Un prêtre parisien refuse les obsèques d'une fidèle parce qu'elle était mariée avec une femme

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En avril dernier, un prêtre a refusé à une veuve la cérémonie de funérailles de son épouse croyante. Selon l'association David et Jonathan, cette triste affaire rappelle que toutes les églises ne progressent pas à la même vitesse.

Façade de l'Eglise Notre Dame de l’Assomption des Buttes-Chaumont / Google Street View

Notre-Dame de l’Assomption des Buttes-Chaumont est une église typique des années 60, avec de jolis vitraux, du béton armé, 600 places organisées comme dans un amphithéâtre… bref, une église moderne. Une église que fréquentait Claude*, 81 ans, une habitante du quartier, décédée d’une crise cardiaque le 13 avril dernier. Cela faisait quatre ans qu’elle avait épousé Annick, après 44 ans de vie commune.

C’est tout naturellement que sa veuve souhaite exécuter les dernières volontés de Claude, à savoir être enterrée selon ses convictions religieuses. L’employé des pompes funèbres, représentant la veuve Annick*, prend donc rendez-vous avec le prêtre pour les funérailles de Claude et convient du mercredi 18 avril pour les funérailles.

« Ne laissons pas passer cela sous silence »

Deux jours après, le prêtre aurait annulé par téléphone la cérémonie, après avoir compris que Claude était une femme : du fait que la défunte et son épouse soient un couple, il refuse de procéder à la cérémonie et ne souhaite pas « imposer cela » à quelqu’autre prêtre que ce soit. Brigitte* et Colette*, des amies très proches du couple, étaient présentes lors de ce coup de téléphone. Ce sont elles qui décident d’alerter l’association David et Jonathan (le mouvement homosexuel chrétien) en publiant un petit billet, relayé par l’association.

Des mots forts pour parler de cette épreuve : « nous sommes en Avril 2018, on célèbre le 5ème anniversaire de l’adoption par le Parlement français de la loi proposée par Christiane Taubira autorisant le mariage pour tous au nom des principes d’égalité et de partage des libertés : 40 000 unions en France à ce jour. 5 ans après, il y a encore des églises qui continuent à ignorer l’amour entre 2 personnes de même sexe, au point de refuser une bénédiction mortuaire et qui continuent à fournir des partisans à la manif pour tous. Ne laissons pas passer cela sous silence ».

« Qui a manqué gravement à ses devoirs envers Dieu, son prochain et soi-même ? »

La cérémonie a finalement eu lieu à l’hôpital, une très triste cérémonie selon les amies du couple : « dans cette petite pièce froide et anonyme, la famille, les amis, les voisins se serrent pour écouter l’homme d’église présent, qui récite ses textes entrecoupés par des chants. Tous se rapportent au péché et au pardon : « si quelqu’un confesse ses péchés, Dieu est fidèle et juste pour les lui pardonner »… Pourquoi pardonner ? Quel péché ? Qui a désobéi à la loi divine ? Qui a manqué gravement à ses devoirs envers Dieu, son prochain et soi-même ? ».

Elles poursuivent : « pas un mot pour nous parler de Claude sauf qu’il y a bien longtemps, elle a été baptisée. Rien sur sa vie professionnelle de sage-femme, qui a permis à des centaines de femmes de mener à bien la venue de leur bébé. Rien sur sa vie personnelle, ses goûts, ses engagements. Rien sur sa vie affective et ses 48 années d’amour avec Annick. Pas un mot non plus pour Annick. Pas même un regard ».

Quelques mois après la cérémonie, Brigitte – qui est non croyante – est toujours marquée par les funérailles de son amie. Elle nous a confié ses sentiments : « nous avons alerté l’association parce que nous sommes outrées. Le Pape a dit en juillet 2013 : « Si une personne est gay et cherche le seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? ». Claude était croyante, elle était sage-femme et avait donné naissance à des centaines de Parisien.ne.s. Tous les gens du quartier s’étaient cotisé.e.s pour lui acheter des fleurs… Nous avions l’air bêtes, dans cette petite salle avec toutes nos fleurs. »

« Il n’y a pas que les tradis hurlants, qui font l’Église de France aujourd’hui »

« Heureusement, ce genre de cas n’arrive pas très souvent, mais arrive tout de même », commente Marianne B.-G., membre du Bureau National de David&Jonathan. « Cela ne nous peine mais ne nous surprend pas car le discours de l’Église en France est ambigu : la doctrine dit que l’homosexualité est un problème mais qu’il faut accepter et respecter toutes les personnes. Ce qui s’est passé avec ces femmes montrent que même si le Pape a un discours assez ouvert, il existe des prêtres extrémistes qui ont le droit d’agir ainsi. »

L’association travaille quotidiennement à accompagner l’Église dans une évolution, aussi lente que difficile  : « nous essayons de traiter avec la Conférence des évêques de France, mais aussi à l’échelle locale, dans beaucoup de paroisses, pour qu’ils prennent position contre l’homophobie religieuse », explique la militante qui avait pris position pour la PMA dans les colonnes de Libération. « Il n’y a pas que les tradis hurlants, qui font l’Église de France aujourd’hui, nous sommes beaucoup et nous avons espoir. »

*toutes les actrices de cette histoires ont préféré ne pas révéler leurs noms de famille.

NB : Komitid avait tenté de contacter la paroisse à plusieurs reprises avant publication de ce papier. La rédaction a finalement pu s’entretenir avec le père Leverrier après publication de ce papier. Ces explications sont à retrouver ici.