Tunisie : Human Rights Watch publie les témoignages accablants d'hommes gays persécutés

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Six hommes présumés gays ont été interviewés par l'organisme de défense des droits humains et leurs témoignages font froid dans le dos.

Arrestations arbitraires, humiliations des gays en Tunisie - Illustration / Human Rights Watch
Arrestations arbitraires, humiliations des gays en Tunisie - Illustration / Human Rights Watch

Les témoignages d’hommes gays tunisiens recueillis par Human Rights Watch (HRW) jettent à nouveau une lumière crue sur la gravité de l’homophobie d’État de ce pays du Maghreb.

Traque des homosexuels sur les applis de rencontre, confiscations de portable pour passer au crible les relations privées, examens anaux s’apparentant à des viols, lourdes condamnations, la liste des pratiques de la police et de la justice envers les homosexuels fait froid dans le dos.

Human Rights Watch a pu interviewer six hommes poursuivis en 2017 et 2018 en vertu de l’article 230 du code pénal, qui punit jusqu’à trois ans de prison des comportements consentis entre individus de même sexe. La plupart des témoins sont désignés par des prénoms d’emprunt ou des initiales. Selon le site Kapitalis, 71 individus ont d’ailleurs été condamnés en 2017 sur la base de ce motif.

Dénoncés par des voisins

A.C., âgé de 18 ans, étudiant, a été arrêté à trois reprises et par deux fois, sur dénonciation par sa famille. Mineur au moment des faits, il a été placé dans un centre de rééducation où il a été contraint de suivre une « thérapie de conversion ».

En janvier 2017, la police arrête trois hommes à Sousse, sur la côte tunisienne suite à une plainte des voisins les soupçonnant d’être gays. Dans l’acte d’accusation, examiné par Human Rights Watch, le juge d’instruction déclare que la police s’est rendue à leur domicile, y a saisi leurs téléphones, sur lesquels ont été trouvées « des preuves qu’ils sont sodomites », ainsi que « des vêtements de femmes », avant de conduire les hommes au poste de police. Ils ont été condamnés à deux mois de prison ferme.

« Pourquoi êtes-vous comme ça ? »

Dans la même ville, deux hommes ont été condamnés, le 10 mars 2017, à huit mois de prison en vertu de l’article 230 du code pénal. Le rapport de police décrit en détail leurs relations sexuelles et conclut que S.C. « a commis une sodomie active », tandis que A.B. était un « sodomite passif ».

Souvent la justice et la police invoquent aussi la religion pour infliger des humiliations et des persécutions aux hommes arrêtés et présumés homosexuels. Ainsi, lors d’un procès, le juge d’instruction lance au prévenu : « Pourquoi êtes-vous comme ça ? Ne savez-vous pas que ce que vous faites est haram [interdit par l’islam]  ? ».

La pratique des tests anaux se poursuit en Tunisie

Dénoncée par l’Organisation des nations unies, critiquée par l’Ordre des médecins tunisiens, la pratique des tests anaux se poursuit en Tunisie. C’est ce qui est arrivé à K.B., un réalisateur de documentaires. Il s’est confié à Human Rights Watch : « C’est la pire chose qui me soit arrivée. Le médecin m’a demandé de me déshabiller et de me mettre sur la table d’examen. Il m’a demandé de me pencher. Il y avait un policier dans la pièce et un assistant médical qui surveillaient. Le médecin a introduit un doigt dans mon anus et l’a bougé. J’avais tellement honte. C’était très déshumanisant. » 

Pour la plupart des victimes, la police confisque le portable et passe au crible toutes les relations des personnes interpellées. Ce qui fait réagir la directrice du bureau de Tunis de HRW, Amna Guellali : « Les autorités tunisiennes n’ont aucun droit de s’immiscer dans les pratiques sexuelles privées, de brutaliser et d’humilier les gens au prétexte de faire respecter des lois discriminatoires ». 

Créée en janvier 2015, l’association Shams Tunisie mène le combat contre la pénalisation de l’homosexualité. Elle dénonce régulièrement les exactions de la police et le traitement dégradant subi par les victimes de la pénalisation de l’homosexualité. Fragile, elle avait reçu le 13 juin 2017, des mains d’Anne Hidalgo, la médaille Vermeil, la plus haute distinction de la Ville. Une marque de soutien symbolique.

En juin dernier, Komitid vous avait annoncé que la Commission des libertés individuelles et de l’égalité de Tunisie s’était prononcée pour la dépénalisation de l’homosexualité dans le pays. Mais les autorités ne semblent pas pressées de mettre en œuvre cette mesure.

 

 

 

  • phil86

    La façon dont sont traitées les minorités est toujours un bon indicateur du niveau de démocratie réelle d’un pays. La Tunisie a encore beaucoup beaucoup de chemin à parcourir !

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