Usage des autotests du VIH: Lancement de l’enquête Webtest auprès des gays

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  David Friboulet (photo ci-dessus), chargé de recherche à Maison Blanche, à Paris, est responsable de l'enquête Webtest, lancée depuis le 3 mars, et financée par l'Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS). Ce questionnaire en ligne vise à mieux connaître l'usage éventuel que les gays et les hommes ayant des relations sexuelles avec […]

 

David Friboulet (photo ci-dessus), chargé de recherche à Maison Blanche, à Paris, est responsable de l’enquête Webtest, lancée depuis le 3 mars, et financée par l’Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS). Ce questionnaire en ligne vise à mieux connaître l’usage éventuel que les gays et les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) font des autotests, ces tests de dépistage du VIH, interdits à la vente en France, mais facilement disponibles sur internet. David Friboulet nous explique pourquoi cette enquête est capitale.

Que sait-on de ces autotests de dépistage du VIH?
Ils sont commercialisés sur internet depuis plusieurs années et très faciles à acheter. Les enveloppes arrivent souvent de Hong Kong. La première question que l’on peut se poser est est-ce qu’ils sont fiables, puisqu’ils ne sont pas aux normes européennes? Aux États-Unis, en Grande Bretagne, partout, ils sont interdits et il n’existe donc pas d’étude sur leur utilisation et leur fiabilité.

L’enquête Webtest ne vise pas à promouvoir les autotests, mais elle devrait permettre de montrer si des gens les utilisent dans la gestion de leur santé et de leur sexualité, et notamment des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), qui généralement se dépistent plus. Selon les résultats de cette étude, elle pourra être élargie à d’autres populations. L’ANRS, qui finance cette enquête, veut savoir si cette usage existe et si oui, quelles sont les motivations des gens à y avoir recours et comment mieux l’accompagner et mieux informer les utilisateurs de ces tests. J’ai découvert ainsi que souvent, les notices sont en anglais et que cela peut poser des problèmes de manipulation et d’interprétation, notamment au vu de la connaissance ou non de la fenêtre de séroconversion après une prise de risque. L’étude cible prioritairement les HSH, elle sera promue sur les principaux sites de rencontre et d’information gay, mais si des femmes ou des transgenres souhaitent y répondre, ce sera possible.

Comment vous est venue l’idée de proposer cette enquête à l’ANRS?
L’idée de cette étude est venue de la généralisation des autotests aux États-Unis, mais avec un rendu des résultats et un counselling par téléphone. La personne peut pratiquer le test commandé sur internet, mais elle doit l’envoyer à un laboratoire, qui lui donne un code personnalisé pour la délivrance du résultat. Il y a donc un accompagnement et une vérification de la manipulation du test. Ce n’est pas la même problématique. C’est encore dangereux et prématuré de vouloir la mise en vente libre des autotests, comme j’ai pu l’entendre récemment.

Quelle est la méthode employée pour cette étude?
Nous avons préparé notre questionnaire en inventant des questions sur l’usage des autotests mais aussi en nous inspirant des questions qui existent dans les enquêtes Net Gay, Baromètre gay et Enquête presse gay ainsi que dans la Cohorte gay de Philippe Adam. De même, des questions issues d’enquêtes américaines sur les pratiques sexuelles et l’homophobie internalisée ont été traduites pour pouvoir comparer les réponses. C’est bien de savoir si les gens ont utilisé ou non les autotests, de connaître leur opinion, ainsi que le profil socio-démographique et psychosocial des utilisateurs de ces tests.

Quels sont les objectifs de Webtest?
Les objectifs sont de savoir si les gays et les HSH connaissent les autotests, s’ils les ont utilisé, quels ont été les problèmes qu’ils ont rencontrés dans l’utilisation. Puis, plus précisément, quel a été le résultat du test, comment ils l’ont vécu, que le test fut positif ou négatif. Autre question: est-ce que le test a été confirmé (et comment) ou sont-ils allés directement voir un médecin? Nous voudrions savoir aussi quelles sont les motivations à utiliser l’autotest par rapport au dispositif classique de dépistage en France, CDAG et laboratoires de ville.

Que disent les enquêtes étrangères sur ce dernier point?
Les enquêtes américaines pointent trois motivations principales chez les utilisateurs des autotests: la rapidité, l’aspect pratique et la confidentialité, et l’anonymat dans le rendu des résultats. Va-t-on retrouver ces trois critères? C’est une des questions que l’on se pose.

Avez-vous déjà des hypothèses quand à l’intérêt que certains pourraient trouver dans l’utilisation de ces autotests?
Parmi les hypothèses que l’on va valider ou non: celui qui utilise les autotests n’a peut-être pas envie de parler de sa sexualité, ou de sa santé à quelqu’un; il est peut-être inquiet par rapport à ses prises de risque ou il a envie d’être rassuré vis-à-vis du statut de son partenaire.

Quand devriez-vous avoir les premiers résultats?
Notre recherche se déroule en deux temps. Pendant deux mois, l’enquête est en ligne sur des sites d’informations communautaires et identitaires gay et des sites de rencontres. En parallèle de cette enquête, les cinquante premiers répondants qui auront déclaré avoir utilisé des autotests se verront proposer un entretien en ligne, totalement anonyme, pour discuter plus profondément et librement avec un chercheur. L’analyse des données devrait s’achever en août ou septembre prochain.

Propos recueillis par Christophe Martet

Pour accéder à l’enquête Webtest, vous pouvez cliquer sur l’image ci-dessous.