Quand les minorités deviennent les cibles privilégiées du buzz médiatique et des fake news

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Du côté des politiques, on est en train d’installer un renversement des concepts : les personnes racisées deviennent les nouveaux racistes, les féministes sont traitées de « feminazis ».

Il y a quelques semaines un membre de la majorité confiait que la campagne présidentielle allait être « sale ». Il semble bien que les hostilités ont déjà commencé et que chacun prend ses marques. Et sans verser dans un pessimisme anesthésiant, il faut lire et écouter avec beaucoup d’inquiétude les déclarations qui s’attaquent aux minorités. 

Récemment Guillaume Peltier, numéro 2 des Républicains, a dénoncé ce qu’il appelle « la dictature des minorités » et rappelle son opposition à la PMA pour les couples de femmes lesbiennes.

Le maire LR de Cannes, David Lisnard, explique au micro de France Inter, en promo pour son livre sur la culture : « Je me sens féministe dans plein de domaines mais l’écriture inclusive, qui pour moi alourdit l’écriture, la rend laide, exclut de la langue française. » 

Du côté des politiques, on est en train d’installer un renversement : les personnes racisées deviennent les nouveaux racistes, les féministes sont traitées de « feminazis », les mouvements écologistes sont traités de « khmers verts ». Et les minorités (comprenez notamment les défenseur·es des droits LGBTI+) feraient régner leur loi. N’en jetez plus ! Comme si ces minorités avaient soudain pris le pouvoir. Ça se saurait !

Tout cela a lieu dans un environnement médiatique où le buzz règne en maître. 

Désormais les journalistes ou animateurs traquent le propos polémique… quand ils ne suscitent pas. Avec des déclarations provocatrices, en roue libre, les médias en question sont sûrs de voir la séquence en boucle, puis commentée ad nauseam sur les réseaux sociaux. 

Cette forme de win-win a aussi trouvé récemment son illustration dans l’accusation portée par la journaliste d’Europe 1 Sonia Mabrouk sur les réunions en non-mixité de l’UNEF « interdites aux blancs ». Mais aussi sur le plateau de Yann Barthès, où une historienne réputée peut affirmer sans être contredite qu’il y a « une épidémie de transgenres ». 

Ce mélange explosif n’est pas nouveau. En 1987, Jean-Marie Le Pen, président du Front National, pouvait expliquer en prime time dans une émission politique que le malade du sida (qu’il compare à un lépreux) est contagieux par « sa salive, ses larmes, sa transpiration, son contact » sueur et qu’il fallait les mettre enfermer dans des sidatoriums sans qu’aucun journaliste présent sur le plateau le reprenne sur des infos inexactes. Pour le président du Front national, un « sidaïque » est contagieux « par sa transpiration, ses larmes et sa salive ». Même à l’époque, on connaissait parfaitement les modes de transmission et ces fluides n’en faisaient pas partie. On parle aujourd’hui de fake news…

Isolés, ces épisodes pourraient sembler de peu d’importance. Mais leur accumulation signale notamment que parmi les politiques, parfois parmi les membres de l’exécutif, et des intellectuel·les (et pas nécessairement de droite), les minorités sont désormais ciblées négativement, en paroles Et bientôt en actes ? C’est très inquiétant.

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