« Humiliée », « salie », des femmes témoignent de leur premier rendez vous gynécologique

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La première consultation gynécologique n'est pas évidente pour de nombreuses femmes, surtout quand elle s'accompagne de violences physique et verbales, de jugements, de lesbophobie ou de remarques racistes.

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Montrer son corps, parler de soi, de sa sexualité… La première consultation gynécologique n’est pas évidente pour de nombreuses femmes, surtout quand elle s’accompagne de violences physique et verbales, de jugements, de lesbophobie ou de remarques racistes.

La première fois que Mallory a consulté un gynécologue, elle avait 12 ans. Violée par son oncle, elle était soumise à une visite de contrôle pour une enquête judiciaire. Alors que sa mère patiente dans la salle d’à côté, elle suit le médecin à son bureau. « Il m’a traitée de “ sale menteuse ” », raconte-t-elle.

« Il m’a dit de me déshabiller et je ne voulais pas. Alors, il a haussé le ton et m’a menacé de ne pas écrire de rapport », poursuit-elle.

Par peur, Mallory s’exécute. Elle enlève son pantalon, sa culotte, s’assoit sur la chaise et met les pieds dans les étriers. « Il a inséré ses doigts et m’a dit en rigolant que de toutes les façons, je devais avoir l’habitude ».

Cette humiliation chez le gynécologue, Pauline* l’a vécue aussi. Alors qu’elle souhaitait avoir des informations et une aide concernant son vaginisme (contraction musculaire involontaire qui empêche toute pénétration vaginale, Ndlr), elle en ressort « sans réponse, insultée et mortifiée ».

La gynécologue « sous-entendait que j’étais une fille facile », déplore-t-elle.

S’ensuit l’auscultation au doigt, « que je n’ai pas supportée ». Pauline lui dit à plusieurs reprises qu’elle n’est pas à l’aise mais la gynécologue n’écoute pas : « elle soufflait. Elle a minimisé l’inconfort que je ressentais physiquement », raconte-t-elle d’une voix tremblante. Trois ans plus tard, son problème de vaginisme dure encore.

« Ri au nez »

« J’étais en état de choc », décrit Andréa*, 19 ans. Il y a deux mois elle est sortie en pleurs de la salle de consultation car la gynécologue a refusé de l’examiner.

« Tout se passait normalement, jusqu’à ce que je dise que je suis lesbienne. Elle a fait un pas en arrière et m’a directement demandé de me rhabiller, que m’ausculter ne servait à rien. Je me suis sentie salie à cause de ma sexualité », raconte-t-elle, en mentionnant que la consultation lui a quand même été facturée, 70 euros.

Comme toutes ces femmes, Sofia n’arrive plus à faire confiance à un médecin. Quand elle y repense, cette parisienne de 26 ans est « en colère ».

Dès le début de la consultation, Sofia prévient qu’elle n’a jamais eu de rapport sexuel. Elle souhaite seulement une échographie ou une palpation abdominale.

« Elle m’a ri au nez et, parce que je suis typée maghrébine et que j’ai un nom arabe, elle m’a dit que « “ Allah ne (m’)en voudra(it) pas ” », se souvient-elle.

« Je me suis sentie jugée. Si je suis autant en colère, c’est parce qu’elle n’a pas respecté ma volonté. J’ai cédé au fait qu’elle m’examine aux doigts, alors qu’au début j’avais dit non. »

« Abus de vulnérabilité »

En octobre dernier, le Collège national des gynécologues obstétriciens français (CNGOF) a publié une charte des bonnes pratiques, signée par la profession. Mais pour le collectif Stop aux Violences Obstétricales et Gynécologiques, ça ne suffit pas : « il faut qu’il y ait un contrôle des pratiques », martèle Sonia Bisch, porte-parole de StopVOGfr.

« Il n’y a rien qui bouge depuis 2018. Il y a énormément d’impunité dans ce domaine. Une mauvaise gestion des plaintes », poursuit Mme Bisch.

Elle évoque des « abus de vulnérabilité, de confiance ». « On a une image respectable du médecin, on ne s’imagine pas qu’il puisse commettre des violences ».

En un an et demi, l’association a reçu près de 200 signalements par mois de violences gynécologiques et obstétricales.

Benjamine Weill, 43 ans, se réjouit de la libération de la parole « les choses avancent, mais c’est encore trop lent », estime-t-elle.

A l’époque, elle avait 14 ans quand sa mère l’emmène chez un gynécologue.

« Il a procédé à une consultation vaginale et un toucher rectal sans me demander mon avis ». Plus tard, elle se documentera et saura qu’un toucher abdominal aurait suffi. « J’ai eu mal, il n’a pas du tout écouté, il m’a chuchoté que j’étais une “ bonne graine de salope ”. J’étais vierge quand j’ai rencontré ce monsieur. Aujourd’hui, je sais que c’était un viol ».

*les prénoms ont été modifiés