Dans le monde mercantile, année après année, la politique Journée internationale des droits des femmes est devenue la festive Journée de la femme. Une deuxième Saint-Valentin, en somme, avec réductions, compliments de bon aloi et jeûne, pendant 24 heures, des mauvaises pratiques patriarcales. Aujourd'hui chérie, c'est moi qui fait la vaisselle. En simplifiant « Journée internationale des droits des femmes » par « Journée de la femme », les entreprises, les personnalités, les gardiens du système ont retiré le politique à une journée qui n'était censée être que ça. En offrant des fleurs, on rend les femmes moins dangereuses, on les remet à leur place. Pour les revendications, les sonnettes d'alarme et le décompte des mortes, c'est le 25 novembre que ça se passe, le jour des violences faites aux femmes. Bref à l'ère de #metoo, on ne vous apprendra rien, ça devrait être tous les jours la journée internationale des droits des femmes. Ça devrait être la fête de toutes les femmes, des nourrissonnes aux vieillardes. Komitid a décidé de donner la parole aux principales concernées, celles qui se battent toute l'année contre l'idée que protéger les droits des femmes ne doit jamais se limiter à distribuer les bons points et universaliser l'image d'une « Femme » archétypale.

Imen, de l'association FièrEs :

https://twitter.com/assoFierEs/status/971706606588186624 Cela fait des années que la journée du 8 mars est accaparée par les entreprises. En s'appropriant le mouvement, on le rend moins revendicatif, beaucoup de femmes aujourd'hui ne voient pas le 8 mars comme une journée féministe. Pour nous c'est d'autant plus important de repolitiser cette journée à laquelle on tient. De l'appeler « journée de lutte pour les droits de femmes ». Pour les femmes lesbiennes, bi, trans, c'est une journée où on va particulièrement entendre les problèmes des femmes hétéro, cis et principalement blanches.
« Pour les femmes lesbiennes, bi, trans, c'est une journée où on va particulièrement entendre les problèmes des femmes hétéros »
On va parler partage des tâches et violences domestiques, mais aussi inégalité salariale. C'est pourquoi nous sommes d'abord une association féministe, car nous luttons contre cela. Il se trouve que les femmes LBT+ subissent aussi la violence sexiste, et on le voit peu. Le paysage féministe en France reste hétéronormé. C'est compliqué pour nous de rallier les associations à la cause de la PMA pour toutes, elles qui se sont battues pour l'IVG et contre l'injonction à la maternité. Nous, on veut les convaincre que c'est le même combat : la libre disposition du corps des femmes.

Crystal, collectif Gras Politique

https://twitter.com/GrasPolitique_/status/970787322542415874 Mon père est né le 8 mars et c'était une vanne, à la maison, qu'il soit né le jour de « la journée de la femme », c'était rigolo comme un carnaval. L'idée, c'est que c'est quelques heures où on donne le droit aux femmes de ne pas faire la vaisselle. En travaillant dans la com' du prêt-à-porter, j'ai compris combien le wording [le vocabulaire marketing, ndlr] autour de cette journée voulait dire des choses. On disait « journée de la femme » car le politique c'est pas bankable, la « Femme » si. Quand t'es militant.e, tu reçois toujours le mot « féministe » comme une insulte, pourtant une certaine idée du féminisme est aussi devenue bankable dernièrement.
« Le corps gras a été effacé, il faut le revisibiliser »
Mais le féminisme de celles qui ne sont ni mal baisées, ni laides, ni énervées, ni enragées. Celui des désinvoltes et des gentilles, qui passent au dessus de tous les outrages et de toutes les disgrâces pour dire tout doucement à ceux qui les oppressent ce qui ne va pas. Elles ont intégré la misogynie et ont lu Beauvoir. C'est ce qu'on remarque avec le mouvement body positive, qui a été traité et retraité, mais toujours sur le même angle. Au Gras politique, on a eu  l'impression d'être un peu la caution, l'alibi, qu'on allait gras-washer les conférences et les articles en nous posant là. On montre des mannequins grande taille, mais au physique lissé, sans double-menton, on aborde pas les sujets systémiques. Dans la parole féministe, on veut parler de la grossophobie à la fois subjectivement et objectivement, en abordant à la fois les préjugés quotidiens et la non adaptation des matériels médicaux, des transports en communs... On veut entamer le dialogue sur le body neutral : tous les corps se valent. Le corps gras a été effacé, il faut le revisibiliser.

