Fiodor Dream Dog: «Chacun.e peut se reconnaître dans le mot “queer”»

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Avant de la voir sur scène pour le festival Loud & Proud le 3 juillet, rencontre avec l'«étrange» Fiodor Dream Dog…

Elle fait partie des quelques artistes français à avoir le privilège d’être à l’affiche du premier Loud & Proud, qui commencera le 2 juillet prochain à La Gaîté Lyrique, mais aussi au Lieu Unique à Nantes et au Sucre à Lyon. Fiodor Dream Dog, de son vrai nom Tatiana Mladenovitch, y sera en live, l’occasion de découvrir sa pop mélancolique toute en subtilité. Interview.

TOUT LE MONDE IL EST QUEER
Tatiana Mladenovitch se dit «très touchée et heureuse» de faire partie de la très belle programmation du festival: «Le terme queer possède une force insoupçonnée car il signifie au départ, simplement “étrange”, poursuit-elle, et ce mot est connu et compris de tous.

«Chacun.e peut se reconnaître dedans, dès lors qu’il/elle se sent déplacé.e en regard de ce qu’on attend de lui dans la société normative, et on est étrange pour les autres, pas pour soi-même.

«Un homme blanc hétérosexuel ne se reconnaissant pas dans le profil battant et productif qu’on lui aura inculqué se retrouvera aux côtés d’une femme arabe souhaitant entrer à l’E.N.A, elle-même aux côtés d’un homosexuel noir et père… Jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que le terme “queer” désigne en réalité… la majorité!» Un festival comme le Loud & Proud a donc pour elle toute sa raison d’être: «Il est important de créer des événements dans lesquels chacun, avec son histoire propre puisse établir un lien jusqu’ici flou, entre lui et tous les autres, religions, cultures, croyances, sexualités et amours confondues!»


©Micky Clément

HUMAINE AVANT TOUT
En 2010, Yagg avait déjà croisé la route de Fiodor Dream Dog pour son album I lose things. À l’époque, l’étiquette de «rockeuse lesbienne» n’était pas trop au goût de l’artiste. On la sent peut-être plus à l’aise aujourd’hui avec celle de «queer», justement: «Je me souviens, oui de cette question, et de ma réponse. En effet, je me définirai toujours plus comme étant une personne humaine de double culture française et yougoslave, réellement de gauche, athée, musicienne. Homosexuelle, je le suis et ne le cacherai jamais, mais la question de la sexualité est privée et intime, et fait naître dans les esprits tordus des images qui nous éloignent du débat réel, celui sur l’égalité. Queer me va mieux, alors, dans un sens.» Du côté des modèles et des inspirations, Tatiana Mladenovitch se sent davantage proche de ceux et celles «qui ont fait ou font avancer le débat sans le savoir». Ce sont les noms de Rosa Parks, «femme noire qui refusa de se lever pour laisser sa place à un homme blanc dans un bus américain», ou de Gandhi, «qui mourut pour s’être rangé du côté des faibles en leur apprenant à désobéir», qu’elle cite spontanément. «Plus récemment, et plus proche de nous, Christiane Taubira est partout là où elle dérange…» Pas des queers, donc, mais des personnes résolument à contre courant.

JAMAIS SEULE
Batteuse de formation, on connait aussi Tatiana Mladenovitch pour ses collaborations avec The Aikiu ou Bertrand Belin. Aux commandes de Fiodor Dream Dog, que lui procure finalement cette indépendance? «La chose est venue naturellement, après beaucoup de folles collaborations très variées et passionnantes, j’ai eu envie de chanter. Mon premier instrument est la batterie, et un ami-collaborateur m’a gentiment offert une guitare et m’a appris les bases… et ensuite, trois albums! Mais l’indépendance dont il est question ne me vient pas particulièrement du fait d’avoir mon propre projet, je crois que je l’ai toujours portée en moi, et même si mon travail avance bien et suit son chemin, je ne me passerais pour rien au monde de jouer de la batterie avec d’autres, pour des projets excitants et fous!» Best, son dernier album, est sorti le 20 avril 2015. Un disque délicatement imprévisible qui fait passer par une foule d’émotions différentes, et empreint d’une mélancolie étrangement agréable: «C’est d’une certaine manière le propre de la mélancolie! Une forme de tristesse, mais que l’on a plaisir à convoquer, qui nous aide à puiser dans ce qu’on a de profond autant que dans ce qu’on a de dérisoire. Un chant mélancolique reste un chant. Une danse sur ce chant reste une danse et le tout appelle la joie. À plusieurs c’est encore mieux!»

Voir ou revoir le clip de Ben, extrait de l’album Best:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Fiodor Dream Dog – Ben (official video)

Fiodor Dream Dog sera à la Gaîté Lyrique le vendredi 3 juillet.