Ploufs et paillettes : on a adoré l'épreuve de natation synchronisée des Gay Games

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Reportage en immersion avec les athlètes en compétition pour la natation synchronisée aux Gay Games. Spoiler alert : on veut nous aussi enfiler un maillot de bain scintillant.

Natation synchronisée
Épreuve de natation synchronisée le 8 août 2018 au Gay Games à Montreuil - Fabien Jannic-Cherbonnel

« Groupe 2, note de 70,255. » On ne va pas vous mentir, on n’a absolument rien compris au système de notation des épreuves de natation synchronisée libre des Gay Games. Mais à vrai dire, et comme les participant.e.s, on s’en fiche un peu. On a passé un tellement bon moment dans ce centre aquatique Maurice Thorez de Montreuil, au petit matin du mercredi 8 août, qu’on les a un peu oubliés, ces foutus chiffres.

« C’est vraiment sympa de pouvoir nager avec qui tu veux »

Il faut bien le dire, cette épreuve n’a de compétition que le nom. Ce qui frappe lors de notre arrivée en plein échauffement, c’est bien l’heureuse ambiance qui règne autour du bassin olympique. Ici, pas de regards en coin, les athlètes se côtoient, se disent bonjour en anglais comme en français et s’encouragent. Mike, mèche blonde et physique d’un Californien tombé d’une planche de surf, débarque tout droit de San Francisco pour participer aux duos. Il n’en revient toujours pas d’être à Paris. « C’est vraiment sympa de pouvoir nager avec qui tu veux, il y a une super ambiance », lâche-t-il avant de retourner se préparer.

Il est 9h30 et la première épreuve de solo libre est sur le point de commencer. Direction les gradins où une petite foule est massée, prête pour le début de la danse aquatique. On y croise un père et ses deux filles, venues occuper leurs vacances, des grands-mères du quartiers, quelques amateurs et amatrices de natation synchronisée et une bonne brochette de proches des nageurs et nageuses. Sans le savoir, on s’assoit derrière le petit ami de Mike, qui n’attend qu’une chose : le passage de son darling dans l’eau. L’ambiance est joyeuse et respectueuse : on applaudit fort les athlètes, les très bons et les très bonnes, mais aussi et surtout ceux et celles qui ne sont pas parfaitement synchronisé.e.s. Même lorsqu’il s’agit de rappeler aux journalistes, autorisé.e.s à se balader où ils et elles veulent, qu’il vaudrait mieux ne pas bloquer la zone de départ, on le fait avec bonne humeur et entrain.

Amusante, la compétition prend un nouvel envol une demi-heure plus tard, lors des duos libres. Outre le niveau, plus élevé, on est presque ému de voir des couples d’hommes nager ensemble sur du Shakira. Parce que oui, en 2018, voir deux hommes faire de la natation synchronisée ensemble a quelque chose de subversif. Pour l’instant, la discipline n’est ouverte qu’aux femmes au niveau olympique. À la vision de ces teams, complètement synchronisées peu importe leur genre, on se demande bien qu’est-ce qui peut bien encore bloquer à ce niveau là.

Sirènes subversives

C’est l’heure de la pause pour les huit juges, qui partent papoter un peu avec les bénévoles mobilisé.e.s pendant les trois jours de compétition. On tombe sur Tana, qui nage avec les Subversives Sirens, un groupe de Minneapolis (Minnesota) qui réunit des femmes « grosses, noires, hispaniques, queers ou marginalisées . Elle a remporté l’or la veille et est venue encourager des copines. « Nous sommes super excitées d’être ici », raconte-t-elle. Le club a lancé une cagnotte pour financer son voyage à Paris. « Les Gay Games à Paris, c’est l’aboutissement de 10 mois de travail. Le slogan des jeux « All Equal » est vraiment ce que nous représentons ».

Marion et Magali aux Gay Games – Fabien Jannic-Cherbonnel

Avant de remonter parmi les spectateurs et spectatrices, on croise Marion et Magali, deux jeunes Suissesses de 19 ans. « On arrive à se faire plein de potes » raconte Magali, mi-surprise, mi-ravie. « On est là pour l’ambiance mais aussi un peu pour la compétition. » Pas stressées pour un sou, elles partent faire la queue pour attendre leur passage dans le grand bain, parées de maillot de bains flamboyants.

Coup de sifflet, c’est l’heure des duos libres. Tous ne sont certainement pas au même niveau, mais si il y a bien une chose que les athlètes ont en commun, c’est la sincérité. Un couple danse sur Freedom de Pharrell Williams, la chanson nous restera dans la tête tout le reste de la journée. Coup de tête à gauche, mouvement du poignet, tête sous l’eau, pied en l’air puis galipette arrière…. difficile de ne pas être fasciné par le spectacle offert, malgré les petits incidents techniques qui empêche la musique de se lancer.

Marion et Magali viennent clore les duos en beauté et c’est reparti pour 20 minutes de pose. Sur le bassin, on croise un journaliste d’un média généraliste qui veut parler à une équipe française de ballet. Pas de chance, il n’y en a pas, la plupart des participant.e.s venant des États-Unis. Du coup, le journaliste n’interviewera personne. Pourtant la question de la nationalité n’est pas la plus importante ici, d’autant que la compétition s’organise par ville, et pas par pays.

En jetant un coup d’œil autour du stade nautique, on est frappé par la diversité des corps qui se baladent dans l’eau et à côté du bassin. Les abdos ? Oui il y en a, mais cela ne fera pas de vous un bon nageur. Grands, grandes, gros et grosses, minces, avec des longues jambes, des petits bidons, de la cellulite, du poil… tous les physiques semblent être représentés et mélangés. Pour la catégorie ballet, les équipes mixtes sont la norme.

Tsunami d’acceptance

Pour l’épreuve finale on décide d’abuser de nos privilèges de journaliste et de monter tout en haut du plongeoir qui surplombe le bassin olympique. Si l’on rate l’entrée en eau de l’équipe des San Francisco Tsunami Synchro, toutes paillettes dehors avec leurs maillots et bonnets assortis, on a la chance d’observer la grâce et l’ingéniosité des nageurs et des nageuses d’en haut, sans obstruction. Pendant quelques secondes, on a l’impression de flotter en apesanteur, en face à face avec le spectacle.  On a beau savoir que les athlètes se sont entrainé.e.s des mois, on se dit que nous aussi on pourrait y participer et que même si on était un peu à la traîne, ça ne serait pas grave.

D’un coup, un tonnerre d’applaudissements. Il est temps de redescendre du plongeoir. Les scores sont donnés : l’équipe de San Francisco Tsunami Synchro est arrivée première. Mais tout le monde s’en fiche un petit peu. Et l’on commence sérieusement à réfléchir à mettre un pince-nez et un bonnet de bain à paillettes et d’aller toquer à la porte de Paris Aquatique dès la rentrée…