Dans les villes, les symboles doivent laisser la place à des mesures concrètes pour les personnes LGBT+

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Pendant les six prochaines années, il ne suffira pas de repeindre aux couleurs arc-en-ciel des passages piétons pour répondre aux attentes des personnes LGBT+, en particulier les plus vulnérables.

Le Marais à Paris, en 2018 - Marc Bruxelle / Shutterstock

Le visage des grandes villes se modifie. C’est un fait, les nouvelles équipes municipales seront plus diversifiées, souvent plus jeunes et surtout, dans nombre de capitales régionales (Bordeaux, Strasbourg, Lyon, et bien d’autres), ce sont des candidat.e.s vert.e.s qui ont gagné et seront désormais aux commandes de grandes villes.

Ce changement s’accompagne aussi d’une visibilité sans précédent de personnalités politiques LGBT+. Élue dès le premier tour, Marie Cau devient la première maire trans du pays dans le village rural de Tilleroy-les-Marchiennes, dans le département du Nord.

À Nancy, le socialiste Mathieu Klein, ouvertement gay, a été élu et a mis fin au très long règne de la droite sur la 20e ville de France.

Dans de nombreuses villes, des candidats gays ont été réélus. C’est le cas  de Patrice Bessac à Montreuil (PCF), Gil Avérous (LR) à Châteauroux, David Valence (Mouvement Radical) à Saint-Dié-des-Vosges, Franck Riester (Agir) à Coulommiers.

 

À Paris, de très nombreuses personnes LGBT+ sont membres du conseil de Paris : David Belliard, bien sûr, qui conduisait la liste EELV, mais aussi l’activiste lesbienne et féministe Alice Coffin (EELV), Jean-Luc Romero-Michel ou encore Ian Brossat et Maxime Cochard, du PCF.

Mais comment ne pas s’inquiéter de la très faible participation. Anne Hidalgo a certes été réélue, mais avec seulement 17 % des voix des électeurs et des électrices. Moins d’un.e parisien.ne sur cinq. Et ce n’est pas beaucoup mieux dans les autres grandes villes où la participation était inférieure à 40 %.

Cette vague verte et rose, cela signifie-t-il pour autant que les changements vont être visibles et forts pendant six ans ? Dans chaque ville, des coalitions ont vu le jour et tout dépendra des équilibres entres ces différentes composantes des majorités municipales.

Personnes LGBT+ vulnérables

La crise sanitaire que nous traversons montre que les personnes LGBT+ les plus vulnérables étaient aussi les plus impactées par l’épidémie : les travailleurs des activités dites essentielles ont payé un lourd tribut à l’épidémie, et au premier rang desquels les personnes racisées qui habitent en banlieue mais travaillent à Paris (commerces, transports, sécurité, entretien). De même, les personnes migrant.e.s, demandeur.se.s d’asile, les travailleur.se.s du sexe, les personnes trans, sont celles qui ont vécu des jours difficiles. Il a fallu compter sur la solidarité de la communauté LGBT+ pour leur venir en aide.

Alors, pendant les six prochaines années, il ne suffira pas de repeindre aux couleurs arc-en-ciel des passages piétons pour répondre aux attentes des personnes LGBT+, en particulier les plus vulnérables. À Paris, pour ne prendre que cet exemple, les subventions aux associations LGBT+ sont très notoirement insuffisantes. Les symboles ont leur importance, mais face à une crise sociale sans précédent, dont les personnes LGBT+ vont aussi pâtir, les équipes municipales vont devoir faire preuve d’audace, de courage et surtout d’ambition. Elles devront être sans concession et marquer la différence dans la lutte, avec des actes concrets, contre le racisme, le sexisme, les LGBTphobies. Par des paroles mais surtout par des actes.