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Au Qatar, des articles consacrés aux questions LGBT+ disparaissent

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Une dizaine d'articles du New York Times ont disparu de l'édition publiée et diffusée au Qatar… et ils traitaient tous des questions LGBT+.

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Extrait de l'édition qatarie du New York Times - Capture / Diaporama ABC News

Alors que le coup de sifflet final de la Coupe du monde 2018 a retenti à Moscou, les regards commencent à se diriger vers le Qatar, qui accueillera le prochain Mondial en 2022. ABC News a révélé hier que plusieurs articles portant sur les questions LGBT+ et publiés dans l’édition qatarie du New York Times avaient tout bonnement disparus des pages du journal :

Dans le tweet ci-dessus, la journaliste Shannon Sims découvre avec stupeur que son article consacré à Skylar Fein et à son travail artistique sur l’incendie d’un bar gay de la Nouvelle Orléans en 1973 a été censuré. ABC News montre, diaporama à l’appui, qu’une dizaine d’articles ont eux aussi été remplacés par une case vide : l’un portait par exemple sur les droits des personnes LGBT+ en Afrique, l’autre sur l’interdiction pour les personnes trans d’exercer dans l’armée américaine. Une tribune de l’activiste Larry Kramer a elle aussi été censurée.

Censure… et auto-censure

Selon Justin Martin, professeur de journalisme à l’université Northwestern au Qatar, ce type de censure n’avait pas été observé auparavant : « Depuis des années, les images “sensibles” sont censurées, comme le décolleté de Kim Kardashian, mais plus récemment des mots ont été supprimés (généralement “sexe”) et très récemment des articles entiers », a-t-il expliqué à ABC. Impossible, selon lui, de déterminer si cette censure des sujets LGBT+ émane du gouvernement ou bien de l’imprimeur lui-même.

D’après le classement mondial de la liberté de la presse de l’ONG Reporters sans frontières, le Qatar arrive aujourd’hui à la 125ème place sur 180. Ce classement constitue « une appréciation du pluralisme, de l’indépendance des médias, de la qualité du cadre légal et de la sécurité des journalistes dans ces pays ». À ce contexte peu favorable à la presse, s’ajoute la criminalisation des personnes LGBT+ au Qatar : l’homosexualité y est encore passible de la peine de mort.

Pour Sherif Mansour, activiste pour la liberté de la presse, il est possible d’être face à une volonté d’auto-censure de la part de l’éditeur ou de l’imprimeur de l’édition qatarie du New York Times : « Toute forme de censure empêche non seulement les citoyen.ne.s du Qatar d’être exposé.e.s à d’autres perspectives, mais cela les limite aussi dans leur capacité à influencer leur propre gouvernement sur différentes questions, affirme-t-il à ABC. Voilà ce qui est si dangereux avec la censure. Les gens en viennent à se censurer eux-mêmes sur la base de ce que pensera le gouvernement. »