« Plein Sud », le road-movie brûlant de Sébastien Lifshitz visible sur Arte

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Le site de la chaîne propose de voir ou de revoir « Plein Sud », l’une des œuvres de fiction de Sébastien Lifshitz. Un film solaire et sombre, ambigu et fascinant. 

Il est l’un des cinéastes de l’année avec ses magnifiques documentaires Adolescentes, récompensé récemment du prix Louis-Delluc et Petite fille, diffusé en décembre dernier sur Arte. Le site de la chaîne propose de voir ou de revoir Plein Sud, l’une des œuvres de fiction de Sébastien Lifshitz. Un film solaire et sombre, ambigu et fascinant. 

Visionner Plein Sud, sorti en salles en 2009, c’est avoir l’impression de sauter dans un train en marche. Ou plutôt dans une voiture, une vieille caisse américaine conduite par Sam (Yannick Renier), jeune homme qui file vers l’Espagne et qui a pris en stop Mathieu (Théo Frilet), un jeune homme gay et sa sœur Léa (Léa Seydoux). Le trio deviendra très vite quatuor quand Jérémie (Pierre Perrier), un autre jeune homme rencontré sac au dos dans une station-service embarque avec eux. 

 

Dès les scènes d’ouverture, et notamment une chorégraphie sexy de Léa sur Shoot The Runner de Kasabian, Sébastien Lifshitz annonce la couleur, les couleurs. Du vert, du rouge, du jaune, saturés, qui varient au fil des heures et des plans puisque certains sont tournés par Mathieu qui ne quitte pas son caméscope (souvenir d’un passé récent qui vivait ses dernières années avant d’être remisés au rayon des objets rendus obsolètes par les smartphones).

Mathieu a craqué sur Sam (« C’est pas ma faute si tu me plais »), mais le brun ténébreux n’est pas bavard sur sa sexualité. Son objectif est ailleurs, il a un but bien précis, des histoires de famille pesantes à régler (des flashbacks nous l’apprennent au fil du film), et son objectif est de rejoindre l’Espagne. Jérémie, lui, tombe dans les filets de Léa. 

Sébastien Lifshitz parvient à capturer des sensations propres aux désirs de la jeunesse.

Si ce film n’est pas le meilleur de Sébastien Lifshitz, la faute à un background psychologique un peu chargé et trop signifiant, il parvient à capturer des sensations propres aux désirs de la jeunesse. La deuxième partie, avec ses scènes de plage en Dordogne, est fascinante par la façon très organique qu’a le réalisateur de prendre le pouls des lieux, d’en capter l’essence et de réveiller les sens (le travail sur l’image et le son est d’une précision remarquable).

Les jeux d’ambiguïtés et de désirs qui se mettent en place dans ce petit groupe trouvent leur apogée dans ces scènes de plage, baignées de lumières magnifiques, orangées et crépusculaires qui subliment les élans sensuels et violents de ces quatre personnages qui les uns au contact des autres, se déconstruisent ou se reconstruisent. Des bains de minuit qui dénudent et rapprochent les corps aux feux de camp/guitare/pétards et jeux de regard, en passant par les peux brunies et les cheveux collés par le sel, tout n’est que sensualité. Une sensualité débordante, presque désespérée, guidée par le besoin de se confronter à l’autre pour se découvrir soi-même. 

Le film était sorti le 30 décembre 2009, offrant au spectateur en pleines fêtes de fin d’année, une oasis de chaleur et de vagues. En ces temps de covid hivernal et de couvre-feu, l’effet est garanti.

Plein Sud

Réalisé par Sébastien Lifshitz, avec Léa Seydoux, Yannick Renier, Théo Frilet, Pierre Perrier, Nicole Garcia…

Disponible sur le site arte.tv