3 questions au collectif Pochoirs pour tous, qui recouvre les tags homophobes avec des cœurs

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« L'idée, c'est de ne pas faire dire n'importe quoi à la rue. »

Pochoirs pour tous
Les cœurs qui viennent recouvrir des tags anti-PMA à Paris - Pochoirs pour tous

Des cœurs pour recouvrir les messages de haine. Depuis quelques semaines, un collectif d’amateurs et d’amatrices de street art ont décidé de passer à l’action. Pour répondre aux tags anti-PMA qui pullulent sur les trottoirs parisiens, les activistes ont décidé d’y dessiner des cœurs. Une initiative qui a fait grand bruit sur les réseaux sociaux. Ils et elles viennent même de créer un collectif, Pochoirs pour tous, et invitent ceux et celles qui le souhaitent à les imiter. À Komitid, les membres du collectif, qui ont préféré rester anonymes, expliquent leur démarche.

Komitid : D’où vous est venue cette idée de recouvrir des inscriptions anti-PMA par des cœurs ?

Pochoirs pour tous : Notre projet s’est construit par rapport à une situation bien précise. En fait, on a constaté qu’il y avait de plus en plus de pochoirs à messages tendancieux sur les trottoirs de Paris. On s’est rendu.e.s compte que de ne rien faire, c’était une manière de cautionner ces messages de façon passive. Quand on en a parlé entre nous, nous nous sommes rendu.e.s compte que les gens ne voient pas ces messages. C’est comme si ça leurs donnaient une légitimité d’exister.

« On ne peut pas accepter ces messages mensongers et insultants »

On ne peut pas accepter ces messages mensongers et insultants, ainsi que les amalgames et la confusion qu’ils transmettent. Ils nourrissent des idées fausses et ne sont donc rien d’autre que des méthodes de propagande.

L’idée de recouvrir ces pochoirs par des cœurs nous est venue parce que nous sommes des amateurs et amatrices de street art. Il y a des tas d’œuvres qui sont belles, mais il y a aussi des tas de gens qui ne les voient pas. C’est une manière de dire « regardez autour de vous ».  Ce sont les pochoirs PMA qui ont fait réagir le plus, mais on a recouvert tous les messages qui sont injurieux. Quand on voit des messages racistes, sexistes, on fait pareil. L’idée, c’est de ne pas faire dire n’importe quoi à la rue.

Vous parlez d’occupation de l’espace… votre démarche est très politique, non ?

C’est politique, mais ça l’est malgré nous. Dès que l’on prend la parole, on est politique. Avec ce projet, on souhaite interpeller, mais en disant que ce n’est pas ok. C’est illégal de tenir des propos racistes, homophobes… et rien n’est fait. On s’est habitué a cet état de fait et ça n’est pas bien, ça n’est pas normal.

Ces messages anti-PMA, ils nous ont rappelés la vague homophobe des débats sur le mariage pour tous et des messages non signés, ça ne va pas. Parlons-nous et faisons avancer les choses. Le fait de faire des messages comme ça, ça entretient une peur, une haine de ce que l’on ne connait pas. Et puis comme par hasard, ces messages n’apparaissent que quand on parle de questions relatives aux droits LGBT+. Il est possible de faire des tribunes ailleurs, dans la presse… pas des tags anonymes.

Vous invitez d’autres personnes à s’emparer du principe de Pochoirs pour tous ?

Oui, c’est pour ça que nous restons anonymes. Ce projet, ça n’est pas à propos de nous. La seule chose que l’on peut dire, c’est que l’on aime les street artistes et que l’on a adopté la même démarche qu’eux et elles. Après, nous ne sommes pas propriétaires de Pochoirs pour tous, nous espérons que les gens s’empareront du projet !

Les réactions positives sur les réseaux sociaux, c’est la plus belle des surprises. C’est rassurant. Parfois on ne sait pas comment agir, les gens qui nous ont vu faire cet été ont réagi de façon positive. On peut nous aider en faisant des pochoirs, sur les réseaux.

Propos recueillis et édités par Fabien Jannic-Cherbonnel.