3 questions à Mans sur l'enquête chemsex auprès des travailleurs du sexe

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L'association belge Alias travaille depuis 2009 auprès des HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes) et des personnes trans actif·ves dans la prostitution/le travail du sexe dans la Région de Bruxelles Capitale. Elle publie les résultats d'une enquête très importante sur l'usage du chemsex parmi le public d'Alias pratiquant le chemsex.

Illustration de l'enquête chemsex de l'association Alias - ©Burt

L’association belge Alias travaille depuis 2009 auprès des HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes) et des personnes trans actif·ves dans la prostitution/le travail du sexe dans la Région de Bruxelles Capitale.

Elle offre conseils et soutien, et des services psycho-médico-sociaux : du travail de rue en ville et des permanences internet sur les sites d’escorting, des permanences médicales (dépistages IST/VIH, vaccins, PrEP), des permanences d’accueil, des activités communautaires et participatives ainsi qu’ un suivi individuel. L’offre d’Alias est intégralement anonyme et gratuite.

Elle a publié les résultats d’une enquête très importante sur l’usage du chemsex parmi le public d’Alias pratiquant le chemsex.

Mans, travailleur communautaire chez Alias depuis 2018, répond aux questions de Komitid.

Komitid : Quels sont les principaux enseignements de votre enquête sur l’usage du chemsex dans la prostitution/ travail du sexe ? 

Mans : Cette enquête exploratoire a été réalisée en 2019 auprès du public d’Alias pratiquant le chemsex, et publiée à l’automne 2020. Elle nous a permis de mieux cerner les réalités et les enjeux qui y sont liés pour notre public, composé de travailleurs / travailleuses du sexe HSH et trans de la région de Bruxelles-Capitale. Pour les besoins de l’enquête,  nous avons circonscrit le chemsex à l’usage de produits psychoactifs en contexte sexuel – ce qui a toujours existé, mais a pris beaucoup d’ampleur dans les milieux HSH, avec l’arrivée sur le marché de nouveaux produits de synthèses et de nouvelles applications de rencontre. Le terme chemsex est apparu au début des années 2010, on l’appelle aussi « P’n’P » pour « party & play » dans le monde anglophone. Chez Alias, nous travaillons depuis 2009 avec un public qui nous adresse régulièrement ses demandes d’informations concernant sa consommation. Mais la démocratisation du chemsex, l’arrivée permanente de nouveaux produits et de nouvelles pratiques nous a obligés à actualiser nos connaissances auprès des premiers concernés, notamment sur les produits utilisés et les modes de consommation, la fréquence de la pratique du chemsex avec les clients, les formes de paiement, les implications dans la pratique du travail du sexe et leurs besoins en la matière.

« Les terminologies utilisées à Bruxelles pour parler du chemsex sont variées »

Cette enquête est riche d’enseignements. On y découvre que le produit peut aussi bien être fourni par l’escort que par le client ; et que le paiement s’effectue majoritairement avec de l’argent, mais que la rémunération avec des produits n’est pas anecdotique. Les terminologies utilisées à Bruxelles pour parler du chemsex sont variées. En effet, les mots utilisés diffèrent selon la langue des personnes, et les codes varient selon qu’il s’agisse du milieu HSH ou du milieu trans, dans lequel les codes HSH ne sont pas nécessairement connus.

Au niveau des produits utilisés, les personnes interrogées avaient la possibilité d’ajouter des produits à la liste. Nous avons décidé d’inclure dans la liste des substances associés au chemsex des produits qui ne sont pas nécessairement psychoactifs, mais qui sont malgré tout très utilisés lors des « session chemsex » et/ ou chez les travailleur·ses du sexe/prostitués. C’est le cases médicaments stimulants sexuels notamment, car leurs interactions avec d’autres produits peuvent être particulièrement dangereuses. Lors des sessions chemsex, les produits consommés par les travailleurs du sexe sont en premier lieu les stimulants sexuels. Tout de suite après viennent, par ordre d’importance, l’alcool, le poppers, la cocaïne, le GHB/GBL, le cannabis, l’ecstasy, le crystal meth/Tina, la MDMA, la Kétamine, la méphédrone et le 3MMC. L’utilisation déclarée de la Tina est interpellante dans les réponses : 41,2 % des répondants disent l’utiliser et 59,2 % déclarent que les clients l’utilisent. Le GHB/GBL arrive en troisième position des produits les plus utilisés par les travailleurs du sexe, et en 4ème position chez les clients selon les travailleurs du sexe. Dans les produits plus courants, l’usage du cannabis, des ecstasys, du poppers, de la cocaïne, de l’alcool et du speed sont souvent mentionnés, tant du côté client que du côté travailleurs du sexe. Il s’agit d’une photographie qui date de 2019, l’utilisation des produits a évolué depuis et de nouveaux produits ont fait leur apparition. La moitié des enquêtés ont répondu aux questions relatives au slam, c’est-à-dire le chemsex avec injection de produit, ce qui est significatif.