Océan, comédien, humoriste

[caption id="attachment_1957" align="aligncenter" width="389"] © Magali Bragard[/caption] Cela fait longtemps que le 8 mars a été dévoyé, je crois que je ne me souviens pas d'une époque où il ait été uniquement évoqué politiquement. Déjà, ils disent « journée de la femme »... bien sûr, je parle d'un endroit militant et me doute que certains y voient une Saint Valentin bis et s'en réjouissent.  Depuis le film « Sous la jupe des filles » j'ai l'impression que beaucoup de choses ont changé, c'est devenu cool d'être féministe. Après, c'est à double tranchant, car il peut y avoir récupération et terminer avec un tee-shirt Chanel à 500 euros. C'est le monde néo-libéral dans lequel on vit. Mais je trouve qu'une nouvelle génération de féministes 3.0 qui sont en passe de repolitiser tout cela, en articulant des enjeux féministes et sociétaux, tout en restant dans un contexte joyeux. Si t'étais pas militant, dans ma génération t'étais à la ramasse. Je me réjouis de cette génération qui manie les outils, qui a intégré le féminisme même dans la pop culture en ayant conscience des inégalités entre les personnes comme des violences sexistes. En France, à la base, nous avons un problème à penser de façon intersectionnelle, même les mouvements féministes dominants ne sont pas inclusifs. Le féminisme prôné par le gouvernement et les médias tend à l'universalisme dévoyé, blanc, valide, qui travaille. Alors que ce n'est pas possible de déconnecter les enjeux féministes des autres formes de domination. On ne peut pas saluer le mouvement #metoo et faire passer la loi asile et immigration, ça ne peut pas marcher.
« En vrai, le côté "journée de" me pose problème (...) : isoler c'est une façon de ne pas penser, et ça se termine avec le coup de la rose offerte »
La journée du 8 mars, ça devrait être l'occasion de parler des personnes malades du sida, des LGBTQ+. De donner à tous et toutes l'occasion de prendre la parole et l'espace. En vrai, le côté « journée de » me pose problème, car je considère que c'est quasiment du business : isoler c'est une façon de ne pas penser, et ça se termine avec le coup de la rose offerte. Je suis plutôt de la team Pride de nuit et 8 mars pour toutes, des occasions de rassembler les migrantes, les pauvres, les travailleuses du sexe... Je me souviens avec émotion de la manif de Belleville, où il y avait le collectif femmes en lutte 93, des étudiantes, des militantes, une vraie mixité ! Faut vraiment faire ça, de plus en plus.

Gloria Pourpre, membre de l'association Lesbiennes of colour et vice-présidente de la Black Pride*

Bien sûr, à l'occasion du 8 mars, il y a récupération du débat par certaines femmes blanches qui acceptent, de fait, une certaine grille de lecture patriarcale. C'est l'une des raisons pour laquelle nous, féministes et radicales, nous restons plus actives sur le 25 novembre, c'est ce jour-là qu'on se mobilise. Mais il y a de la place pour tout le monde : nous sommes contentes qu'il y ait des femmes dans la rue le 8 mars, nous ne pensons pas qu'elles nous fassent de l'ombre. J'ai toujours peur qu'on en oublie certaines. Moi qui ai fait un stage en prison, qui ai travaillé avec des femmes qui ont fini par tuer leurs maris violents, je ne veux pas qu'on les oublie. Et puis en France en particulier, on a un gros retard : les luttes sont sporadiques parce que le patriarcat est totalement ancré dans le système et dans les esprits. Si toutes les femmes pouvaient s'éduquer et saluer les combats des autres, ce serait parfait. Sauf qu'en France les petites filles sont élevées à faire autre chose. Je remercie ma mère tous les jours d'être née en Afrique et de ne pas avoir connu les contes de fées, où les petites filles doivent se faire belles pour séduire le prince... moi je n'ai pas eu les poupées et la dinette rose, merci bien. En tant qu'éducatrice de jeunes enfants, je vois comme les jeunes enfants, garçons et filles, sont éduqué.e.s et c'est dramatique. Pourquoi fait-on cela aux gens qu'on aime ?
« Souvent, les féministes hétéros nous disent "heureusement que vous êtes là" parce que nous, on a pas à négocier le contrat social avec les hommes »
Il ne faut pas oublier les petites filles, donc. Car plus tard elles seront des femmes qui auront le privilège, comme Jacqueline Sauvage, d'avoir le statut concomitant d'auteure et de victime de violences. C'est quelque chose de particulier d'ailleurs avec les féministes hétéros, cette question du rapport aux hommes. Souvent elles nous disent « heureusement que vous êtes là » parce que nous on a pas à négocier le contrat social avec les hommes, on ne couche pas avec eux.

