Pussy Riot: le procès du collectif féministo-punk s’ouvre aujourd’hui à Moscou
Des membres du collectif sont accusées de hooliganisme pour avoir participé à une «prière punk» anti-Poutine.
Depuis l’inculpation d’une troisième membre supposée du collectif féministo-punk, les marques de mobilisation, en Russie comme de par le monde, se sont multipliées pour dénoncer la détention de Nadézhda Tolokonnikova, Maria Alekhina et Ekaterina Samoussevitch.
Les trois jeunes femmes sont accusées d’avoir participé à la «prière punk» du groupe Pussy Riot devant l’autel de la Cathédrale du Christ Saint-Sauveur le 21 février 2012. Un blasphème pour certains, un geste de défi contre la politique de Vladimir Poutine pour d’autres, qui aujourd’hui se mobilisent pour obtenir la libération des trois accusées. Incarcérées depuis plus d’un mois, elles ont entamé une grève de la faim. Alors que l’audience avait été prévue le 24 avril, elle a finalement été avancée au 19.
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Plusieurs manifestations de soutien sont prévues dans le monde entier. À Paris, une flash mob devait avoir lieu à 11 heures au Trocadéro, au moment où devait débuter l’audience. À Moscou, un festival de soutien avec concerts et lectures de poèmes rassemblant sympathisants et personnalités artistiques russes se tient devant le tribunal où a lieu le procès. Hier, l’un des avocats des jeunes femmes, Nikolai Polozov, a déclaré à Interfax que l’enquête, habituellement limitée à deux mois, avait été prolongée, l’agence du maintien de l’ordre ayant échoué à mener celle-ci dans le délai imparti. Les avocats des jeunes femmes vont donc demander leur remise en liberté, le temps que celle-ci soit achevée.
BLASPHÈME
Si leur happening en plein cœur d’un lieu saint a choqué les croyant-e-s, une partie d’entre eux/elles remettent aussi en cause la sévérité de la peine qu’elles encourent pour cette provocation. Alors que Vselodov Chaplin, le porte-parole de l’Église Orthodoxe avait affirmé que les Pussy Riot ne devaient pas faire l’objet d’une condamnation trop sévère, il a par la suite rejoint la position du patriarche Kirill, le chef de l’Église Orthodoxe, et a lui aussi fermement condamné l’action du collectif. «Alors que l’Église Orthodoxe avait réclamé l’indulgence pour Pussy Riot, Vladimir Poutine a condamné leur action, explique à Yagg le militant Yaroslav Nikitenko. Cela montre clairement pourquoi l’Église a changé d’avis et que ce procès a lieu parce qu’elle chantaient contre Vladimir Poutine. L’Église est juste un instrument de Poutine pour faire une condamnation publique du Pussy Riot».
SEPT ANS DE PRISON
Nadézhda Tolokonnikova, Maria Alekhina et Ekaterina Samoussevitch risquent sept ans de prison pour hooliganisme. Début avril, Amnesty International a reconnu le statut de prisonnières d’opinion aux trois détenues et a réclamé leur libération immédiate. Alexander Cherkasov, coordinateur au Centre des Droits de l’Homme de l’ONG Mémorial a lui aussi réagi aux peines démesurées que risquent les accusées: «Regardez ce qu’elles ont fait et ce que dit le Code Pénal. Pour que cela soit une sanction pénale, elles auraient dû vandaliser la propriété, user d’une arme, utiliser la violence, ou menacer d’y avoir recours.» Selon une enquête d’opinion publique, seulement 10% de la population russe juge qu’une peine de prison est nécessaire pour le happening du groupe dans la Cathédrale du Christ Saint-Sauveur.
[mise à jour 16h]: Selon The Moscow Times, des interpellations ont eu lieu lors de la manifestation de soutien au Pussy Riot qui se tenait cet après-midi à Moscou. Cinq personnes auraient été emmenées par la police. Sur Twitter, un des avocats des jeunes femmes, Nikolai Polozov, a annoncé que l’une des accusées, Nadézhda Tolokonnikova restera en détention jusqu’au 24 juin.
[mise à jour 16h50]: Nikolai Polozov vient d’annoncer sur Twitter que la détention de Maria Alekhina est elle aussi prolongée jusqu’au 24 juin.
[mise à jour 17h45]: Nikolai Polozov vient d’annoncer sur Twitter que la troisième membre présumée des Pussy Riot, Ekaterina Samoussevitch, restera elle aussi en détention jusqu’au 24 juin.
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