Ouganda: Le président Museveni s’oppose à la persécution des homos… et à la promotion de l’homosexualité
Dans une interview à la BBC, le président ougandais a reconnu l'existence de l'homosexualité en Afrique noire. Un changement à 180°!
L’émission s’appelle Hard Talk sur la BBC, et elle porte bien son nom. Le journaliste Stephen Sackur a l’habitude d’y «cuisiner» ses invité-e-s, comme peu de confrères et consœurs français-e-s le feraient. Même si l’invité s’appelle Yoweri Museveni, président de l’Ouganda depuis 1985. Pendant trois bonnes minutes (sur une heure d’émission), Stephen Sackur a interrogé le chef d’État sur la situation des personnes homosexuelles en Ouganda. Et les réponses de Museveni tranchent avec son discours habituel.
«LES HOMOSEXUELS ONT TOUJOURS EXISTÉ EN AFRIQUE NOIRE»
Celui qui il y a quelques années encore expliquait qu’il n’y avait pas d’homos en Ouganda fait un virage à 180 degrés. «Les homosexuels ont toujours existé en petit nombre en Afrique noire, affirme-t-il. Ils n’ont jamais été persécutés, ils ne faisaient pas l’objet de discriminations, mais on n’en faisait pas la promotion non plus.» Pour la première fois, Museveni reconnait l’existence de l’homosexualité dans son pays. Mais il souligne la différence avec le monde occidental: «La différence entre l’Afrique et l’Europe occidentale, c’est sur la promotion de l’homosexualité, comme si c’était quelque chose de bien».
Puis le président entre un peu plus dans les détails, pour préciser l’attitude traditionnelle face à l’homosexualité: «Ce qui se passait dans notre société traditionnelle c’est que les homosexuels étaient connus, les gens ne l’approuvaient pas mais c’était ignoré. Cela faisait partie de leur vie privée».
«JE NE SOUTIENS PAS LA PROMOTION DE L’HOMOSEXUALITÉ»
Stephen Sackur l’interroge alors sur la proposition du député ougandais David Bahati, qui renforcerait considérablement les peines de prison (jusqu’à la prison à vie) contre les homosexuels. Là encore, la réponse du président ougandais tranche en partie avec ses déclarations précédentes: «Mon point de vue est que je ne soutiens pas la promotion de l’homosexualité, mais je ne soutiens pas la persécution ou la discrimination des homosexuels, ce que n’a jamais fait notre société. Nous ne les avons jamais discriminés, nous ne les avons jamais marginalisés». Sur cette dernière affirmation, le président a évidemment tort puisqu’il y a un an, l’activiste gay David Kato a été tué et que les homos sont régulièrement persécutés en Ouganda.
Stephen Sackur lui demande s’il bloquerait la loi appliquant des peines de prison à vie. Museveni répond: «Cela dépend à quoi cela correspond. Si c’est pour punir ceux qui essaient de recruter des jeunes enfants pour devenir homosexuels en les payant, avec l’argent de l’Occident, ou en usant de la force. C’est là le problème. Et je ne l’aimerais pas».
Cette déclaration du président Museveni est en tout cas assez nouvelle dans la bouche d’un chef d’État africain. L’appel vibrant d’Hillary Clinton à défendre les droits LGBT, prononcé à la tribune des Nations Unies le 6 décembre dernier, le combat courageux des militants homos en Ouganda, commenceraient-ils à porter leurs fruits? L’avenir de la proposition de loi ougandaise nous le dira.
Photo BBC
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