Marion, chanteuse, membre du groupe Emasculation

Nos plans pour le 8 mars : tout brûler. Nan, on déconne. Le 8 mars, c'est toute l'année, mais aujourd'hui c'est l'occasion de se retrouver autour d'événements festifs qui mettent à l'honneur nos communautés, autour de formations, d'interventions autour des problématiques féministes. Pour le dévoiement, il y aura toujours des réponses du genre not all men (« on n'est pas tous comme ça », ndlr), des journaux pour sortir des articles sur les hommes battus, les hommes qui font des métiers exercés majoritairement par des femmes, ou des communes pour mettre à l'honneur les meufs ce jour-là et fuck le reste du temps.
« Nos plans pour le 8 mars : tout brûler. Nan, on déconne »
Par contre, je ne sais pas comment faire pour que cette journée ne sois pas dédiée au féminisme hétéro blanc bourgeois. Je ne sais pas si nous sommes légitimes pour le dire. En tout cas, il y a de belles choses qui se font pour cette occasion, genre samedi 10 il y a la conférence Féminisme et anti-racisme à l'université Paris 8, le lendemain à la Bellevilloise, ça va parler dépossession du corps des femmes racisées dans la société occidentale et Transnationalités translocalités décolonialités féministes queer... il faut que ça tourne, il faut y aller, sortir du centre ! Notre prochain tube : une ode au mansplaining (le fait que les hommes expliquent la vie aux femmes, ndlr) ! Le titre ? Mansplainer ! * Éducatrice de Jeunes Enfants, Masterante en Psychologie Clinique et Psychothérapies, Membre des LOCs (Lesbiennes of Color) et Secrétaire Générale et Vice-Présidente de l'association Paris Black Pride" ["post_title"]=> string(86) "Dépolitisé, le 8 mars loue (et vend) une femme hétéro, blanche, valide et cisgenre" ["post_excerpt"]=> string(347) "Officialisée en 1977 par l'ONU, la « journée internationale des droits des femmes » est devenue une deuxième Saint Valentin trop souvent dédiée à l'idée de la femme, blanche, mince, hétéro, riche, valide. Komitid a décidé de donner la parole aux principales et principaux concerné.e.s, qui ont un avis bien tranché sur la question. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(29) "huit-8-mars-depolitise-femmes" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-03-07 17:06:24" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-03-07 16:06:24" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(29) "http://www.komitid.fr/?p=1789" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [3]=> object(WP_Post)#15268 (24) { ["ID"]=> int(14462) ["post_author"]=> string(1) "4" ["post_date"]=> string(19) "2018-08-20 12:27:43" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-08-20 10:27:43" ["post_content"]=> string(4506) "Après #MeToo, voici #MeQueer. Depuis la semaine dernière, en Allemagne, les personnes LGBT+ dénoncent le harcèlement et les discriminations dont elles sont victimes en utilisant ce hashtag sur les réseaux sociaux. Une initiative qui montre que le pays européen n'est pas le havre de paix que certains et certaines s'imaginent, explique la Deutsche Welle. « Moi, courant avec un tee-shirt arc-en-ciel dans Berlin, quand un vieil homme me dit : "Quand j'étais jeune, heureusement, nous aurions pu te gazer" », raconte un jeune utilisateur de Twitter. « Un mec me drague moi et ma petite amie dans un bar », rapporte une autre utilisatrice. « Nous lui disons non et allons nous asseoir ailleurs. Quand nous partons, il nous attaque dans la rue. » Glaçant ? Oui et les messages de ce genre se comptent par milliers. Le Mariage pour toutes et tous a beau avoir été légalisé en septembre 2017 et la Pride de Berlin est peut être l'une des plus importantes marches d'Europe, les personnes LGBT+ restent victimes de nombreuses discriminations outre-Rhin. Toujours d'après DW, une étude récente montrait une augmentation des crimes LGBTphobes en 2017 en Allemagne.

