Turquie : Erdogan durcit le ton et la répression contre la communauté LGBT+

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Les autorités turques ont interpellé lundi soir à Istanbul 159 étudiant.e.s réclamant la démission d'un recteur nommé par le pouvoir et la libération de plusieurs étudiant.e.s précédemment arrêtés pour avoir accroché un tableau orné d'un symbole associé à la communauté LGBT+.

Le poster – sur lequel avait été peint un petit drapeau arc-en-ciel – avait été accroché le 29 janvier en face du bureau du recteur pro-Erdogan à l'université du Bosphore - Shutterstock

Les autorités turques ont interpellé lundi soir à Istanbul 159 étudiant.e.s réclamant la démission d’un recteur nommé par le pouvoir et la libération d’autres étudiant.e.s précédemment arrêtés pour avoir accroché un tableau orné d’un symbole associé à la communauté LGBT+.

« 159 personnes qui ont refusé de mettre fin à la manifestation devant la campus de l’Université du Bosphore et qui ont encerclé le rectorat ont été mis en garde à vue », a annoncé le bureau du gouverneur d’Istanbul.

Des vidéos montrant une intervention musclée des forces de l’ordre lundi soir contre des étudiant.e.s, qui jusque-là protestaient de manière pacifique et avec des chants festifs, ont été partagées sur Twitter.

 


Plus tôt dans la journée, des dizaines d’étudiants, rassemblés devant le campus pour protester contre le recteur et soutenir les étudiants arrêtés, ont été interpellés.

Tollé dans l’opposition

L’arrestation des étudiant.e.s a provoqué un tollé chez les partis de l’opposition. Le hashtag « Nous n’allons pas baisser les yeux », en référence à une vidéo des policiers ordonnant aux manifestants de baisser leur regard, a été largement partagé sur les réseaux sociaux.

La manifestation et les arrestations qui ont suivi sont survenues quelques heures après une attaque virulente du président turc contre le mouvement LGBT+ en l’accusant de « vandalisme » et en déclarant que la jeunesse de son parti n’y adhérait pas.

« Nous allons mener vers l’avenir non pas une jeunesse LGBT, mais une jeunesse digne de l’histoire glorieuse de cette nation », a déclaré M. Erdogan lors d’un discours à Ankara destiné aux cadres de son parti islamo-conservateur AKP.

« Vous ne faites pas partie de la jeunesse LGBT. Vous n’êtes pas de ces jeunes qui commettent des actes de vandalisme. Au contraire, vous êtes ceux qui réparez les coeurs brisés », a-t-il ajouté.

Le chef de l’Etat turc a tenu ces propos au surlendemain de l’arrestation de quatre étudiants accusés d’avoir accroché dans leur université un tableau représentant un site sacré de l’islam orné de drapeaux arc-en-ciel, un symbole associé à la communauté LGBT.

Les étudiants sont accusés d’« incitation à la haine ». Deux d’entre eux ont été assignés à résidence et deux autres sont encore en détention.

Le ministre de l’Intérieur Süleyman Soylu a provoqué un tollé samedi en déclarant dans un tweet que « quatre détraqués LGBT » avaient été arrêtés.

Le tableau avait été accroché vendredi en face du bureau du recteur pro-Erdogan de la prestigieuse Université du Bosphore (Bogazici, en turc).

Les autorités affirment que ce tableau représentait de manière irrespectueuse la Kaaba, un édifice cubique datant du VIIe siècle, situé au centre de la cour de la grande mosquée de la Mecque (Arabie saoudite). Elle est le lieu le plus sacré de l’islam.

L’Université du Bosphore a été ces dernières semaines le théâtre de plusieurs manifestations d’étudiants pour réclamer la démission du recteur nommé par M. Erdogan, Melih Bulu.

La nomination de M. Bulu, une personnalité extérieure à l’université qui avait tenté en 2015 de briguer un mandat de député sous les couleurs du Parti de la justice et du développement (AKP) de M. Erdogan, a provoqué la consternation.

Le président turc a accusé certains des manifestants d’être des « terroristes ».

La Turquie est l’un des rares pays musulmans où l’homosexualité n’est pas réprimée par la loi. En revanche, l’homophobie et la transphobie y sont répandues et les associations LGBT+ font régulièrement état d’agressions et de discriminations.

Avec l’AFP

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