Dans quel contexte a lieu particulièrement la pratique du chemsex par les travailleurs du sexe HSH ? 

J’aimerais d’abord préciser que notre enquête se concentrait sur la pratique du chemsex dans le cadre du travail sexuel HSH, et que des personnes trans, qui font aussi partie de notre public, y ont aussi répondu. L’enquête a confirmé ce que nous observions dans notre public, c’est-à-dire que les travailleurs du sexe chemsexeurs se rendent mobiles pour suivre les clients sur la scène gay festive en Europe et dans le monde (c’était avant le début de la crise sanitaire liée au Covid-19).

 

Dans l’enquête, le chemsex apparaît comme une pratique circonscrite aux métropoles et aux grandes villes européennes, ainsi qu’aux destinations de voyage, de fête ou de vacances. Elle se déroule dans la sphère privée (appartement, hôtel, chez soi ou chez le client) ou sur les lieux de drague (sauna, boites, parcs, rue).Une grande majorité des participants le pratique très régulièrement (24 % une fois par mois, 48 % une fois par semaine, 2 % tous les jours). Autre fait marquant, un quart des personnes interrogées (26,5 %) pratiquerait le chemsex uniquement à la demande du client, un tiers (30,6 %) par envie, et une petite moitié (42,9 %) parce que leur souhait de pratiquer le chemsex rejoint celui des clients. En effet, la demande de la part des clients est forte et ces derniers proposent une rémunération plus élevée s’il y a consommation, comme cela existe pour d’autres pratiques comme le « sans capote ».

Les besoins que nous avons relevés en terme d’information concernent notamment la façon de gérer les clients avant, pendant et après les passes. Comment fixer des limites et s’y tenir, les façons de pouvoir gérer sa consommation, la descente ou le sevrage. On retrouve aussi le besoin d’informations factuelles et sans jugement sur les produits. Pouvoir faire tester ses produits, maîtriser ce que l’on consomme. Les répondants mentionnent aussi ce besoin d’aide pour retrouver du plaisir sexuel sans produits, quand ils se sèvrent. Et enfin, un besoin d’aide à la réduction es risques, c’est à dire de la formation à l’injection, sur les risques légaux encourus pour la consommation et la fourniture de drogues.

Ces résultats nous ont permis de créer une rubrique spécifique et entièrement nouvelle, basée sur les besoins exprimés par le public dans l’enquête, et co-rédigée avec une personne issue du public sur le site internet www.chemsex.be, en partenariat avec l’Observatoire du sida et des sexualités, Ex Aequo et le réseau associatif chemsex bruxellois : https://chemsex.be/sexe-sous-chems/travail-du-sexe/.

« Les informations sur les produits et les modes de consommation nous ont permis de diffuser le matériel de réduction des risques le plus adapté aux pratiques de notre public »

Vous avez obtenu un petit échantillon de personnes ayant répondu au questionnaire (50 personnes). Néanmoins, en quoi les résultats vont-ils vous aider dans votre travail sur le terrain ? 

Grâce à cette enquête, on dispose de nouveaux éléments pour optimiser nos interventions et nos outils de conseil et d’orientation à destination de notre public en matière de chemsex. Cet effort devra être poursuivi à l’avenir, d’autant que les produits, les modes de consommation, la terminologie, les codes et les réponses en termes de réduction des risques et d’accompagnement des personnes désirant ralentir ou arrêter sont en constante évolution. Les informations sur les produits et les modes de consommation nous ont permis de diffuser le matériel de réduction des risques le plus adapté aux pratiques de notre public et de nous former sur les nouveaux produits les plus utilisés et le matériel adapté. Sans doute la crise du COVID 19 a-t-elle modifié ces pratiques depuis 2019, il faudrait conduire  d’autres enquêtes sur le sujet, afin d’évaluer l’impact de cette crise sur les pratiques, les produits utilisés pour encore mieux adapter notre dispositif.

Plus d’infos sur l’enquête :

Alias, 2020, Enquête exploratoire sur le chemsex dans le contexte de la prostitution/du travail du sexe HSH & Trans* à Bruxelles Capitale et au-delà. Édité par Alias asbl, mars 2020.

Pour consulter l’enquête complète, c’est par ici

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