Tout est parti d'un simple tweet

Comme pour le mouvement #MeToo ou #Balancetonporc, tout est parti d'un simple tweet. En l'occurence celui de l'auteur Hartmut Schrewe : « À chaque fois que je prends la main de mon mari, je regarde autour de moi pour être certain que je suis en sécurité. Parfois je ne m'en rends compte qu'après [lui avoir pris la main]. #MeQueer », a partagé l'homme de 51 ans. Auprès de l'édition allemande de Buzzfeed, le Berlinois explique avoir été surpris par le nombre de réactions et de messages postés sur les réseaux sociaux. « Je suis heureux et enthousiaste de voir le courage des gens, leur véhémence et leur ouverture. C'est important que personne ne se cache », explique-t-il. Hartmut Schrewe explique d'ailleurs avoir beaucoup appris du mouvement #MeToo, évoquant le fait de s'être parfois senti concerné par les témoignages des femmes survivantes : « C'est mon souci principal, que les gens se rendent comptent de ceci : "Je fais du mal à quelqu'un" ». Pour l'instant le hashtag #MeQueer reste principalement utilisé par des Allemands et Allemandes, mais Komitid a pu observer quelques tweets en français et en anglais utilisant le mot dièse. Serait-ce l'amorce d'un mouvement mondial ?" ["post_title"]=> string(70) "En Allemagne, les personnes LGBT+ se confient avec le hashtag #MeQueer" ["post_excerpt"]=> string(156) "Depuis la semaine dernière, en Allemagne, les utilisateurs et utilisatrices LGBT+ de Twitter racontent les discriminations dont ils et elles sont victimes." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(67) "en-allemagne-les-personnes-lgbt-se-confient-avec-le-hashtag-mequeer" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-08-20 12:29:45" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-08-20 10:29:45" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(31) "https://www.komitid.fr/?p=14462" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } ["qui_parle_nom"]=> string(13) "Pierre McCann" ["qui_parle_photo"]=> array(24) { ["ID"]=> int(16002) ["id"]=> int(16002) ["title"]=> string(7) "PMcCann" ["filename"]=> string(11) "pmccann.jpg" ["filesize"]=> int(75917) ["url"]=> string(61) "https://www.komitid.fr/wp-content/uploads/2018/09/pmccann.jpg" ["link"]=> string(170) "https://www.komitid.fr/2018/09/17/avec-lexic%c2%b2-on-veut-comprendre-pourquoi-une-personne-lgbt-a-trois-fois-plus-de-risque-detre-victime-de-violences-sexuelles/pmccann/" ["alt"]=> string(45) "Pierre McCann, coordonateur du projet LEXIC²" ["author"]=> string(1) "3" ["description"]=> string(45) "Pierre McCann, coordonateur du projet LEXIC²" ["caption"]=> string(45) "Pierre McCann, coordonateur du projet LEXIC²" ["name"]=> string(7) "pmccann" ["status"]=> string(7) "inherit" ["uploaded_to"]=> int(15963) ["date"]=> string(19) "2018-09-17 13:55:22" ["modified"]=> string(19) "2018-09-17 13:56:15" ["menu_order"]=> int(0) ["mime_type"]=> string(10) "image/jpeg" ["type"]=> string(5) "image" ["subtype"]=> string(4) "jpeg" ["icon"]=> string(59) "https://www.komitid.fr/wp-includes/images/media/default.png" ["width"]=> int(852) ["height"]=> int(852) ["sizes"]=> array(30) { ["thumbnail"]=> string(69) "https://www.komitid.fr/wp-content/uploads/2018/09/pmccann-150x150.jpg" ["thumbnail-width"]=> int(150) ["thumbnail-height"]=> int(150) ["medium"]=> string(69) "https://www.komitid.fr/wp-content/uploads/2018/09/pmccann-300x300.jpg" ["medium-width"]=> int(300) ["medium-height"]=> int(300) ["medium_large"]=> string(69) "https://www.komitid.fr/wp-content/uploads/2018/09/pmccann-768x768.jpg" ["medium_large-width"]=> int(768) ["medium_large-height"]=> int(768) ["large"]=> string(61) "https://www.komitid.fr/wp-content/uploads/2018/09/pmccann.jpg" ["large-width"]=> int(852) ["large-height"]=> int(852) ["tiny-lazy"]=> string(67) "https://www.komitid.fr/wp-content/uploads/2018/09/pmccann-30x30.jpg" ["tiny-lazy-width"]=> int(30) ["tiny-lazy-height"]=> int(30) ["yagg_newsletter_large"]=> string(61) "https://www.komitid.fr/wp-content/uploads/2018/09/pmccann.jpg" ["yagg_newsletter_large-width"]=> int(357) ["yagg_newsletter_large-height"]=> int(357) ["yagg_newsletter_mini"]=> string(61) "https://www.komitid.fr/wp-content/uploads/2018/09/pmccann.jpg" ["yagg_newsletter_mini-width"]=> int(171) ["yagg_newsletter_mini-height"]=> int(171) ["1536x1536"]=> string(61) "https://www.komitid.fr/wp-content/uploads/2018/09/pmccann.jpg" ["1536x1536-width"]=> int(852) ["1536x1536-height"]=> int(852) ["2048x2048"]=> string(61) "https://www.komitid.fr/wp-content/uploads/2018/09/pmccann.jpg" ["2048x2048-width"]=> int(852) ["2048x2048-height"]=> int(852) ["mailchimp"]=> string(61) "https://www.komitid.fr/wp-content/uploads/2018/09/pmccann.jpg" ["mailchimp-width"]=> int(560) ["mailchimp-height"]=> int(560) } } } -->

