« Dawson » sur Netflix : quatre fans de la série reviennent sur leurs souvenirs d’ado
Les six saisons de la série « Dawson » sont disponibles sur Netflix depuis quelques jours et Komitid a voulu comprendre comment cette série et ses personnages ont marqué les adolescent.e.s de l’époque.
Peu de séries ont marqué à ce point une génération. Cyril, Tiphaine, Mickaël et Stanislas se souviennent pour Komitid de leurs émois devant les 128 épisodes de Dawson qui les ont scotchés chaque semaine devant TF1 dès janvier 1999.
Stanislas a 34 ans et ses souvenirs sont très précis : « Dawson, c’est une série d’ados dans la foulée de Beverly Hills et Hartley Cœurs à Vif mais pour la première fois, ils avaient presque mon âge. C’était aussi la première fois que je tombais dans une dynamique de feuilleton, où j’avais le sentiment de suivre le développement d’une histoire, où le fait de savoir si X allait sortir avec Z m’intriguait tant, et où la dynamique de saisons avec leurs intrigues propres m’apparaissait aussi. Et rapidement c’est devenu un rendez-vous hebdomadaire classique, commenté dans les cours de récré ».
La série a touché sa cible ado de façon immédiate en permettant aux jeunes spectateurs de se retrouver, de s’identifier grâce à la diversité de ses personnages. Comme l’explique Cyril, la trentaine : « C’était vraiment l’identification qui m’a beaucoup marqué. Un peu comme quand j’ai découvert Les Roseaux sauvages ou Beautiful Thing dont j’ai un souvenir très précis. C’est le genre de micro-événement hyper formateur. Je me rappelle très bien que Dawson passait le dimanche après-midi. À l’époque on était très loin des réseaux sociaux donc j’appelais ma meilleure amie après chaque épisode pour débriefer ».
Mikaël, la quarantaine, n’était déjà plus vraiment ado mais s’est lui aussi passionné pour la série. « J’avais entre 25 et 30 ans mais j’étais à fond dans cette série ! J’ai toujours été un ado dans ma tête. Même si le personnage de Dawson m’exaspérait car trop hésitant, il était fan de Spielberg comme moi ».
Même son de cloche du côté de Stanislas, 34 ans : « Je crois que le processus d’identification avec les héros a été plus plus fort que pour les séries que je regardais avant. Je suis un grand cinéphile et plutôt sentimental, et la façon dont Dawson rêve sa vie comme un scénario hollywoodien m’a tout de suite accroché. Je crois que mon âge a joué aussi, la série arrivait tout bêtement au bon moment. Les chansons me plaisaient, les couleurs étaient punchy, les acteurs portaient le même type de fringues que les potes de ma grande sœur. Le fait de tant les entendre parler de sexe et de les voir douter énormément sur le sujet était important. On se moquait tous de la série parce que les ados y parlaient comme des adultes névrosés ».
Et puis apparut Jack McPhee, premier personnage télé d’ado gay qui a ouvert la porte aux représentations, interprété par Kerr Smith.
Le personnage gay de Jack McPhee (Kerr Smith) dans « Dawson »
Pour Mickaël c’est le coup de foudre ! « Tout de suite, nous confie-t-il, je l’ai trouvé trop chou. Il était timide, on avait envie de le protéger, j’étais tout émoustillé ! Et je me souviens que j’ai versé une larme lors de son premier baiser avec un garçon. Je trouvais l’acteur très mignon bien sûr et suivre son évolution faisait écho à ma propre expérience, j’attendais le prince charmant à l’époque… J’achetais même des journaux ado pour voir les articles sur la série et sur Jack ! ».
Souvenir ému
Tiphaine, 33 ans, garde, elle aussi, un souvenir ému de ce personnage emblématique : « En tant que nana plutôt hétéro, je me souviens que le personnage de Jack avait laissé une forte impression sur moi, parce que je trouvais que son histoire était très délicate et nuancée. Ça m’avait pas mal fait réfléchir à la notion de force dans les personnages gay ».
