Dix ans du mariage pour tous·tes : qu'est devenu le « club des 6 anti-égalité des droits » ?

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Pour les 10 ans du mariage pour tous·tes, zoom sur la suite de la carrière des six députés d'opposition qui avaient fait de l'homophobie leur fonds de commerce lors des débats.

Philippe Meunier, Philippe Gosselin, Jen-Frédéric Poisson, Xavier Breton, Marc Le Fur et Hervé Mariton - DR
Philippe Meunier, Philippe Gosselin, Jen-Frédéric Poisson, Xavier Breton, Marc Le Fur et Hervé Mariton - DR

À l’Assemblée nationale, ils étaient sur le devant de la scène, profitant de chaque occasion qui se présentait à eux pour faire entendre leur colère et leur indignation à l’idée de mariages entre personnes de même sexe. À coups de propos violents, dangereux, et éminemment discriminants, d’amendements à la pelle et d’alliance douteuses, toutes les armes leur semblaient bonnes pour protéger leur système hétéronormé et douillet des « méchants homosexuel·les » qui voulaient convoler en justes noces.

Alors, dix ans après leur combat acharné contre l’égalité, que sont devenus ces six hommes politiques très présents durant les débats en 2013 ? Où en sont leurs carrières ?

Xavier Breton

Lors des débats sur le mariage pour tous, Xavier Breton faisait parler de lui pour avoir qualifier les députés socialistes de « talibans du progrès ». Depuis 2012, il est constamment réélu au poste de député de l’Ain. En 2020, il qualifiait le projet de loi bioéthique visant à ouvrir l’accès à la PMA pour toutes de caprice : « La majorité est tiraillée entre des revendications militantes et ultra de lobby surreprésentés au sein de votre majorité. Le président est prisonnier de quelques lobbys qui ont fait son élection », déclarait-il en parlant de la communauté LGBTQ+.

Sur Twitter, l’Association des Familles Homoparentales (ADFH) faisait remarquer que Xavier Breton avait échangé avec le cardinal Sarah, un homme d’église qui comparait en 2015 l’homosexualité et l’avortement au nazisme : « Les idéologies occidentales de l’homosexualité et de l’avortement et le fanatisme islamique sont aujourd’hui ce qu’étaient le nazisme, le fascisme et le communisme au XXe siècle ».

L’été dernier, Paris Match, dont l’actionnaire principal est Vivendi (propriété de Vincent Bolloré) lui avait d’ailleurs dédié sa couverture et qualifiait le cardinal Sarah d’« homme d’influence et de paix ».

Plus récemment encore, Xavier Breton prenait le parti de la chaîne C8 (propriété du même Bolloré) et de Cyril Hanouna suite aux déclarations de Rima Abdul-Malak. La ministre de la Culture alertait sur la vingtaine d’interventions que l’émission « Touche pas à mon poste » a généré auprès de l’Arcom depuis 2019. Selon le député LR, les propos de la ministre sont des « menaces à la liberté d’expression et à l’indépendance de l’Arcom » : « Allez-vous observer à l’avenir une stricte neutralité pour respecter la liberté d’expression et le pluralisme de l’information ? ». Encore une fois, la liberté d’expression a bon dos.

Marc Le Fur

Durant les débats sur le mariage pour tous, Marc Le Fur, alors vice-président de l’Assemblée Nationale, était des plus véhéments. Dans la nuit du 24 avril 2013, échaudé par l’un des fonctionnaires du ministère de la Justice de Christiane Taubira, lui et deux autres députés UMP se lèvent et descendent dans l’hémicycle pour faire entendre leur fureur. Ce geste leur aura valu « un rappel à l’ordre sans inscription au procès-verbal ».

Toujours député des Côtes d’Armor, Marc Le Fur s’est trouvé de nouveaux combats : la réforme des retraites avec laquelle il n’est pas d’accord sur certains points ou encore les jeunes qui font blocus, une « majorité souvent privilégiée » qui, selon lui, empêche de travailler les jeunes bretons qui, eux, « se saignent pour payer leurs études ». Jolie analogie. Le mercredi 8 février, il est nommé secrétaire du groupe d’études « handicap et inclusion » à l’Assemblée nationale. Inclusion, un mot qui doit lui tenir à coeur.

