« Fluide », la série d’Arte qui explore et déconstruit la sexualité
La série « Fluide » sur Arte.tv bénéficie d’une écriture drôle et efficace qui manie avec légèreté des sujets complexes.
« Il faut qu’on parle ! ». Ce n’est jamais une phrase qu’on a plaisir à entendre de l’être aimé. Et Léo, trentenaire parisien en couple avec Emma, s’attend au pire. Mais pour Emma, il n’est pas question de rupture ou même de doute sentimental. Non, elle est juste devenue obsédée par l’idée d’expérimenter le sexe avec une autre fille, séduite par Anaïs, l’une des sous-traitantes de la pharmacie dans laquelle elle travaille.
Léo montre son incompréhension et se réfugie derrière des questionnements « T’es devenue lesbienne ? T’es bie ? C’est quoi l’idée ? »
Partant de cet échange sur la possibilité d’expérimenter des territoires nouveaux en termes de sexualité et de désirs, les dix épisodes de sept minutes de Fluide, disponibles sur le site d’Arte, vont suivre les répercussions sur deux couples d’amis.
Léo fait de la BD avec son pote et collègue Waël qui est lui en couple avec Esther, jeune prof et meilleure amie d’Emma. Les deux dessinateurs décident d’accepter de concert de bousculer leurs habitudes et se mettent au défi de raconter cette expérience dans leur prochain album. L’occasion pour chacun des membres de ce quatuor très « bobo parisien » d’interroger ses désirs, ses blocages et ses frustrations et d’imaginer une vie sexuelle qui les sortent de leur zone de confort. La remise en cause est violente (« Le missionnaire que je t’inflige, il t’a provoqué combien d’orgasmes ? » s’inquiète Waël) mais ouvre le champ des possibles.
Les défis vont crescendo : de faire l’amour avec la lumière allumée et sans se brosser les dents avant à la recherche de l’orgasme prostatique en passant par l’échangisme ou le plan à trois. Mais ce qui rythme cette série aux épisodes courts et enlevés, ce sont les débats plus profonds qu’elle ouvre que ce soit en termes de déconstruction de la sexualité et l’appréhension des désirs multiples ou la possibilité de découvrir des territoires fantasmagoriques nouveaux tout en étant en couple et profondément amoureux.
Personnages un peu attendus
Si les personnages sont un peu attendus et sans doute assez proches de la cible envisagée de cette série, leur évolution est toujours surprenante et les comédien·nes y apportent ce qu’il fallait d’intelligence et d’impertinence pour qu’ils sortent du portrait-robot sociologique passe-partout habituellement servi. La série bénéficie d’une écriture drôle et efficace qui manie avec légèreté des sujets complexes sans jamais vouloir simplifier les choses à la manière d’un test idiot de magazine.
La vision des relations amoureuses et de la sexualité des trentenaires est plutôt juste, jamais plaquée, et ouverte à l’altérité. La série parvient à surprendre à chaque épisode comme celui dans lequel Léo se rend compte de la « monstruosité » de ses parents qui se permettent de vivre leur vie intensément et égoïstement.
La fin de la série est très clairement surprenante, voire réjouissante notamment dans son traitement inhabituel, et donne très envie d’une saison 2 !