« Clairement, Dawson a ouvert la voie à tout ce qui a suivi. »
Pour Cyril, « quand Jack a fait son coming out, c’était vraiment l’événement. Mais ça s’est fait vraiment très progressivement dans la série. Je me rappelle que ça a mis beaucoup de temps avant qu’il ait une histoire d’amour. Après le simple fait qu’il y ait un personnage gay c’était déjà énorme. C’était évidemment la grande époque des Scream, la révolution culturelle teenagers de ce moment a défini les codes pour la décennie suivante. Clairement, Dawson a ouvert la voie à tout ce qui a suivi. »
Pour Stanislas aussi, la révolution des représentations a été lancée par la série : « Dans le placard à l’époque, et pas bien conscient de ce qui m’attendait, j’ai bien sûr suivi Jack attentivement. Ce n’est pas la première représentation d’un coming-out dans l’histoire de la télévision, mais c’était la première pour moi, et un paquet de gens de ma génération. Ça a très mal vieilli, rien que la scène où Joey embrasse Jack pour faire cesser les rumeurs concernant son homosexualité dans l’école ou le fait que ses histoires de cœur soient traitées avec une pudeur complètement absente pour les autres personnages. Mais bon, ça avait le mérite de refléter l’état des choses quant au niveau d’acceptation, et donc de l’environnement auquel les gays étaient confrontés (la honte, le harcèlement, l’isolement pré-internet, …). Et de montrer un gars de 16 ans qui admet qu’il ne veut pas être gay mais doit s’y résoudre, et qui finit quand même la série sans se suicider ou tomber malade, c’était du jamais vu. »
Cassé les codes
La série a aussi cassé les codes en vigueur concernant les personnages féminins. Qu’on les aime ou qu’on les déteste, Joey et Jen représentaient deux jeunes filles très différentes qui provoquaient des réactions diverses, tout comme Pacey, l’autre garçon du quatuor originel. « J’avais beaucoup de mal avec Joey, se souvient Tiphaine, elle était très passive et très soumise dans ses engueulades avec Dawson, qui est d’ailleurs d’une jalousie et d’une possessivité glauques. Sans l’analyser je ne me retrouvais pas du tout dans sa peur de la confrontation … J’avais beaucoup d’affection pour Jen, cette pauvre fille exilée parce que plus vierge et qui atterrit dans cette petite ville pleine de ragots. Je crois que j’aimais bien sa relation avec sa grand-mère mais, comme souvent pour les personnages féminins émancipés, elle finit punie donc je me souviens l’avoir très mal vécu. Je la trouvais très mûre et elle avait du recul sur leur univers et leurs petites histoires. Je la trouvais cool et je détestais ce connard de Pacey ! ».
Mickaël affirme avoir été « à fond sur Joey jouée par Katie Holmes ! J’étais, nous confie-t-il, totalement en adéquation avec elle ! Et je ne comprenais pas pourquoi elle pouvait s’intéresser à Dawson alors que Pacey était nettement plus sexy. Et je détestais Jen/Michelle Williams alors que maintenant je l’adore ! C’est une sacrée comédienne, son rôle dans Brokeback Mountain m’a fait changer d’avis sur elle ».
Stanislas s’est lui « beaucoup identifié à Dawson, pour son caractère cinéphile, mais aussi pour son côté trop cérébral et fleur bleue. ». « Je comprends, précise-t-il, pourquoi Joey et Pacey emportaient les faveurs du public au départ, mais ils sont rapidement devenus bien plus larmoyants que Dawson, et fatigants en fait. Jen c’est l’inverse, je l’ai beaucoup plus appréciée une fois qu’elle est sortie du rôle de la blonde d’à côté, et c’est la meilleure actrice du quatuor. Sans oublier Andie, la bonne copine ».
Est-ce que nos témoins vont se replonger dans leur série d’adolescence sur Netflix ? Pour Cyril, « pas sûr que ça vaille le coup de revoir la série en entier, je pense que ça a un peu vieilli au niveau réalisation ».
Si Tiphaine confie qu’elle va « peut-être regarder quelques épisodes pour voir comment ça a vieilli », Stanislas a déjà franchi le pas : « Je l’ai déjà revue il y a une dizaine d’années, en y prenant beaucoup de plaisir. C’est là que j’ai réalisé que la série avait été créée par Kevin Williamson, le scénariste de Scream et The Faculty, deux autres gros souvenirs d’enfance. Mais à revoir, pourquoi pas en cuisinant ».
Mickaël est plus pragmatique : « Je pense que je vais me replonger dedans pendant le troisième confinement ! ».