Nicolas Sarkozy sur l’ouverture du mariage et l’homoparentalité: Réactions

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Depuis hier, les réactions d'associations et de politiques se multiplient sur les déclarations de Nicolas Sarkozy au «Figaro Magazine». Parmi elles, celle de GayLib, qui retire son soutien au chef de l'État.

Depuis hier, les réactions d’associations et de politiques se multiplient sur les déclarations de Nicolas Sarkozy au Figaro Magazine.

Pour l’Inter-LGBT, le président de la République, «toujours probable candidat UMP à l’élection présidentielle», fait preuve d’un «manque flagrant de courage politique (…) face à la frange la plus conservatrice de son camp». «Une campagne présidentielle peut être pour les candidats, l’occasion de progresser sur des questions sur lesquelles ils étaient en retrait, voire défavorables», écrit l’interassociative dans son communiqué, citant les exemples de Dominique de Villepin sur le mariage et François Bayrou sur l’homoparentalité.

À la veille de son débat sur l’homoparentalité, l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL) «s’indigne des propos» de Nicolas Sarkozy, qui viennent «confirmer la ligne directrice qui a guidé son quinquennat sur le sujet. Cinq années durant lesquelles les familles homoparentales et leurs enfants ont été les victimes des discriminations et du déni de droit voulus par les plus hautes instances de la République».

Le Collectif contre l’homophobie (CCH), pour sa part, remarque que «la vie privée [de Nicolas Sarkozy] est loin d’être conforme à une hypothétique norme qu’il voudrait imposer aux Français». «Nicolas Sarkozy prend acte de l’existence des familles homoparentales mais refuse de les voir prises en compte par la loi, souligne le CCH. C’est là la marque de son mépris pour des centaines de milliers d’hommes et de femmes qui élèvent un enfant ou aspirent à le faire dans le cadre d’une famille homoparentale. Plus grave encore, Nicolas Sarkozy semble abandonner sine die la promesse non tenue, de sa campagne de 2007, de créer un statut du beau parent. (…) Par pur calcul électoraliste, le candidat de l’UMP maraude sur les terres du Front national et semble donner des gages à Christine Boutin pour obtenir le retrait de sa candidature à l’élection présidentielle. Dont acte!»

Côté politique, Gilles Bon-Maury, président d’Homosexualités et socialisme (HES) et chargé des questions LGBT au sein du pôle thématique Questions sociétales de l’équipe de campagne de François Hollande, cite «la formule restée fameuse» par laquelle le président de la République annonçait son 3e mariage: «Avec Carla, c’est du sérieux». «C’est précisément parce que l’institution du mariage civil est essentielle que la République doit l’ouvrir à tous, sans discrimination, affirme Gilles Bon-Maury. L’amour homosexuel n’est pas moins sérieux que l’amour hétérosexuel. En répondant que les familles homoparentales qui existent “ne (l)’amènent pas à penser qu’il faudrait inscrire dans la loi une nouvelle définition de la famille”, Nicolas Sarkozy choisit de maintenir ces familles à l’écart de la République, et de les priver de la protection que le droit civil accorde aux familles hétéroparentales. François Hollande s’est engagé à lutter contre toutes les discriminations. Le 31e de ses 60 engagements est clair: “J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels”. L’opinion publique française y est favorable. Nos voisins belges et espagnols, et beaucoup d’autres, ont montré l’exemple. Il est temps.»

«Le chef de l’Etat/candidat est opposé à tout sur les questions de société, estime pour sa part Jean-Luc Romero, président d’ELCS, de l’ADMD et du Crips Ile-de-France et conseiller régional d’Ile de France. Tout simplement et sans complexes! Contre le droit de vote des étrangers, contre l’ouverture du mariage aux homosexuels, contre l’adoption par les LGBT, contre l’euthanasie, etc. Cette interview sonne le retour à cette droite dure qui ne comprend rien au monde contemporain et qui ne voit pas les évolutions de la société. Incontestablement, le positionnement du chef de l’État est en décalage total par rapport aux attentes des Français: les sondages montrent sans ambiguïtés que les mentalités n’ont pas cessé d’évoluer depuis dix ans dans notre pays et que les gens sont de plus en plus ouverts à l’autre.»

Quant à GayLib, son président, Emmanuel Blanc, a indiqué à l’AFP qu’il ne pouvait pas «engager [son] mouvement derrière un candidat qui ne porte pas nos valeurs» (lire aussi Gaylib ne soutiendra pas Nicolas Sarkozy! sur le blog E.D.H.).

À noter par ailleurs: un sondage TNS Sofres réalisé pour l’émission CQFD sur i>Télé indique qu’«à la question “êtes-vous favorable ou opposé au mariage entre homosexuels”, 47% des Français interrogés répondent favorablement contre 37% négativement. Il existe un véritable clivage sur ce sujet puisque 61% des moins de 50 ans sont favorables au mariage entre homosexuels alors que 51% des 50 ans et plus y sont opposés. De la même manière, 71% des sympathisants de gauche sont favorables au mariage entre homosexuels, alors que 63% de sympathisants de droite y sont opposés, dont 42% tout à fait opposés».

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Photo European People’s Party