Opinions & Débats: « Contre nature », par Gilles Bon-Maury, président d’HES (Homosexualités et socialisme)

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Gilles Bon-Maury, le président d'HES (Homosexualités et Socialisme) revient sur l'autre événement de l'université du PS à La Rochelle, un débat très important sur la gestation pour autrui, avec une proposition de loi à la clé.

Gilles Bon-Maury, le président d’HES (Homosexualités et Socialisme) revient sur l’autre événement de l’université du PS à La Rochelle, un débat très important sur la gestation pour autrui, avec une proposition de loi à la clé.

« CONTRE NATURE », PAR GILLES BON-MAURY

Qu’on se le dise: à l’université d’été du PS, on ne parle pas que des ambitions personnelles. On y parle aussi du fond, des valeurs de gauche, des difficultés que rencontrent les Français, des déséquilibres du monde, et de l’évolution de la société. Chaque année, HES y prend la parole pour débattre de ses propositions avec les 4000 militants et élus socialistes qui sont présents.

Cette année, HES a choisi d’y organiser un débat consacré à la gestation pour autrui (GPA). Le PS est partagé depuis longtemps sur le sujet. L’objectif était d’abord d’ouvrir le débat, pour faire valoir nos arguments, et pour convaincre. Or c’est un débat qui n’est pas facile à ouvrir. Les positions des uns et des autres semblent inconciliables. Après avoir déposé la contribution d’HES dans le cadre des états généraux de la bioéthique, dans laquelle nous nous sommes prononcés pour la dépénalisation de la gestation pour autrui en France, en proposant un encadrement strict par les pouvoirs publics, notre objectif est de convaincre les socialistes.

Nous avons donc demandé à Pouria Amirshahi, secrétaire national du PS chargé des Droits de l’Homme, Michèle André, présidente de la Délégation du Sénat aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, Laure Camborieux, présidente de l’association MAIA, Sylvie Mennesson, coprésidente de CLARA, et Sylvain Rolland, référent GPA pour l’APGL, de confronter leurs arguments, leurs travaux et leurs témoignages.

Bonne nouvelle: Michèle André, l’ancienne secrétaire d’État aux Droits des femmes qui a présidé le groupe de travail du Sénat sur la maternité pour autrui, a annoncé sa volonté de poursuivre son travail en déposant une proposition de loi. Cette proposition fera écho aux propositions qui figurent dans le rapport qu’elle a rendu en juin 2008. C’est-à-dire qu’elle visera à légaliser, en l’encadrant, la gestation pour autrui en France. La question de l’ouverture de la gestation pour autrui aux familles homoparentales reste posée, dans la mesure où la majorité du groupe de travail du Sénat avait écarté cette hypothèse.

Des avancées progressives
HES a abordé cette question en travaillant pour la reconnaissance des familles homoparentales. Parce que la gestation pour autrui compte parmi les différentes formes de parentalité ouvertes aux couples de même sexe. Nous avons d’abord travaillé pour que les socialistes soient favorables à l’ouverture de l’adoption aux couples de même sexe. C’est chose faite depuis le projet du PS pour 2007. Nous avons travaillé pour que les socialistes soient favorables à l’ouverture de l’insémination par donneur à toutes les femmes. Ils ont repris cette proposition à leur compte en janvier 2008. Nous avons longtemps débattu pour déterminer notre position à l’égard de la dépénalisation de la gestation pour autrui. Nous y sommes aujourd’hui favorables et nous travaillons pour convaincre les socialistes.

Ce travail nous a conduits à rencontrer des militants avec lesquels nous n’avions pas l’habitude de parler. Les associations qui défendent les intérêts des couples infertiles nous ressemblent assez, à vrai dire, dans leur volonté de lutter contre les dogmes. Le seul fait que ces associations aient accepté sans hésiter de travailler avec nous doit être salué. Toutes les associations familiales n’ont pas le réflexe de reconnaitre les familles homoparentales.

Le débat « pour ou contre » la gestation pour autrui concerne d’abord les militants LGBT parce qu’il oppose un ordre naturel, c’est-à-dire un ordre moral, à une revendication de liberté et d’émancipation. Il s’agit de dire si, oui ou non, une femme est nécessairement la mère de l’enfant qu’elle porte. Il s’agit de définir la place de la biologie dans le cadre dans lequel la société entend protéger les familles. Il s’agit de définir de nouvelles frontières à ces familles.

Le débat sur la nature de l’encadrement qu’il est nécessaire d’imposer pour écarter les risques de marchandisation du corps humain ne doit pas occulter cet enjeu: le poids de l’ordre moral, de l’ordre naturel, dans l’organisation des familles. Lutter contre les discriminations qui pèsent sur les personnes en fonction de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre, c’est revendiquer le droit des individus de s’émanciper de leur condition telle qu’elle leur a été dictée par la nature. La question de la gestation pour autrui rejoint donc le cœur de nos combats.