« The Bisexual » : enfin une série (réussie) sur la bisexualité !

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Des répliques cultes, un humour ravageur et une vision acérée et inclusive de la société font de «The Bisexual », de Desiree Akhavan, une vraie réussite.

Maxine Peake et Desiree Akhavan dans « The Bisexual »
Maxine Peake et Desiree Akhavan dans « The Bisexual » - Tereza Cervenova / © Hootenanny and All3media int / Canal+ Séries

La série The Bisexual, de Desiree Akhavan créée pour Channel 4 et diffusée sur Canal+ en France est un modèle du genre. Centrée sur le personnage de Leila, ses amours, ses plans cul, sa difficulté à s’engager, son coloc chelou et son boulot, The Bisexual ouvre le champ des représentations avec humour et délicatesse. Komitid vous dit pourquoi il ne faut pas passer à côté de ces six épisodes en cinq points.

1. Desiree Akhavan, icône bie

New yorkaise d’origine iranienne, Desiree Akhavan s’est faite connaître par sa web-série The Slope avant de réaliser deux longs métrages aux Etats-Unis : Appropriate Behaviour (2012), son premier film dans lequel elle interprétait elle-même Shirin, le personnage central qui a de nombreux points communs avec Leila, héroïne de The Bisexual et Come as you are, qui mettait en scène Chloé Grace Moretz en ado lesbienne forcée à suivre une thérapie de conversion dans les années 90, Grand Prix à Sundance et sorti en France l’été dernier. Dans les deux cas, ses personnages sont des versions d’elle-même qui trahissent peu sa réalité. Vous avez dit concernée ?

2. Les bisexuelles, ces invisibles

On ne peut pas dire que le sujet de la bisexualité féminine soit le plus traité par le cinéma ou par les séries, et c’est rarement le thème central. Même si Desiree Akhavan affirme dans une tirade à la fois drôle et touchante sa détestation du terme, la série s’évertue à multiplier les situations inconfortables pour les bi.e.s, qui essuient les critiques des hétéros pour leur supposée « inconstance » amoureuse et celles des homos pour leur « trahison à la cause ». La trentenaire n’épargne pas les discours rebattus et les phénomènes sociologiques comme une certaine mode qui consiste à se définir comme queer, « comme tous les moins de 25 ans ! » ironise-t-elle dans le troisième épisode.

3. Les relations humaines, combien de possibilités ?

The Bisexual doit beaucoup sa réussite à une vision fine – alliée à un humour ravageur– des relations entre les êtres dans le Londres branché. Lors du premier épisode, Leila (Akhavan) refuse la demande en mariage de Sadie, sa petite amie de longue date (et plus âgée) avec qui elle a monté une start up et envisage la possibilité d’explorer son attirance pour les hommes. Elle s’installe en colocation avec Gabe, un écrivain-prof-loser qui craque pour une de ses étudiantes et dont elle devient la confidente. Les interconnections vie privée-vie pro induites par les ambiances faussement cool des start-up londoniennes, l’amitié, les relations toxiques, les coups d’un soir et la découverte du sexe avec les hommes, la série parvient à traiter tous ces sujets avec une légèreté et une profondeur confondantes. La clé ? Une vision acérée et inclusive de la société (en termes de sexualités et d’origines) et une règle qui consiste à n’éviter aucun tabou. L’épisode 5, un long flashback en 2005, élargit notre vision des personnages en mettant en scène la rencontre de Leila avec Sadie, mais aussi avec Deniz, sa meilleure amie un peu butch. Elle permet également de comprendre le problème majeur de Gabe : sa relation d’interdépendance clairement toxique avec sa sœur qui se prend pour sa mère.

4. Réalisation et écriture au cordeau

Désiree Akhavan, over-showrunner, réalise les six épisodes que compte cette première saison qu’elle a coécrite avec sa complice depuis toujours Cécilia Frugiuele. Et il faut se rendre à l’évidence, la série est une réussite sur les deux points. Si The Bisexual est humoristique et multiplie les saillies drôlissimes s’inscrivant ainsi dans la veine de la série Girls (Akhavan y a travaillé comme comédienne aux côtés de Lena Dunham dans la saison 4), elle n’en est pas moins émouvante au détour d’un plan fixe sur un visage qu’on laisse durer le temps qu’il faut ou de séquences hyper malignes qui font passer personnages et spectateur.trice.s au diapason, d’un rire moqueur à une véritable émotion. Que ce soit lors d’une performance artistique répétitive perçue comme grotesque, puis finalement émouvante, pendant un spectacle d’enfants chez des ami.e.s où l’on passe de la gêne au sourire complice, ou en plein photobombing délirant dans une soirée chiante, cette façon de laisser durer les scènes fonctionne merveilleusement bien dans un format d’épisode pourtant plutôt court (30mn).

5. Des répliques qui claquent

C’est l’un des secrets de fabrication des séries au format sitcom, les répliques doivent être drôles, bien senties et d’une efficacité redoutable. Quelques phrases issues uniquement de l’épisode 1) ? « Tu baises pas comme tu écris » (l’étudiante à Gabe, l’écrivain), « Qu’avez-vous pensé de La Vie d’Adèle, est-ce une juste représentation des lesbiennes ? » (Gabe mal à l’aise lors de sa première soirée dans un bar lesbien), « Pourquoi moi ? Je ressemble à une lesbienne ? » (le premier homme avec lequel Leila pensait pouvoir coucher quand elle lui explique qu’elle n’a connu que des femmes sexuellement mais qu’elle est bi), et enfin, notre préférée, « La bisexualité est un mythe, elle a été créée par la pub pour vendre de la vodka aromatisée à la fraise » (Leila).

The Bisexual, Saison 1 (6 épisodes), diffusée sur Canal+, Channel 4 et Hulu.

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