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« Si Beale Street pouvait parler », « Sorry to bother you », « Green Book » : notre critique cinéma de la semaine

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Adapté d'un roman de l'écrivain noir et gay James Baldwin, « Si Beale Street pouvait parler » est le nouveau long métrage de Barry Jenkins, oscarisé l'an dernier pour « Moonlight ». Cette histoire d'amour sur fond de racisme domine les sorties cette semaine.

Kiki Lane et Stephan James dans « Si Beale Street pouvait parler » - DR
Kiki Lane et Stephan James dans « Si Beale Street pouvait parler », de Barry Jenkins - DR

Si Beale Street pouvait parler

Réalisation : Barry Jenkins
Drame – Etats-Unis – 2018
Distribution : KiKi Layne (Tish Rivers), Stephan James (Alonzo « Fonny » Hunt), Regina King (Sharon Rivers), Colman Domingo (Joseph Rivers), Michael Beach (Frank Hunt), Aunjanue Ellis (madame Hunt), Brian Tyree Henry (Daniel Carty), Teyonah Parris (Ernestine Rivers), Finn Wittrock (Hayward), Ed Skrein (Officier Bell), Emily Rios (Victoria Rogers), Dave Franco (Levy).

À Harlem, dans les années 70, Tish et Fonny s’aiment. Leur relation est brutalement mise à mal quand le jeune homme est arrêté et emprisonné pour un crime qu’il n’a pas commis

 

Note : 3,5/5

Après le triomphe de Moonlight, Barry Jenkins était très attendu au tournant avec Beale Street. Pour son premier film post Oscars, il adapte le roman de James Baldwin, éminent écrivain activiste noir et homosexuel. Il ne s’est pas facilité la tâche, mais le résultat en valait la peine. En orfèvre minutieux, il a construit un drame humain d’une grande poésie, aux images à la beauté sidérante qu’on croirait sorties d’une galerie d’art. Mais une magnifique romance sur fond d’injustice et de belles images ne suffisent pas toujours, et on peut regretter que ce nouvel opus soit finalement assez académique, et même qu’il s’étire un peu en longueur.

Sorry to bother you

Réalisation : Boots Riley
Comédie fantastique – Etats-Unis – 2018
Distribution : Lakeith Stanfield (Cassius Green), Tessa Thompson (Detroit), Jermaine Fowler (Salvador), Steven Yeun (Squeeze), Armie Hammer (Steve Lift), Terry Crews (Sergio), Kate Berlant (Diana DeBauchery), Michael X Sommers (Johnny), Danny Glover (Langston), Robert Longstreet (Anderson), Forest Whitaker (Demarius)

Après avoir beaucoup galéré, Cassius Green finit par trouver un emploi dans le télémarketing. Un de ses collègues lui conseille de prendre une « voix de blanc » pour booster ses ventes.

Note : 3,5/5

Et bien, et bien, qu’avons-nous là ? Une critique acerbe du capitalisme galopant et du racisme ? On peut dire ça, oui. Mais c’est surtout une comédie hybride corrosive et cauchemardesque qui en mettra plus d’un.e mal à l’aise. Le premier film du rappeur Boots Riley (Sorry To Bother You est aussi le titre d’un album de 2012 de son groupe The Coup) rue dans les brancards et cogne là où ça fait mal. La provocation et les délires WTF ne lui font visiblement pas peur ! Si vous avez aimé l’excellent Get Out (où Lakeith Stanfield tenait déjà un rôle, comme quoi), vous ne pourrez que kiffer cet OFNI encore plus barré, qui sort vraiment du lot.

 

Déjà sorti mais à ne pas manquer :

Green Book : sur les routes du Sud

Réalisation : Peter Farrelly
Drame – Etats-Unis – 2018
Distribution : Viggo Mortensen (Tony Lip), Mahershala Ali (Don Shirley), Linda Cardellini (Dolores), Dimiter D. Marinov (Oleg), Mike Hatton (George)

En 1962, Tony Lip, un italo-américain rustre aux manière musclées, est engagé par le pianiste virtuose Don Shirley, raffiné, noir et homosexuel, pour le conduire dans sa tournée dans le Sud du pays.

Note 5/5

Peter Farrelly abandonne son frère Bobby et l’humour potache le temps d’un drame de haute volée aux allures de comédie. Tout, absolument tout dans ce road trip truffé de scènes facétieuses est d’une exceptionnelle qualité. L’interprétation tout d’abord, Viggo Mortensen et Mahershala Ali formant un irrésistible tandem que tout oppose se livrant à des joutes verbales mémorables. Les décors ensuite, du New York des années 60 aux magnifiques paysages du Sud profond. Et bien évidemment, la naissance d’une improbable amitié qui durera cinquante ans, débutée lors de cette tournée au cœur de l’Amérique ségrégationniste. Sans conteste le chef-d’œuvre US de ce début d’année. Im-man-quable !

Egalement à l’affiche cette semaine

À cause des filles .. ? (réalisé par Pascal Thomas) : À la sortie de l’église, le marié s’enfuit avec sa maîtresse. Les invités réunis dans un restaurant commencent à raconter des anecdotes. Sorte de film à sketches, donc inévitablement inégal, qui réserve tout de même de bonnes historiettes, notamment celles avec l’impétueuse Rossy de Palma et l’attendrissant José Garcia.
The Place (réalisé par Paolo Genovese) : Un homme assis dans un café exauce les désirs d’hommes et de femmes en échange d’un défi… Thriller psychologique faustien en huis clos, cette réflexion mystérieuse sur le libre arbitre (et adaptation de la série The Booth At The End) arrive à maintenir l’intérêt, alors que tout se passe hors champ. Un peu répétitif mais bien exécuté.
Pearl (réalisé par Elsa Amiel) : Léa Pearl s’apprête à concourir pour le titre européen. C’est alors que débarque son ex-mari avec son fils de six ans qu’elle n’a plus revu depuis sa naissance. La championne de culturisme Julia Föry est tout à fait crédible dans ce drame sur le tiraillement d’une femme hors norme qui renoue avec la maternité. À la fois poignant et sensuellement fétichiste.