucoup plus loin si on veut que les victimes comprennent qu’elles seront toujours soutenues dans leurs démarches et que toujours, elles seront crues. Avant qu’il ne soit trop tard. Pas juste par des mots mais avec des actes.

Guillaume est mort. Il avait 20 ans.

 

Pour trouver de l’aide :
– L’Inter-LGBT a mis en place un groupe de parole pour les victimes gays et HSH de violences sexuelles. Écrire à parlonsen[a]inter-lgbt.org
– Victime de violences sexuelles, contacter le 3919 ou tchattez anonymement avec des écoutant.e.s formé.e.s à recevoir la parole des personnes LGBT+ sur https://commentonsaime.fr
– Si nécessaire, n’hésitez pas à contacter Suicide écoute disponible 24h/24 7j/7 : 01 45 39 40 00
  • srfk

    Une histoire tragique, mais je préfère que la justice décide qui est coupable dans cette affaire. Le PC, dont je ne suis pas membre ou proche, ne peut pas expulser quelqu’un sans procès préalable. On voit dans les autres pays comment il est facile de dénoncer quelqu’un, « il est gay », « elle est athée » etc, si on décide que chaque allégation est vraie, sans preuve supplémentaire, ça peut devenir vite une chasse aux sorcières. Bien sûr, si la relation n’était pas consensuelle, j’espère que la justice donne des peines sévères.