« Avec LEXIC², on veut comprendre pourquoi une personne LGBT+ a trois fois plus de risque d'être victime de violences sexuelles »

Publié le

Le projet LEXIC² est né au Québec de la volonté de comprendre pourquoi les personnes LGBT+ sont surreprésentées parmi les victimes de violences sexuelles. L'objectif est de contrer cette réalité en développant des outils pour une meilleure prise en charge des victimes.

Milan Popovic / Unsplash
Milan Popovic / Unsplash

Trois fois plus de risque d’être victime de violences sexuelles lorsque l’on est une personne des communautés LGBT+. Pourquoi ? Comment lutter contre cette réalité ? Une association étudiante québécoise porte actuellement le projet LEXIC² (Laboratoire des expériences et des intersections pour comprendre et contrer les violences sexuelles vécues par les communautés LGBTQ+) pour étudier et apporter des solutions à ce constat effroyable. Pierre McCann, coordonateur de LEXIC², prend la parole pour expliquer les raisons d’une telle réalité et comment se construit ce projet financé à la fois par le ministère de la Justice du Québec et par le secrétariat à la condition féminine.

L’idée du projet LEXIC² part du constat que les violences sexuelles sont actuellement traitées de façon assez genrée : un homme qui agresse une femme. On ne nie pas que c’est une réalité dans la majorité des cas, mais en même temps il y a un nombre non négligeable de personnes qui ne se reconnaissent pas dans cette binarité là.

Ce constat a été fait par l’Association étudiante du Cégep de Sherbrooke (AÉCS) dans le cadre de la campagne Ni viande, ni objet. C’est une campagne qui se voulait non-genrée, mais les étudiant.e.s ont constaté que les personnes LGBT+ ne se reconnaissaient pas dedans, ni dans toutes les autres campagnes à ce sujet. En échangeant entre les différent.e.s acteurs et actrices du milieu, on a eu une prise de conscience : il fallait quelque chose de plus adapté pour réunir les personnes des communautés LGBT+ et les organismes qui travaillent auprès d’elles.

L’objectif principal du projet est de comprendre et de contrer les violences sexuelles vécues par les personnes LGBT+. Nous avons mobilisé un groupe de travail d’experts et d’expertes, mais aussi d’activistes et d’intervenant.e.s de terrain qui œuvrent à l’intersection des violences sexuelles et des personnes LGBTQ+. C’est un comité qui vient définir les grandes lignes parce que c’est un nouveau champs. Il y a eu des études, particulièrement de la part de chercheurs et de chercheuses anglophones, mais chez nous au Québec c’est assez nouveau, donc ce comité là est très important.

