« La lutte contre les discriminations doit se concrétiser par des mesures adaptées »

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3 questions à Queer Pantin : « La lutte contre les discriminations et contre les violences à l'encontre des personnes LGBTIQ doit se concrétiser par des mesures adaptées et ne pas être qu'un discours abstrait. »

Le 8 juin 2019 avait lieu la première Marche des fiertés LGBTI+ à Saint-Denis, en banlieue parisienne. L’occasion pour les participant.e.s de rappeler que les personnes LGBT+ existent aussi au delà du périphérique.

Deux ans plus tard est créée dans le même département, le « 93 », à Pantin, Queer Pantin, une association afin de prendre en compte les spécificités des populations LGBTI+ vivant dans cette ville. Komitid a interrogé cette association à qui nous souhaitons une bonne route !

Komitid : Pourquoi avez-vous décidé de créer Queer Pantin ?

Queer Pantin : Pantin s’est développé une identité propre au fil des années. Malgré un fort taux de pauvreté, des quartiers isolés, il y fait bon vivre et on est heureux d’y résider.

L’idée Queer Pantin s’est naturellement imposée à nous. Nous étions plusieurs personnes LGBTIQ à se croiser dans la rue, sur les réseaux sociaux et l’idée de se rassembler est devenue une évidence. Nous souhaitions aussi une association qui soit la plus inclusive possible, qui nous ressemble, qui n’injonctionne pas au coming-out, qui prenne en compte la réalité des personnes racisé·es, qui s’intéresse à la précarité des personnes LGBTIQ en banlieue.

Avec cette association, nous souhaitons lutter contre l’isolement des personnes LGBTIQ avec des moments de convivialité, et améliorer nos conditions de vie avec des revendications au plus près de nos besoins. Et lutter contre les LGBTIQphobies, qui continuent de frapper encore partout en France.

« Nous souhaitons lutter contre l’isolement des personnes LGBTIQ avec des moments de convivialité, et améliorer nos conditions de vie avec des revendications au plus près de nos besoins »

Quelles sont les problématiques spécifiques que vous avez pu identifier dans cette commune et dans les autres communes de la banlieue et sur lesquelles vous comptez travailler ?

À ce jour, aucune politique pour les personnes LGBTIQ n’était menée sur la ville. Cela semble assez partagé en première couronne. Ces politiques étaient délaissées à la ville de Paris. Or Paris a tout fait pour nous reléguer en préférant le tourisme gay-friendly à ses habitant·es et commerçant·es LGBTIQ. Et la crise sanitaire a fini d’achever cette centralité de la vie queer.

Nous pensons que c’est pour le mieux : nous souhaitons encourager la création de plusieurs formes de vie queer en Île-de-France. Nous voulons tout autant des lieux proches de chez nous que de sortir à Paris. On ne cherche pas à s’opposer, mais à augmenter les possibles.

Nous travaillons actuellement à dresser une liste de nos priorités, que nous soumettrons prochainement à la ville de Pantin. Nous centrerons nos revendications sur nos conditions matérielles d’existence : nous voulons un fonds d’aide d’urgence, des logements pour les exilé·es LGBTIQ, un centre de santé communautaire et pourquoi pas, un lieu de vie géré par l’association. La lutte contre les discriminations et contre les violences à l’encontre des personnes LGBTIQ doit se concrétiser par des mesures adaptées et ne pas être qu’un discours abstrait. Nous n’accepterons pas que la visibilité soit la seule politique boussole de la municipalité.

Avez-vous des informations concernant une nouvelle marche des fiertés en banlieue et aimeriez-vous qu’elle se tienne à Pantin ?

Bien sûr, une marche des fiertés à Pantin serait un formidable signal. Marcher dans les beaux quartiers, ça va deux minutes ! On veut marcher là où on vit vraiment. C’était l’objectif des premières marches dans les années 70, c’était aussi celui de la marche qui avait eu lieu à Saint-Denis en 2019 : montrer que nous existons et pouvoir s’afficher dans l’espace public. Nous souhaitons renouer avec cette histoire militante et montrer que nous, personnes LGBTIQ, sommes aussi en banlieue.

L’association venant de se créer, nous nous joindrons cette année aux initiatives portées par d’autres collectifs et associations. Mais nous avons grand espoir que notre création inspire et permette de structurer un vrai réseau d’assos LGBTIQ en Seine-Saint-Denis et de pouvoir proposer une marche qui traversera les différentes villes du 93, année après année.

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