Harry Potter à l’école du queerbaiting

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David Yates, réalisateur de la franchise « Les Animaux Fantastiques », a annoncé que l’homosexualité de Dumbledore ne serait pas « explicitement » abordée dans le second volet de la saga. L’occasion, hélas, idéale pour revenir sur le concept de queerbaiting dans la pop culture.

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Dumbledore, le directeur de Poudlard - 2018 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC. / Allociné
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En 2007, J. K. Rowling a fait bondir le cœur des Potterheads de toute la planète en déclarant qu’Albus Dumbledore était gay. Seulement, les sept tomes étaient déjà publiés. Et surtout, ce détail n’est jamais apparu à l’écran dans les trois films qui ont suivi cette annonce. Aussi, les fans de l’univers Harry Potter ont placé de grands espoirs dans la pentalogie Les Animaux Fantastiques, dont J. K. Rowling elle-même écrit les scénarios. En effet, le second film de cette nouvelle franchise (prévu pour le 16 novembre 2018) montrera Dumbledore dans ses jeunes années, auprès de son premier amour (qui deviendra par la suite son ennemi), Gellert Grindelwald, grand méchant du monde magique, bien avant Voldemort.

Mais l’enthousiasme est vite redescendu quand, fin janvier 2018, le réalisateur David Yates a déclaré que la sexualité du futur directeur de Poudlard ne serait pas « explicitement » abordée. Une manière de couper court à toute forme d’optimisme sur le sujet… Tout en maintenant la dose de doute nécessaire qui conduira les foules jusque dans les salles obscures malgré ce choix rageant pour le fandom LGBT+. Vous avez dit queerbaiting ?

Queerbaiting : la potion magique pour booster ses audiences sans prendre de risques

Mais au fait, c’est quoi le queerbaiting ? En bon français on parlera « d'appâter les queers ». D'après Eve Ng, professeure assistante en étude des arts et études de genre à l'Université de l'Ohio qui a écrit sa thèse sur ce thème, c’est une manière d’encourager l’intérêt d’une audience queer pour une œuvre culturelle… Sans jamais confirmer la non-hétérosexualité des personnages qui suscitaient ledit intérêt. En somme, c’est une manière de pinkwasher une œuvre écrite, télévisée, cinématographique, sans se mouiller, ni risquer d’offenser un public conservateur.

Selon Lisa Duggan, professeure d’analyses sociales et culturelles à l’Université de New York, cette pratique est intimement liée à l’hétéronormativité. Une norme hétéro que l’auteure définit ainsi : « Une politique qui ne conteste pas les suppositions et les institutions dominantes hétérosexuelles, mais les maintient en promettant la possibilité d’un contenu gay démobilisé et privatisé, et d’une culture homo ancrée dans la domesticité et la consommation ». Bref, quelque chose qui dessert clairement les personnes LGBT+ dans la manière dont elles sont représentées, voire souvent, crypto-représentées, n’existant que dans une forme de sous-texte.

Non, le queerbaiting n’est pas né du dernier arc-en-ciel

On pourrait croire que le fait de leurrer une communauté de fans LGBT+ dans un récit sans jamais vraiment satisfaire leurs attentes narratives est quelque chose de nouveau. Mais non. Selon les quelques universitaires qui ont écrit sur le sujet, c’est l’héritage d’une époque, pas si lointaine, où la censure était bien plus stricte envers tout ce qui dépassait du rigide cadre de l’hétérosexualisme.

Le public LGBT+ ne saurait plus se contenter des miettes !

Si d’antan, clins d’œil et allusions que seul un œil de concerné.e aurait su interpréter, lire, comme un arc narratif queer étaient suffisantes… Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le public LGBT+ ne saurait plus se contenter des miettes ! Et quand c’est ce qu’on lui sert, il réagit.

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