« Épidémie de transgenres » : dans « Quotidien », Yann Barthès banalise la transphobie

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Au delà des propos stigmatisants d'Élisabeth Roudinesco, c'est l'attitude de l'animateur de « Quotidien », Yann Barthès, qui est particulièrement contestable.

Élisabeth Roudinesco sur le plateau de Quotidien, de Yann Barthès, sur TMC, le 10 mars 2021 - capture d'écran

« Je trouve qu’aujourd’hui, il y a une épidémie de transgenres, il y en a beaucoup trop ». Les propos de l’historienne et psychanalyste Élisabeth Roudinesco (qu’on a connu plus inspirée à l’occasion du mariage pour tou·tes) sur le plateau de l’émission Quotidien mercredi 10 mars sur TMC (groupe TF1) ont choqué. Et à juste titre.

Au delà des propos stigmatisants d’Élisabeth Roudinesco, à qui je ne peux que conseiller de retourner à ses chères études sur le sujet de la transidentité (mais aussi sur l’intersectionnalité, les personnes racisées, et le genre, entre autres), l’attitude de l’animateur de Quotidien, Yann Barthès, est particulièrement contestable. Elle a d’ailleurs suscité bon nombre de réactions d’internautes.

Les député·es Raphaël Gérard, Valérie Petit et Laurence Vanceunebrock ont donc eu raison de saisir le CSA. C’est en effet le silence de l’animateur Yann Barthès qui est pointé dans leur saisine du CSA. « L’animateur de l’émission, en dépit des obligations de modération des propos haineux qui pèse sur les chaînes de télévision, est resté silencieux », écrivent les député·es.

 

 

Comment en effet expliquer que l’animateur reste muet quand Élisabeth Roudinesco déroule son argumentaire transphobe. Même sans connaissance particulière sur la transidentité, un journaliste doit savoir qu’il ne s’agit pas d’une « maladie ». Yann Barthès aurait dû interrompre Elisabeth Roudinesco pour lui expliquer que ses propos étaient pathologisants et portent atteinte à la dignité des personnes trans. D’autant plus que Yann Barthès a souvent reçu des personnes LGBT+ sur son plateau et qu’il connaît bien leur vécu.

Mais aujourd’hui, malheureusement, c’est la course à la petite phrase, aux mots chocs, qui, les chaînes le savent, vont provoquer l’indignation sur les réseaux sociaux. Et ça, c’est bon pour la chaîne et son audimat. On connait l’adage : « il n’y a pas de mauvaise publicité ». Un jeu dangereux.

Car une fois encore, ce sont les personnes trans qui sont victimes de cette absence de déontologie et de cette course à l’audience. C’est pourquoi je laisse le mot de la fin à l’association Acceptess-T, qui a tweeté ceci :

  • phil86

    En même temps surréagir en permanence à la moindre expression homophobe ou transphobe ne fait que faire monter la mayonnaise et pousser les homophobes à surréagir eux aussi ce qui ne peut mener qu’à un conflit permanent stérile. Le militantisme épidermique et non réfléchi des associations LGBT devient le pendant du militantisme homophobe. Les deux faces de la même médaille. Vous devriez quand même vous interroger sur le rejet chez bon nombre de personnes gay lesbiennes trans de vos associations militantes dans lesquelles elles ne se reconnaissent pas.

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