Jean-Frédéric Poisson

En 2013, l’UMP avait déposé plus de 5 000 amendements s’opposant à la loi pour le mariage pour tous. Plus de 230 étaient signés Jean-Frédéric Poisson, tout heureux de son record de député. En 2016, il se présente à la primaire de la droite pour devenir le candidat de son parti aux prochaines présidentielles. Il termine sixième sur sept, avec 1,45 % des suffrages. L’année suivante, il perd une nouvelle élection dans le cadre des législatives, au profit de son adversaire Aurore Bergé, investie par le parti présidentiel En Marche !.

En 2020, il annonce sa candidature aux élections présidentielles de 2022 mais la retire un an plus tard pour rejoindre et soutenir celle d’Eric Zemmour. Dans le nouveau parti du candidat d’extrême droite, il est à la tête de la direction de la commission d’investiture pour les élections législatives. Après une nouvelle défaite cuisante, ses rapports avec Zemmour se seraient quelques peu envenimés.

Dernièrement, pour le site d’extrême droite L’Incorrect, Jean-Frédéric Poisson écrit une tribune pour dénoncer « le phénomène des drag-queens », qu’il assimile à un « forçage idéologique », un «  aboutissement de l’idéologie macroniste dans ce qu’elle a de plus contestable ». En bref, dix ans plus tard, Jean-Frédéric Poisson est toujours aussi LGBTphobe… et abonné aux échecs.

Philippe Gosselin

Philippe Gosselin, alors député LR de La Manche, qualifiait le projet de loi dite d’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe d’« offensive libertaire ». Il s’opposera dès lors à l’euthanasie, à la théorie du genre et surtout au mariage et à l’adoption pour tous, au nom de ses valeurs religieuses qu’il place au dessus de tout. Toujours député de La Manche, Philippe Gosselin est aujourd’hui aussi vice-président de la Commission des lois de l’Assemblée nationale et passe son temps sur Twitter à critiquer la Nupes sur leurs méthodes. Enfin, en fervent catholique, Philippe Gosselin s’est donné pour mission de sauver les églises françaises !

Hervé Mariton

Proche de Christine Boutin et ministre durant deux mois au sein du gouvernement Villepin en 2007, Hervé Mariton était l’orateur principal de l’opposition au mariage pour tous. Avant même les débats, après qu’une femme lesbienne a eu l’autorisation d’adopter son enfant, Mariton propose à qui veut l’entendre d’interdire l’adoption aux personnes célibataires.

En 2016, il souhaite se présenter comme candidat à la primaire présidentielle des Républicains. Son programme inclut notamment l’abrogation du mariage pour tous. Son ambition ne le mènera pas loin puisqu’il n’arrive même pas à réunir le nombre de parrainages nécessaire pour se présenter. Au même moment, il s’en prend à Nicolas Sarkozy qui revient sur ses positions réfractaires au mariage pour tous : « Il nous dit aujourd’hui qu’il a dit le contraire de ce qu’il pensait. Ce qui n’est pas acceptable en politique, ce sont de tels têtes-à-queue. Ce que j’appelle un parjure, véritablement », déclarait-il sur CNews. Hervé Mariton est maire de Crest, dans la Drôme, depuis 1995.

Philippe Meunier

Philippe Meunier, député du Rhône jusqu’en 2017, semble ne pas avoir changé de position non plus. Son compte Twitter est un ramassis d’opinions toutes plus réacs les unes que les autres. Il se réjouit d’un « La roue tourne » lorsque Vincent Cassel exprime sa crainte face aux hommes qui deviendraient trop féminins, s’insurge à coup d’adjectifs alarmistes (« pays bordélisé », « nomenklatura déphasée ») quand il apprend via Valeurs Actuelles que l’un des passagers de Pierre Palmade lors de l’accident est un homme marocain en situation irrégulière, et traite de « saltimbanques et playmobils » les députés Nupes qui s’opposent à la réforme des retraites.

Philippe Meunier officie depuis 2016, en tant que vice-président, au conseil régional d’Auvergne Rhône-Alpes présidé par Laurent Wauquiez. En 2010, il avait co-fondé La Droite populaire, une association politique créée en 2010 qui s’est ralliée à l’extrême droite lors des élections européennes de 2019.