Édito : Contre le sida, une plaque ne suffit pas !

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Si rendre hommage aux combattantes et combattants, c'est nécessaire et ce n'est que justice, cela ne remplacera jamais des actions concrètes. Et il y a encore tellement à faire !

place des combattants et combattantes du sida
Une place des combattants et combattantes du sida va être inaugurée dans le Marais

La Maire de Paris va inaugurer demain, mercredi 1er décembre, près de la station Saint-Paul (Paris centre), une plaque en hommage aux combattantes et combattants du sida. Le lieu n’est pas très identifié mais très fréquenté. Comme le rappelle la Mairie, Paris a été la ville la plus touchée en Europe avec plus de 10 000 morts entre 1981 et 1996.

Il est important de visibiliser dans l’espace public celles et ceux qui ont arraché toutes les avancées médicales et sociales dont nous pouvons bénéficier aujourd’hui. Si je peux aujourd’hui encore m’exprimer, après plus de 35 ans de vie avec le VIH, c’est parce que des militant·es se sont levées, se sont allongé·es dans les rues pour réclamer des traitements, obtenir le 100 %, empêcher l’expulsion des malades étrangers et ont bousculé l’agenda politique du business as usual pour mettre au cœur des politiques sanitaires l’expertise des personnes atteintes.

Mais si rendre hommage, c’est nécessaire et ce n’est que justice, cela ne remplacera jamais des actions concrètes. Et il y a encore tellement à faire ! Act Up-Paris n’a pas manqué de critiquer cette inauguration, expliquant qu’une plaque ne soigne pas du sida (un communiqué de presse non plus…).

« Cette plaque, visibilisant le présent des combattantes et combattants du sida, doit nous interpeller sur les conditions de vie des personnes séropositives aujourd’hui »

S’il suffisait d’apposer une plaque pour penser qu’on lutte contre l’épidémie, cette inauguration aurait tout de la supercherie. Je veux y voir le début d’une nouvelle mobilisation. Cette plaque, visibilisant le présent des combattantes et combattants du sida, doit nous interpeller sur les conditions de vie des personnes séropositives aujourd’hui, sur la sérophobie, sur la précarité de vies marquées par des périodes d’inactivité dûes à la maladie, sur des conditions aggravées lorsqu’à la maladie s’ajoute le sexime, la transphobie, le racisme.

Cette plaque doit nous interpeller sur les conditions de travail des personnels de l’hôpital, des travailleurs sociaux.

Cette plaque doit nous inciter à combattre encore et toujours les logiques financières toujours à l’œuvre et qui empêchent la moitié des personnes séropositives qui en auraient besoin sur la planète d’avoir accès aux traitements. Elle doit servir à ce que chacun et chacune, nous nous interrogions sur ce que nous faisons concrètement pour lutter contre les discriminations qui font le jeu de l’épidémie.

Contre le sida, une plaque ne suffit pas ! Je veux espérer que cette plaque soit comme un phare, une balise, pour nous rappeler que l’épidémie n’est pas finie et que la combattre, ce n’est pas quelque chose du passé, mais c’est ici et maintenant.

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