« Les personnes LGBTQ+ sont surreprésentées parmi les victimes de violences sexuelles »

Selon les données récoltées par des études québécoises, canadiennes et américaines, les personnes LGBTQ+ sont surreprésentées parmi les victimes de violences sexuelles. Il y a au moins trois fois plus de risque de vivre une forme de violence sexuelle quand on est une personne LGBTQ+ par rapport aux autres. Comment l’expliquer ? L’hypothèse qui fait relativement consensus au sein des études, c’est le fait qu’un.e agresseur.e recherche des personnes vulnérables. Cela se fait parfois inconsciemment, mais habituellement c’est fait de façon assez consciente et les personnes LGBTQ+ – de par certaines problématiques vécues en lien avec le coming out, l’isolement, le rejet – peuvent être dans un état de vulnérabilité. Et au sein même des communautés, certains groupes sont particulièrement encore plus à risque d’en vivre : les personnes trans, non-binaires, bisexuelles, et particulièrement les femmes issues de la diversité. Pour ces personnes, le risque est jusqu’à six fois supérieur, voire plus parce qu’un grand nombre de violences sexuelles ne sont pas dénoncées.

« Un grand nombre de violences sexuelles ne sont pas dénoncées »

C’est d’ailleurs là que le projet LEXIC² prend toute sa pertinence, quand on sait que beaucoup de victimes LGBTQ+ ne font pas appel aux services pour plusieurs raisons. Il y a un double voire un triple dévoilement quand on demande à personne des communautés de venir chercher de l’aide. Il faut dire que l’on a été victime de violences sexuelles, ce qui n’est pas facile à faire, mais la personne doit aussi faire un coming out sur son orientation sexuelle voire un troisième sur son identité de genre. Devant cette multitude d’obstacles, certaines personnes vont simplement décider de ne pas dénoncer ce qui leur est arrivé. Il y aussi une méfiance envers les institutions hétéronormatives et cisnormatives, mais aussi homophobes, transphobes…

Quotidiennement, quand je travaille sur ce projet, je n’en reviens pas du nombre élevé de personnes des communautés qui ont vécu une forme ou une autre de violences sexuelles. Un peu comme si être victime de violences sexuelles lorsqu’on fait partie des communautés LGBTQ+ était une fatalité. Le taux de témoignage des personnes avec qui j’ai abordé la question et qui s’identifient comme LGBTQ+ doit approcher de 100 %, mais il y autant de réalités que de cas individuels.

Construire des outils adaptés pour la communauté

À la fin, ce qu’on vise, c’est de créer des outils pour bien former et bien accompagner les intervenant.e.s qui affirment manquer de formation et d’outils concrets dans leur quotidien pour venir en aide aux personnes LGBTQ+ victimes de violences sexuelles. Au niveau des problématiques des personnes trans et non-binaires, ces enjeux-là sont très méconnus de la part des intervenant.e.s qui le reconnaissent eux/elles-mêmes. Il s’agira de construire des outils de formation spécifiques aux réalités des personnes trans face aux violences sexuelles par exemple et de déconstruire certains préjugés. Car avant d’être des intervenant.e.s, ce sont des personnes avec des préjugés comme nous pouvons toutes et tous en avoir. Nous devons les déconstruire avec l’aide de ces outils.

Nous pensons notamment à la réalisation d’un guide d’intervention qui définira les étapes d’intervention et la façon dont elles doivent être appliquées à une personne LGBTQ+ victime de violences sexuelles qui demande de l’aide. Nous avons aussi prévu de réaliser un recueil de témoignages de personnes LGBTQ+ qui ont vécu des violences sexuelles, qui sont passées à travers les services et qui y ont vécu des expériences négatives ou positives.

« Ne laisser personne derrière »

Une des solutions qui a été amenée pour qu’une expertise soit développée au sein du gouvernement, c’est d’avoir des concertations entre les organismes LGBTQ+ et ceux qui interviennent dans le champs des violences sexuelles dans les régions du Québec, et que les institutions soient représentées.

Il faut que ce projet là soit plus pérenne, qu’il s’étale sur plus d’une année. Surtout, au sein des communautés, il y a beaucoup d’intersections qui doivent être abordées : on ne traite pas de la violence entre hommes de la même façon qu’une violence vécue par une personne trans. C’est aussi ça le défi, c’est de ne laisser personne derrière. Et pour cela, il faut avoir les moyens et le temps de le faire.

 

Propos recueillis et édités par Philippe Peyre.