Il faut « en être » (3/4) : modernité, refus de la guerre et goût pour la vie

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Dans les années 20 et 30, la scène française s’ouvre aux mœurs du temps et s’empare du sujet de l’homosexualité masculine car quand on est un parisien lancé…« il faut en être ».

Détail de l'affiche originale par le dessinateur Capiello de « La Fleur des Pois », d'Édouard Bourdet, créée en 1032 - Gallica
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Musicographe et auteur pour le théâtre musical, spécialiste du répertoire d'opérette et de la comédie musicale durant l'entre deux-guerres, Christophe Mirambeau nous propose cet été, en quatre articles, une plongée dans cette période si riche artistiquement pour la visibilité des personnes LGBT+.

Troisième épisode : quand la scène s'empare de l'homosexualité masculine

Comme nous l'avons vu dans le deuxième épisode, Barbette, Charpini ou O’Dett sont des personnalités fers de lance de la représentation homosexuelle entre-deux guerres, qu’ils en aient eu ou non conscience. Et le public les plébiscite, non seulement à Paris, mais également à l’occasion de leurs tournées en province et dans les territoires de l’empire colonial.
Il serait cependant inexact de résumer la visibilité nouvelle de l’homosexualité aux seuls travestis de Magic-City et aux artistes « non-binaires ».

Dans les années 20 et 30, la scène française s’ouvre aux mœurs du temps et s’empare du sujet de l’homosexualité masculine car quand on est un parisien lancé…« il faut en être ». Pour affirmer sa modernité, son refus de la guerre et de la barbarie – son goût de la vie et de tous ses plaisirs, sans exception.

« En être » et s’afficher ; ne pas censurer ces attitudes parfois efféminées, synonymes de délicatesse et de raffinement, qui s’opposent au cliché du mâle guerrier qui a prévalu durant le premier conflit mondial. C’est le monde de la Revue qui s’empare en premier de ce phénomène de société. Au Casino de Paris, la revue En douce (1922) propose le tableau des « Frères Guy », parodie des alors célèbres acrobates les Sœurs Guy et de leur danseur Van Buren : une Dame dans la salle se fait tancer vertement par son mari car elle admire les formes des frères, qui, comme leurs sœurs, montrent leur nu. Les frères Guy, comme les trois mousquetaires, sont en fait quatre : Mlle Van du Nord – parodie féminine de Van Buren - complète leur trio « parce qu'elle est tellement jolie qu'on dirait un homme », au dire des frères. S'ensuit un désopilant numéro situé quelque part entre le strip-tease masculin, la parodie efféminée et la bouffonnerie la plus franche et moqueuse. Moralité du tableau : Les trois frères Guy/Sont très jolis. 

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