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Espagne : pourquoi les LGBT+ devraient se méfier de Vox, parti d'extrême droite qui fait son entrée au parlement d'Andalousie

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Plutôt discret sur les questions LGBT+, la montée du parti d'extrême droite pose pour autant de sérieuses questions.

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Santiago Abascal, le leader de Vox, à Malaga le 11 novembre 2018 - Vox / Flickr

Du jamais vu depuis la fin de la dictature de Franco. Le parti d’extrême droite espagnol Vox a fait dimanche 2 décembre son entrée au parlement de l’Andalousie, récoltant près de 11 % des voix et 12 sièges. L’onde de choc est immense pour un pays qui avait été jusque là épargné par la poussée du nationalisme en Europe, d’autant que la jeune formation politique pourrait bien décider de la future majorité de la région espagnole. Et à la clef, une remise en questions des droits LGBT+ ?

Créé en 2013 par d’ancien.nes membres du Parti Populaire (PP) et mené par Santiago Abascal, le parti défend une ligne violemment anti-immigration, avec notamment la volonté de construire des murs anti-migrant.e.s, mais aussi une politique de suppression de l’autonomie des régions, la suppression de la loi interdisant l’exaltation du franquisme. Le parti d’extrême droite est également anti-féministe, allant jusqu’à vouloir se débarrasser de lois contre les violences faites aux femmes, arguant de « l’égalité entre les sexes ».

« Organisations féministes radicales »

Quid, alors, des questions LGBT+ ? Le parti reste relativement discret sur les questions relatives aux minorités sexuelles. Comme nombre de ses équivalents européens, Vox rappelle régulièrement son attachement à « l’identité catholique de l’Espagne » tout en se posant comme défenseur de « la vie ». Un message positif envoyé à demi-mots aux militant.e.s contre l’avortement ? À Séville, rapporte El País, le parti d’extrême droite s’était ainsi indigné d’une campagne d’affichage montrant des photos de couples de même sexe, jugeant que l’initiative était « une perte de fonds publics qui bénéficie à une minorité ». Réjouissant.

Passé au crible, le programme de Vox révèle des positions qui ne déplairaient pas à d’autres en Europe : en premier lieu, une place importante donnée aux familles traditionnelles avec la création d’un ministère dédié. En découle, à la proposition 71, la volonté de défendre « la famille naturelle », mais aussi le souhait d’interdire la GPA. On notera aussi le désir de Vox de supprimer les subventions aux « organisation féministes radicales ».

Rejet de la « fierté gay »

Quant au mariage pour tous et toutes, légal depuis 2004 chez nos cousin.e.s ibériques, le parti botte en touche. En 2015, Alejo Vidal-Quadras, cadre du parti et ancien vice-président du parlement européen (tout de même), expliquait être contre le mariage pour tous et toutes. Mais le chef de Vox, Santiago Abascal, se garde bien d’ouvertement demander l’abrogation de ce droit. On imagine que l’égalité est bien ancrée dans les consciences, l’Espagne se classant fréquemment comme l’un des pays les plus ouverts du monde sur les questions LGBT+. Il fallait bien, alors, trouver un autre angle d’attaque. C’est chose faite en juillet dernier à la veille de la Pride de Madrid : Vox publie un communiqué s’élevant contre la « fierté gay ».

« Nous dénonçons une imposition institutionnelle, un problème de coexistence et la violation des droits les plus élémentaires des populations où [la marche] se déroule », s’énervait le parti politique. Aux yeux de Vox, ce n’est pas l’homosexualité qui pose problème, non, promis, juré, c’est le fait qu’elle soit affichée en public. En découle logiquement une dénonciation des moyens financiers publics alloués à la Pride et l’unanimité, forcément suspecte, des autres partis sur le sujet des droits LGBT+. Vox se gargarise même d’être la seule formation politique à ne pas avoir utilisé de drapeau LGBT+ sur son logo Twitter.

« Là pour rester » ?

L’heure semble être à l’inquiétude du côté de la gauche et des associations LGBT+. D’autant que la droite traditionnelle et le centre andalous semblent considérer une alliance avec Vox, dans le but de faire chuter le Parti Socialiste, actuellement au pouvoir. Un signe, comme l’écrit Le Monde, que le parti est bel et bien « là pour rester »  et qu’une nouvelle réalité politique est en train de voir le jour en Espagne. Vox qui rentre au parlement andalou, c’est l’Espagne qui rejoint une certaine normalité européenne, dans laquelle l’extrême droite gagne des voix et s’allie parfois pour arriver au pouvoir.

En Autriche, où la droite s’est alliée à l’extrême droite, le gouvernement n’a toujours pas promu de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, pourtant demandée par la plus haute cour du pays. Quant à l’Italie, le Mouvement 5 étoiles, pourtant classé à gauche, n’a eu aucun problème à laisser de côté toutes ses propositions liées aux droits LGBT+ pour s’allier avec La Ligue, classée à la droite de la droite. Résultat : un ministre de la famille particulièrement LGBTphobe.

  • phil86

    Extrême droite = fachos = racistes = sexistes = LGBTphobes !!!