« Et si après Les Couples imaginaires, on montrait enfin de vrais couples ? »

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Photographe, Simon Lambert explique pourquoi il est temps aujourd'hui d'aller au-delà d'une représentation fantasmée des couples de même sexe portée par des hétéros qui « jouent à l'homosexuel ».

Simon Lambert est photojournaliste et membre de l’Association des journalistes LGBT (AJL). Comme beaucoup de personnes, la photo de Laura Flessel et de Marlène Schiappa prise par Olivier Ciappa qui a été révélée à l’occasion du 17 mai, l’a fait réagir. Ce nouveau cliché fait partie des Couples imaginaires, projet qui met en scène des couples gays ou de lesbiennes incarnés par des personnes célèbres. Selon le photographe, si cette démarche artistique a eu son utilité il y a quelques années, il est désormais temps d’avoir une véritable visibilité pour les couples de même sexe.

Si Les Couples Imaginaires me gêne, c’est qu’à partir du moment où on l’on souhaite parler d’une catégorie de personnes sans la mettre en avant, sans la représenter, il y a un problème.

Pourquoi aller chercher des gens qui ne sont pas homosexuels pour les représenter en homosexuels ?

En tant que photographe, si je m’attaque à un projet sur les personnes trans, je vais d’abord m’adresser à elles et me documenter. Tout en gardant une liberté de propos, il est toujours intéressant de demander aux personnes concernées comment elles veulent être représentées. Je vais discuter du processus et de la mise en oeuvre avec elles. Ne pas poser la question aux personnes concernées, c’est déjà problématique. L’exemple que j’ai, c’est que je n’imaginerais pas ce type de projet avec des mecs déguisés en femmes en disant « regardez, ce sont des femmes trans », ou avec des personnes blanches déguisées en personnes noires. On ne ferait pas un projet photographique sur les Roms sans montrer les Roms. Alors pourquoi aller chercher des gens qui ne sont pas homosexuels pour les représenter en homosexuels ? Donner la parole aux personnes concernées, c’est aussi ça, la responsabilité d’un artiste. On nous répondra que l’artiste fait bien ce qu’il veut mais en attendant, Les Couples Imaginaires a tout de même une portée qui se veut militante.

On sait que c’est un projet qui joue aussi sur la célébrité des gens et leur pouvoir de peopolisation… mais quand on sait quelle est la difficulté de faire son coming out dans les milieux médiatiques, quand on sait qu’il y a beaucoup de personnalités en politique qui sont dans le placard, pour moi, cela relève de l’hypocrisie. Cette mise en scène, cette idée de « jouer à l’homosexuel », c’est hypocrite. Ils sont mignons, ces « couples imaginaires », dans leur lit ou dans leur bain mais en sortant de la séance photo, ils ne subissent pas de discriminations et d’actes homophobes.

C’est un projet mignon, mais est-ce que les projets mignons ont vocation à faire bouger les lignes ?

Je reconnais que Les Couples imaginaires ont eu un écho. On en a beaucoup parlé, c’est un projet artistique qui est visible, et qui a subi des dégradations, du vandalisme. Cela a mis en avant la violence des réactions homophobes. Malgré tout, je le vois comme un projet maladroit. Je ne suis pas sûr que cela serve les gens qui subissent des discriminations. A-t-on besoin de personnes qui jouent à l’homosexuel ? C’est un premier niveau de visibilité qui me semble dépassé, car les gens sont de plus en plus sensibles à la démarche de faire parler les personnes concernées. Il y en a partout, des homosexuels, pas besoin d’aller en chercher chez les hétéros ! Je pense que c’est un peu désuet comme manière de faire. C’est très consensuel, ça ne soulève pas grand chose comme problème. C’est un projet mignon, mais est-ce que les projets mignons ont vocation à faire bouger les lignes ? Je ne crois pas.

Propos recueillis par Maëlle Le Corre.