Immersion au foyer de Palm View, un havre de paix pour les séropositifs précaires d'Hollywood

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Acteurs, costumiers, décorateurs, ils ont connu l’âge d’or à Los Angeles, avant d’être touchés de plein fouet par l'épidémie du sida. Aujourd’hui ils sont une quarantaine, de vieux surtout, de jeunes parfois, à vivre dans une maison, Palm View, grâce à la solidarité du milieu du cinéma. Reportage.

Christopher Morley dans sa chambre avec ses deux chats / © Eugénie Baccot (Divergences)
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Le Hollywood Sign brille fièrement sous le soleil de Californie, tandis qu'en dessous, Los Angeles s'active. Le trafic est dense, as usual, et la foule fourmille comme des globules rouges dans des veines trop étroites. Dans une petite rue très pentue de West Hollywood, l'ambiance est plus calme dans la salle principale de la maison Palm View. Dans une chouette langueur climatisée, une petite vingtaine de messieurs environnés de pots de peinture rigolent de concert et discutent à bâtons rompus autour d'un plateau de fromage industriel. Il y a des vieux messieurs tout endimanchés et des plus jeunes, bodybuildés. Certains ont bossé avec Marilyn, d'autres avec Clooney, tous sont porteurs du VIH et ne roulent pas sur l'or.

Comme tous les jeudis, c'est l'atelier d'arts plastiques qu'anime gracieusement l'actrice extatique Carole Goldman, que l'on a pu voir dans Friends, Urgences, Gilmore Girls ou Malcolm. C'est pour elle un moment important, où les personnes expriment par la peinture, le collage, la sculpture, des personnalités créatives que l'âge ou la maladie ont endolories. Cela fait plusieurs années que la dame assure ces permanences dans l'esprit très américain de « rendre un peu à la communauté » : « j'ai eu des périodes de vaches très maigres et j'étais contente d'avoir les associations et les syndicats pour payer mes loyers en retard, ou me tenir la main ».

Autour du petit buffet où le jus de chaussette coule à flot, il y a Sire* qui a traversé la ville venu exprès pour cette réunion qu'il ne louperait pour rien au monde, « c'est mon moment préféré de la semaine, c'est sympa, la nourriture est délicieuse et puis surtout... c'est safe ». Sire est un grand monsieur à la carrure imposante et au cheveu généreux. Il est chanteur, acteur, artiste et pendant ces deux heures hebdomadaires, a l'impression de respirer. Il participe également à des groupes de thérapie collective. « Les ateliers de Carole, ça m'a donné l'occasion de ressortir mon vieux pinceau (bush) », dit-il tout fanfaron (bush pouvant également qualifier le pubis).

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