En Malaisie, un concours pour convertir ses ami.e.s LGBT+

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Une grande université basée dans l'île de Penang, au nord de Kuala Lumpur, propose un concours à celles et ceux qui parviendraient le mieux à hétéroïser leurs ami.e.s.

Jonathan Youssef / Unsplash
Jonathan Youssef / Unsplash

Une association étudiante de l’Université de Sciences de Malaisie (Universiti Sains Malaysia, alias USM, pour les intimes), a proposé en mars dernier un concours d’un genre nouveau. La compétition de création de campagnes d’affichage et de vidéos avait pour vocation d’«  inciter les ami.e.s qui ont un désordre dans leurs orientation sexuelle à retourner à leur vraie nature, d’une façon qui en vaille la peine ». Il était proposé dans le cadre d’un forum de propagande LGBTphobe, intitulé « Back to Fitrah » (traduisible par retour à la nature).

Abdul Hadi Radzi, un étudiant en anglais de deuxième année, est l’un des organisateurs de l’événement. Il a expliqué à NBC News que le but du concours n’était pas de discriminer les personnes LGBT+, bien au contraire, mais de les « atteindre » pour les « aider ». Il reprend là un argument rebattu dans les thérapies de conversion à travers le monde. «  Nous essayons d’éduquer ces personnes. (…) C’est notre projet, corriger les LGBT. Pas les persécuter, ni les condamner », a affirmé l’étudiant. En Malaisie, si l’orientation non-hétérosexuelle est taboue, la démarche de conversion des personnes LGBT+ a un nom : « menyantuni LGBT ».

 

« Reconnaître un gay »

Thilaga Sulathireh, fondatrice de l’association de défense des personnes trans Justice for Sisters n’a pas été étonnée par ce concours estudiantin. Au micro de NBC, elle a confirmé que la démarche « menyantuni LGBT » ralliait de nombreux acteurs LGBTphobes derrière elle, et que cet événement était une énième démonstration de force du pouvoir et de la religion contre les droits humains.

Ce concours arrive dans un contexte national, profondément hostile aux personnes LGBT. En février 2018, le quotidien Sinar Nasional avait publié un article proposant à son lectorat des clés pour « reconnaître un gay ». Toute ressemblance avec un fait réel est évidemment pure coïncidence car selon le journal, les hommes gays aimeraient les barbes, les fringues de marques et les salles de sport. Les lesbiennes n’étaient pas en reste : elles auraient l’habitude de se prendre dans les bras et de diminuer les hommes et leurs succès. L’article s’accompagnait d’un long entretien du prêcheur Hanafiah Malik qui s’inquiétait d’une prétendue hausse des personnes LGBT+ dans son pays, raz de marée qui devait être « arrêté ».

Selon un rapport de Human Rights Watch paru l’année dernière, la Malaisie est toujours une nation hostile aux droits des personnes LGBT+. « De nombreuses lois et règles attribuées à la Sharia et prohibant que les « hommes se conduisent comme les femmes », les relations sexuelles entre femmes et entre hommes criminalisent dans les faits les personnes LGBT ».