3 questions à Ilyes Messaoudi, peintre tunisien engagé pour les LGBT+

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À l'occasion de la journée internationale contre les LGBTphobies, 13 artistes majoritairement tunisiens présentent des œuvres engagées sur les thématiques LGBT+.

« Amour en cage », de Slown, 2019
« Amour en cage », de Slown, 2019

Ilyes Messaoudi est un peintre tunisien engagé. Sa rencontre avec Sofiene Trabelsi, lui aussi tunisien, a été déterminante. Venu en France, Sofiene a fait un master de communication culturelle et c’est dans le cadre d’un stage qu’Ylies l’a rencontré. Leur espace d’exposition, La La Lande Galerie, a ouvert il y a un an dans le 14e à Paris. À l’occasion de la Journée internationale contre les LGBTphobies, Sofiene et Ilyes ont choisi de montrer les œuvres de 13 artistes sur la thématique LGBT+. Pour monter cette exposition, intitulée Homogeneus, la galerie a reçu le soutien de l’Institut français de Tunis et du printemps culturel tunisien.

Komitid : Comment est né le projet La La Lande Galerie ?

Ilyes Messaoudi : Durant ma collaboration avec Sofiene Trabelsi sur l’exposition Mokhtarat qui s’est déroulée dans le cadre du festival Printemps Culturel Tunisien, nous avons mûrement réfléchi un projet de galerie d’art spécialisée dans l’art contemporain dont la ligne est de promouvoir l’art africain et sociétal. Le fait d’avoir trouvé un espace qui abrite nos évènements nous a beaucoup aidé. C’est un lieu hybride par son architecture permettant maintes possibilités scénographiques. Il se trouve dans un quartier historiquement artistique, le quartier Daguerre et nous sommes à proximité de la fondation Cartier et la fondation Giacometti.

« Minourité » de Willis From Tunis, 2019

« Minourité » de Willis From Tunis, 2019

Vous présentez une exposition collective, Homogeneus, dans le cadre de la journée internationale de lutte contre les LGBTphobies. Pourquoi ce choix ?

Il est vrai que Sofiene et moi-même vivons à Paris depuis quelques années, mais nous sommes aussi attachés notre Tunisie natale. Vue l’urgence que manifeste la société civile et certains acteurs politiques par rapport à la cause LGBTQI+ , quand les représentants du festival Printemps Culturel Tunisien nous ont proposé de collaborer sur une exposition concernant la communauté, nous avons tout de suite apprécié l’idée.

Le projet a été vivement appuyé par l’Institut Français de Tunisie qui, lors d’une visite de sa directrice Sophie Renaud à la galerie, a décidé de programmer Homogeneus dans le Festival Couleurs d’Avril dans sa deuxième édition qui s’est tenue du 15 au 30 avril à Tunis. L’exposition a connu un grand succès auprès d’un public aussi divers que intergénérationnel. Comme les problèmes des personnes LGBT+ tunisiennes vivants en France sont différents, l’idée était de faire l’exposition à Paris, puis de la faire voyager.

Frédéric Brun, cofondateur du Festival Culturel Tunisien avait insisté lors de la sélection des artistes, pour faire participer deux artistes qui vivent dans une situation dure à cause de leurs orientations sexuelles et ont vraiment besoin de visibilité. À l’aide de la curatrice Dorra Mahjoubi, nous avons réussi à réunir 13 artistes qui viennent de toute la Tunisie et maîtrisant divers disciplines (peinture, photographie, dessin, broderie, installation), qu’ils et elles soient de renommée nationale ou internationale et qu’elles que soit leur orientation sexuelle.

« La Nuit 48 », de Ylies Messaoudi, 2017

« La Nuit 48 », de Ylies Messaoudi, 2017

Pouvez-nous nous parler plus précisément de l’œuvre que vous allez vous-même présenter ?

Je vais présenter une seule toile dans laquelle j’ai imaginé la Gay Pride dans le monde arabe. Elle réunit des politiciens ainsi que des mythes de la scène artistique tunisienne et du monde arabe. Comme je travaille sur les 1001 Nuits, cette toile représente la 48ème nuit et elle est accompagnée d’un petit texte qui commente l’œuvre :

« Le lendemain de l’Aïd coïncida avec le jour de la marche des fiertés, une marche qui fut honorée par l’élite intellectuelle et de grandes personnalités du pays, au point que les autorités ont baissé les bras face à cette manifestation censée être interdite. Ali Riahi appela Oum Kalthoum et lui demanda : « Ta fête approche ma chérie, qu’est ce qui te ferait plaisir ? » Oum Kalthoum répondit : « Un billet d’avion pour Tunis pour assister à votre marche des fiertés ». Le Bey de la Tunisie laissa son ministre Mostapha Ben Ismail faire la grasse matinée et vint honorer la marche des fiertés de sa présence. En le voyant, Sheherazade porta le drapeau tunisien sur ses épaules et lui dit : “ Je suis honorée par votre présence votre excellence, faites la bise à Monsieur Mostapha de ma part ”. Rochdi Belgasmi attacha sa ceinture de danse et ouvrit ses mains en disant : “ Que la fête commence ! ” »

Le discours simple que j’essaie d’adopter et la touche d’humour que j’essaie d’apporter aux sujets et aux textes qui les accompagnent est une façon de réconcilier le public visé avec l’art et de l’inciter à se poser des questions nouvelles. Concernant la cause LGBTQI+, je pense que les discours élitistes ne font que creuser l’écart et rendre la discussion difficile entre les différentes classes sociales.

Homogeneus, une exposition collective (curatrice Dorra Mahjoubi), du 18 au 27 mai, à la Galerie La La Lande, 11 rue Lalande, 75014 Paris.