3 questions à Gloria Pourpre, fondatrice de l'association Black Queer & Art

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« Mon but est de décloisonner entre l'action artistique et le terrain de la cohésion sociale. »

Photo prise dans l'exposition de Zanele Muholi, « Faces and Phases »
Photo prise dans l'exposition de Zanele Muholi, « Faces and Phases » - Inès Agnès de Luna

Engagée de longue date dans le milieu queer féministe et lesbienne — elle participe en particulier au collectif Lesbiennes Of Color (LOCs) — Gloria Pourpre vient de fonder une nouvelle association, Black Queer & Art. L’un des objectifs principaux est d’accompagner individuellement des artistes LGBT+ engagé.e.s. Née en République démocratique du Congo (RDC), elle a émigré à l’âge de neuf ans en France. Lors de notre entretien, elle se présente comme une femme androgyne, noire et lesbienne. Depuis 15 ans, elle pratique le kung-fu qui, explique-t-elle, lui a appris qu’il est « sage de se soustraire du regard de l’humanité et du bruit pour réfléchir à ses actions ». 

Komitid : Pourquoi avoir créé l’association Black Queer & Art ?

Gloria Pourpre : Avec Black Queer & Art, je veux accompagner les artistes afro-descendant.e.s, afro-caribéen.ne.s, afro-europé.ne.s ou noir.e.s, parce que très souvent ils et elles manquent de plateforme pour un appui dans leur travail artistique. Cette année, j’ai choisi d’accompagner Mike Fédée dans son projet d’atelier d’écriture « Les Mots du Cœur ». J’avais déjà collaboré avec lui sur un projet de court-métrage En chair gros qui dénonçait le néo-esclavagisme. Une belle expérience que j’ai envie de revivre.

« Redonner la parole à des personnes LGBT+ qui ont, en raison de leur coming out, rompu les liens avec des êtres chers »

Pour ce projet, il s’agit de redonner la parole à des personnes LGBT+ qui ont, en raison de leur coming out, rompu les liens avec des êtres chers. C’est un projet qui mêle photographie, vidéo et une lecture des lettres en public. Une année correspond à un seul accompagnement d’un artiste parce que c’est un travail que je réalise seule et qui est vraiment dense. Je mène seule beaucoup d’actions, c’est pour cette raison que dès sa création, j’ai voulu être entourée de bons conseils pour atteindre les objectifs de mon association. Black Queer & Art (BlaQ&Art) obéit à un système de cooptation. Les personnes qui y rentrent sont obligatoirement connues, soit par moi soit par mon entourage.

Justement, quel.le.s ont été les artistes qui vous ont inspiré pour lancer cette association ?

Les artistes que j’affectionne sont très souvent des humanistes, qui naviguent entre leurs espaces émotionnels et la réalité. Je veux saluer le travail de l’activiste visuelle sud-africaine Zanele Muholi, mais aussi les photographes Lola Flash (africaine-américaine) et Laurence Prat (française), la journaliste et réalisatrice africaine-américaine Robin Williams, l’artiste peintre ivoirien Josué Comoe sans oublier un autre photographe Jean-Christophe Husson, et enfin le peintre et dessinateur franco-thaïlandais Hom Nguyen et la réalisatrice camerounaise Marthe Djilo Kamga.

Depuis le lancement de l’association au mois d’août, quelles ont été les réactions ?

Je n’ai eu que des réactions positives depuis le lancement de Black Queer & Art, et c’est tant mieux ! Les gens connaissent mon travail et quand j’ai sollicité des personnes, comme Laurent Bocahut, co-fondateur du festival de films Chéries-Chéris, il m’a tout de suite soutenue dans ce projet. Je ne suis pas encore très visible, les critiques viendront peut-être plus tard (Rires). Je dois désormais mettre les choses en action puis aller chercher des subventions pour développer l’activité. Les espaces pour les personnes afro-descendantes, il y en a. Les Lesbiennes of Color regroupent beaucoup d’artistes. Mais mon but est de décloisonner entre l’action artistique et le terrain de la cohésion sociale. Il y a un lien entre l’artiste et le social.

« Être présidente d’une association, quand on est une femme, noire et lesbienne, c’est difficile »

Quand les personnes visitent la page Facebook de mon association, elles s’aperçoivent que Black Queer & Art s’inscrit dans la catégorie « Art et divertissement », et c’est le cas. Par contre, je suis un électron libre. Je n’aime ni rentrer dans des grilles de lecture ni qu’on me dicte ma conduite. Souvent dans la communauté noire, une communauté dans laquelle j’ai été éduquée jusqu’à l’âge de 11 ans, les noir.e.s me reprochent de ne pas ressembler à une vraie noire. Tandis que dans la communauté blanche, où j’ai aussi été éduquée jusqu’à l’âge de 18 ans, les Blanc.che.s affirment que je ne ressemble pas aux autres noir.e.s. La seule réponse que je puisse formuler, c’est : « S’il vous plaît, ne me définissez pas. Je m’en charge ». Je n’ignore pas que dans le monde associatif comme ailleurs, être fondatrice ou présidente d’une association, quand on est une femme, noire et lesbienne, c’est difficile. Mais comme le dit si bien Zanele Muholi, « On persiste. On résiste ».